OPINION. « Face à la récession que peut faire le Capitaine ? »
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Marc Guyot et Radu Vranceanu
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Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l’ESSEC
Comme à l’accoutumée, les limiers de Bercy sont lâchés pour trouver les ressources pour financer l’augmentation des dépenses. Le trou dans la coque sous la forme de 5,1% de déficit n’est pas colmaté. En revanche la pression fiscale augmente sur les forces vives, entreprises et travailleurs. Dans une telle situation, un navire ne peut rester à flot que si la mer est calme.
Malheureusement pour nous la mer n’est pas calme et les tempêtes se succèdent. La tempête Trump des tarifs douanier en 2025 puis la tempête Trump de la guerre en Iran en 2026 ont fait décoller l’inflation sur toute la planète via la très forte augmentation des prix de l’énergie. Les prix des engrais et de l’aluminium explosent également mais ces effets se feront sentir plus tard. Deux mois après le début du conflit l’inflation est à 3,8% aux USA et à 3,2% dans la ZE, le niveau le plus élevé depuis septembre 2023.
Cette explosion de l’inflation a plusieurs impacts. Le premier est bien évidement le sentiment de diminution du pouvoir d’achat. Non seulement les prix augmentent, 2,8% en France selon l’Insee, mais également les anticipations d’inflation à 18 mois se sont envolées à 4%. Une perspective de baisse présente et future du pouvoir d’achat a pour effet mécanique de réduire la consommation et d’augmenter l’épargne. De fait, la consommation des ménages s’est bien contractée au 1er trimestre 2026 de -0,2% selon l’Insee et l’épargne a bien augmenté passant de 17,7% à 17,9% toujours au 1er trimestre. La baisse du moral des ménages et des entreprises les conduit à revoir les dépenses financées par emprunt. Les investissements des entreprises ont continué à diminuer au 1er trimestre avec une contraction de -0,4% sous l’effet de l’incertitude géopolitique, de la hausse des taux d’intérêt et de la baisse de leurs marges. Selon l’Insee, la part des entreprises dans la valeur ajoutée est passée de 32,5% au 4ème trimestre 2025 à 31,7% au 1er trimestre 2026. Les défaillances d’entreprises sont en nette hausse avec plus de 6000 en février 2026.
La perspective de l’inflation et la détérioration de la position fiscale de l’Allemagne a poussé le rendement des OAT à 10ans vers des valeurs alarmantes, au-delà de 3.5% pour les deux derniers mois. Des taux d’intérêt de long terme à ce niveau freinent l’investissement, le secteur immobilier, et augmentent la charge d’une dette publique astronomique.
Le double ralentissement de la consommation des ménages et de l’investissement des entreprises a commencé bien avant la guerre américaine en Iran et se traduit par le recul du PIB de -0,1% au T1 2026. Il est à craindre que ce recul se prolonge au T2 2026 ce qui mettrait le pays en situation de récession. Ce recul s’est accompagné d’une hausse du chômage à 8,1% contre 7,9% au T4 2025 et cette hausse va se poursuivre avec le ralentissement.
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Dans ce contexte difficile, que peut faire l’Europe et que peut faire le gouvernement français ?
Le niveau élevé de l’inflation va contraindre la BCE à augmenter ses taux directeurs dès sa prochaine réunion des 10 et 11 juin 2026. A 3,2%, l’inflation devient considérablement plus élevée que la cible de 2%. Habituellement, les effets d’une hausse des prix de l’énergie ne sont pas obligatoirement durables. Par ailleurs, le ralentissement de la demande qui en découle peut suffire à maintenir l’inflation au même niveau. Cependant ici, l’écart demande un positionnement ferme et un signal visible alors même que le PIB européen est en train de ralentir avec une progression de seulement +0,1% au T1 2026. En termes de croissance et de chômage, la France ne peut donc rien attendre de positif à court terme de la part de la BCE, bien au contraire.
Que peut faire le gouvernement ? Non seulement il n’a aucune marge budgétaire avec le déficit publique à 5,7% mais encore il s’efforce modestement de soutenir les acteurs économiques mis à mal par la hausse du prix des carburants. Il s’est également empressé d’augmenter le salaire minimum de 2.4% au 1er Juin. Les économies budgétaires, nécessaires pour diminuer le déficit et rassurer le marché obligataire aggraveraient le ralentissement économique, tout comme une nouvelle hausse des impôts. Coté réformes structurelles, la fragmentation politique provoquée par la décision désastreuse d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée Nationale, rend toute action impossible.
Les économistes sont souvent critiqués pour leur incapacité à prédire les crises. Au risque d’être moqués par nos habituels contempteurs démagogues, non seulement nous pensons qu’une crise est inévitable mais nous ne sommes pas loin de penser qu’elle serait salutaire. Elle mettrait nos politiques au pied du mur et ferait prendre conscience à nos concitoyens qu’il n’y a plus d’autre choix que de remettre l’économie sur des bonnes rails via le retour à l’équilibre budgétaire et via la réforme structurelle du marché du travail et des retraites. Après plusieurs années de souffrance le Portugal, la Grèce et l’Irlande ont pu se remettre sur pied, c’est bientôt notre tour.
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