OPINION. « Accélérer l’agenda des banques multilatérales de développement comme fer de lance de la refonte du système multilatéral »
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Par Arnauld Bertrand et Jérémie None, EY Consulting (*)
Face à ces menaces qui pèsent sur la coopération internationale, l’accélération du Triple Agenda du G20, feuille de route pour des Banques multilatérales de développement (BMD) « plus importantes, plus efficaces et plus efficientes », constitue un chantier primordial de la refonte du système multilatéral. Il apparaît nécessaire, en particulier, que les efforts se concentrent autour de trois priorités urgentes.
Lancée en 2024, la plateforme de co-financements constitue une initiative prometteuse portée par la Banque mondiale. Elle pourrait toutefois amplifier son impact par une ouverture à de nouveaux membres ou à des partenariats avec des acteurs clés, comme les banques publiques de développement (BPD), réunies au sein de l’initiative Finance en Commun, ainsi qu’avec des fonds verticaux de développement. Intensifier la montée en charge des accords de confiance mutuelle paraît aussi nécessaire pour soutenir la préparation et la mise en œuvre de co-financements entre banques multilatérales de développement.
L’opérationnalisation et la mise à l’échelle de plateformes pays, associant différents bailleurs de fonds apparaît comme un autre levier à explorer face au constat d’une concrétisation limitée de ces mécanismes de coordination. Cet écueil souligne le besoin impérieux de traduire les engagements pris au niveau international davantage en actes sur le terrain. La plateforme pays Nexus Eau, Alimentation et Energie en Egypte par exemple, bien qu’érigée souvent comme une bonne pratique, demeure confrontée à d’importantes difficultés dans sa mise en œuvre (liées aux contraintes actuelles d’emprunt du gouvernement). La mise à l'échelle de plateformes de coordination au niveau régional n’a, par ailleurs, jusqu’ici pas été étudiée, malgré l’intérêt qu’elle présente pour porter des projets à plus forte envergure et la fourniture de biens publics mondiaux.
En dépit de nombreuses initiatives prises en ce sens, force est de constater que des progrès restent à accomplir pour améliorer l’efficacité et l’efficience du modèle opérationnel de ces organisations. Des marges de manœuvre demeurent pour aboutir à des dispositifs de décentralisation plus agiles et davantage en adéquation avec les besoins existants sur le terrain. Une telle approche permettra d’améliorer les synergies entre les opérations publiques et privées des BMD, renforcera les mécanismes de préparation des projets et accélèrera leur mise en oeuvre en remédiant aux goulots d’étranglement.
Le suivi et la redevabilité conjointe de la performance opérationnelle des BMD pourraient également être accrus. Pour salutaire qu’il soit, le premier rapport de comparaison des BMD publié en septembre 2025 reste toutefois circonscrit uniquement à leur positionnement financier. Un suivi plus complet de leur efficacité sur le terrain mériterait sans doute examen pour faire taire certaines critiques sur leur action et/ou réorienter leurs priorités sur des actions à plus fort impact.
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En pointe dans ce domaine, les BMD déploient des efforts pour répondre à la nécessité d'élargir les sources traditionnelles de financement, notamment en visant à amplifier la contribution du secteur privé au développement, ce qui est une réponse indispensable à la baisse pressentie de 9 à 18% de l’aide publique au développement en 2025 (OCDE).
Plusieurs chantiers seront nécessairement à poursuivre comme la mise à l'échelle des solutions de financement en monnaie locale, le développement d'instruments de couverture des risques, ou la structuration de marchés obligataires en lien avec des objectifs de développement.
A l’heure où l’action multilatérale doit relever le défi de crises multiformes, que d’aucuns contestent son bien-fondé, se saisir de ces orientations prioritaires œuvrerait à une action plus concertée, impactante et innovante, au service de la refonte du système multilatéral.
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(*) Arnauld Bertrand et Jérémie None ont réalisé plusieurs évaluations de la performance d’organisations internationales ou de partenariats de la France avec celles-ci (parmi lesquelles la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque interaméricaine de développement, des institutions des Nations-Unies), ainsi que des évaluations et études stratégiques sur l’aide publique au développement (comme le bilan de la politique française de coopération ou du Conseil national du développement et de la solidarité internationale), pour le compte d’organisations internationales (Banque mondiale, OCDE, Nations-Unies, banques régionales de développement), de ministères français et étrangers et de bailleurs de fonds bilatéraux.
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