Pierre Hardy, directeur de la création joaillerie chez Hermès : « Avec le bijou, le temps ne compte pas »

Pierre Hardy, chef de la création joaillerie chez Hermès.
LTD/Brigitte Lacombe

Pierre Hardy, chef de la création joaillerie chez Hermès.
LTD/Brigitte Lacombe
L'Irlande fait basculer le PIB de la zone euro dans le rouge
Aux États-Unis, l’épargne s'effondre à des niveaux historiques
Le business des Miles, moteur insoupçonné de la rentabilité d’Air France-KLM
Rachat de SFR : les discussions se prolongent encore 48 heures avec Bouygues Telecom, Free et Orange
Fer guinéen : 6 mois après ses premières expéditions vers la Chine, Simandou monte en puissance
Sabah Abouessalam-Morin : « À Edgar Morin, l’homme de ma vie »
LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous êtes à la tête de la création de la bijouterie Hermès depuis 2001. Comment l’avez-vous fait évoluer et quels sont, aujourd’hui, ses territoires d’expression ?
PIERRE HARDY — Je suis arrivé à un moment où cet univers n’était pas encore très développé, avec seulement quelques pièces fortes lancées au fil des années. Filet de selle [1927], Chaîne d’ancre [1938], Boucle sellier [1946], Nausicaa [1971]. J’ai commencé par construire une sorte de plateforme de travail réunissant plusieurs thèmes, notamment les racines de la maison – le domaine équestre, le domaine nautique… Partant de là, j’ai pensé des formes joaillières capables de devenir de nouveaux repères iconiques pour la maison.
Ma mission a aussi été d’intégrer cet univers à la famille Hermès, ce qui était assez facile car la joaillerie partage avec la maison un autre signe fort. C’est un monde pour lequel le temps ne compte pas ; le bijou est l’objet qui supporte le mieux l’absence de chronologie, d’impératif, de date. Je me suis ensuite concentré sur la forme et l’esthétique, avec une recherche d’essentiel.
Mon objectif ? Parvenir à l’épure, à un objet idéal capable de faire ses preuves dans son usage et dans le temps. Au début, j’ai privilégié la sobriété de l’argent, très présent dans le vocabulaire d’Hermès. Avec l’arrivée des collections de haute bijouterie depuis 2010, l’univers s’est développé, il est assez mature pour s’approprier un degré de sophistication avec, aussi, des matières d’une grande préciosité.
Vous avez notamment imaginé de multiples déclinaisons du bracelet Chaîne d’ancre dessiné en 1938. Pouvez-vous nous décrire ce processus créatif ?
Cette chaîne est constituée de maillons qui, naturellement, appellent le maillon suivant. Elle est comme un module de base, ouvert à toutes les expérimentations. J’ai travaillé sur l’échelle, en isolant ce maillon de son enchaînement perpétuel pour en faire une forme à part entière, que je trouve très belle. C’est le cas pour la bague double Chaîne d’ancre Punk, un maillon dans lequel deux doigts peuvent s’enfiler. Je l’ai au contraire multiplié à l’infini avec Chaîne d’ancre Calypso. Je l’ai également pensé comme une forme archétypale que je peux paver ou colorer avec la Chaîne d’ancre précieuse.
Vous avez également exploré l’univers du sac Kelly. Comment avez-vous transposé les fondamentaux de cette pièce légendaire dans l’univers du bijou ?
Je suis parti de l’empreinte du fermoir qui, à lui seul, symbolise le sac le plus iconique d’Hermès. J’en ai extrait la forme la plus petite avec le pendentif Amulettes Kelly. Pour le Kelly Gavroche, je suis parti des liens de cuir d’un sac, qui d’un coup de baguette magique auraient été transformés en or blanc et diamant, en or rose et diamant ou encore en or et pierres multicolores. J’ai aussi décliné de petits liens de poignet où le fermoir conserve sa fonction en se parant de diamants. Avec, toujours, l’alliance de l’essentiel et du précieux.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

OPINION. « Et si la gauche française pouvait s’inspirer d’Andy Burnham ? » par Gaspard Gantzer, consultant et ancien conseiller de François Hollande
OPINION. « L'IA au service de l'humanité : le pape l'exige, l'Europe doit l'imposer », par Sandro Gozi, député européen
OPINION. « Le grand déclassement est déjà là », par Jean-Luc Ginder, économiste
Final Four de handball féminin : l’Europe parle français