L’édito d’Emmanuel Poncet. Faire savoir
Par Emmanuel Poncet, rédacteur en chef Culture & Lifestyle

Découvrez l'édito d'Emmanuel Poncet, rédacteur en chef Culture & Lifestyle de « La Tribune Dimanche ».
LTD/O.Dion
Par Emmanuel Poncet, rédacteur en chef Culture & Lifestyle

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Il y a les gestes ultra « taylorisés », qui fabriquent des produits sans âme, destinés à une consommation toujours plus « fast ». Et puis il y a ces gestes techniques et artistiques à la fois, qui subliment la matière, cherchent à élever les esprits, construire un héritage, une forme « inédite ». C'est « la beauté du geste », dont le merveilleux double sens résume le mieux finalement l'excellence des métiers d'art : une maîtrise absolue des savoir-faire, mais aussi une certaine éthique dans l'esthétique.
Ne nous cachons pas, ces objets d'exception sont destinés à la vente, à des prix parfois stratosphériques. Mais derrière le point invisible d'une broderie, la coupe nette d'un ciseau, la pose exacte d'un diamant, derrière chaque acte de dessiner, coudre, sculpter, sertir... il y a des femmes et des hommes engagés, des histoires incroyables, des territoires multiples. La Tribune Dimanche vous emmène à leur rencontre. Dans ces ateliers d'exception, l'artisan devient artiste.
À l'Opéra de Paris, ce sont 70 permanents du département costumes, véritables « doigts d'or » qui confectionnent chaque année jusqu'à 5 .000 costumes. En Toscane, chez Ginori, maison fondée en 1735, chaque pièce de porcelaine peut requérir six à huit jours de travail, mobilisant une dizaine d'artisans. Au 26, place Vendôme, la maison Boucheron consacre parfois huit cents heures à un seul collier papillon serti d'onyx et de nacre. Le geste devient alors acte désintéressé, porté par la passion, le respect du métier, la volonté de transmettre.
Inès de la Fressange, Christian Lacroix, José Lévy... savent mieux que personne ce qu'ils doivent à ces artisans invisibles. Leur excellence est devenue le symbole d'un luxe hexagonal qui séduit toujours plus au-delà de nos frontières. Un véritable « soft power » à la française. Un langage universel, du savoir (bien) faire. L'essence du luxe dans un monde obsédé par l'instantané, la viralité. Croire encore à la lenteur, au geste qui sait, à l'œil qui voit... « Penser avec les mains », comme l'écrivait le philosophe Denis de Rougemont.
Par Emmanuel Poncet, rédacteur en chef Culture & Lifestyle
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