Évincée de son fauteuil présidentiel après des élections très contestées fin 2024, Salomé Zourabichvili ne désarme pas. Face à un gouvernement qui a mis en suspens l’adhésion du pays à l’Union européenne et s’est rapproché de Moscou, l’ancienne diplomate du Quai d’Orsay continue de défendre une Géorgie tournée vers l’Ouest.
LA TRIBUNE DIMANCHE — L’issue de la guerre en Ukraine peut-elle influer sur l’avenir de votre pays ?
SALOMÉ ZOURABICHVILI — Le sort de la Géorgie est effectivement lié à l’Ukraine. L’affaiblissement ou le renforcement de la Russie à la sortie du conflit influera sur sa tentative de capturer l’État géorgien. L’autre raison, c’est qu’avec la Géorgie la Russie teste une solution alternative à son intervention militaire en Ukraine, qui se révèle être un échec.
De quelle autre solution parlez-vous ?
De cette stratégie hybride qui consiste à asseoir son influence sans utiliser les moyens militaires, donc sans avoir à supporter des sanctions ou le coût humain et financier d’une intervention. La Géorgie, elle, ne coûte rien à la Russie. Au contraire, je dirais que ça lui rapporte parce que ça lui permet d’avoir à ses portes un terrain qu’elle peut exploiter.
Vous diriez que la Géorgie subit elle aussi une forme d’invasion russe ?
Une invasion dans le sens d’une prise de contrôle, oui. La Russie est en train de redevenir un partenaire incontournable de la Géorgie sur le plan de l’énergie, des échanges commerciaux. Notre gouvernement s’est aussi calqué sur le modèle russe, avec une réduction de l’espace civique par le vote de lois similaires à celles adoptées en Russie.