LA TRIBUNE DIMANCHE — Les violences sexuelles faites aux enfants sont-elles systémiques et culturelles ?
LAURENCE ROSSIGNOL — Comme celles faites aux femmes, elles sont culturellement systémiques. Que les hommes se servent sur le corps des femmes et des enfants, c’est malheureusement une pratique séculaire et universelle. Il y a un aveuglement, une omerta, un refus collectif d’en prendre conscience. Dans l’ensemble de la société, et donc dans la justice et dans la police aussi, il y a eu un désintérêt, voire une complaisance, à l’égard des auteurs de ces violences sexuelles.
Pourquoi ? Parce qu’elles sont le plus souvent commises dans le cadre familial. Dans l’immense majorité des cas, l’auteur fait partie de la famille ou de l’entourage. Il y a donc une résistance à les dénoncer, à les prendre en compte, car ça touche les plus proches et ça met en cause la famille comme institution. Par ailleurs, les hommes, et ils sont quasi exclusivement les auteurs de ces crimes, se sont organisés pour pouvoir poursuivre leur prédation sans être mis en cause par la justice.
Comment ?
En portant toujours la suspicion sur la parole des femmes et des enfants. Les hommes prédateurs font circuler l’idée qu’on ne peut pas avoir confiance dans cette parole. Quand une femme ou un enfant dit avoir été victime, la réaction la plus courante est de dire qu’elle ou il ment, qu’elle ou il exagère, qu’elle a un agenda caché.