Affaire Lyhanna, l’État qui ne protège pas. L’édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Pas de pénurie de kérosène cet été, mais le spectre de files d’attente interminables dans les aéroports
Stéphane Sitbon-Gomez (France Télévisions) : « Flavie Flament va co-animer le Magazine de la santé la saison prochaine sur France 2 »
Après chaque consultation médicale, le gouvernement veut afficher la facture de la Sécu par SMS
Bitcoin : pourquoi la cryptomonnaie a perdu la moitié de sa valeur depuis l'automne
L'Irlande fait basculer le PIB de la zone euro dans le rouge
Le business des Miles, moteur insoupçonné de la rentabilité d’Air France-KLM
Il y a des crimes qui déchirent une nation. Le meurtre de la petite Lyhanna est de ceux-là. La mort d’une enfant dans d’atroces circonstances constitue toujours un traumatisme, un scandale, une plaie à vif dans la chair du pays. Mais ce qui fait que ce drame dépasse le seul domaine du fait divers, c’est l’onde de choc qui révèle les dysfonctionnements, les fautes d’une institution censée protéger les plus vulnérables.
Le meurtrier présumé était connu. Soupçonné dans plusieurs affaires de viol et d’agression sexuelle. Signalé, fiché, surveillé… en théorie. Des procédures existaient. Des circulaires avaient été rédigées. Des protocoles établis. Et pourtant, rien. Gendarmes et magistrats n’ont pas pris les décisions qui s’imposaient. Lyhanna est morte. Cette phrase, dans toute sa brutalité, résume l’échec collectif d’un système qui a failli à sa mission première : protéger les innocents.
Emmanuel Macron a pris la mesure de l’émotion et de la colère populaires. Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, a reconnu les défaillances de l’institution judiciaire et a fait son mea culpa. À raison, il a ordonné une enquête. Sébastien Lecornu a réuni les ministres concernés et exigé un rapport sur la chaîne de responsabilité qui a conduit à cette horreur.
Des sanctions seront proposées. Des têtes tomberont sans doute : des gendarmes, des magistrats, peut-être la procureure d’Auch. Ce sont des lampistes dont la rétrogradation ou le limogeage ne saurait apaiser l’indignation légitime de nos concitoyens. Car le ministre de la Justice, lui, n’a pas songé à présenter sa démission. Certes, le garde des Sceaux n’a pas à endosser la responsabilité juridictionnelle de magistrats indépendants. Mais pour l’opinion, il est difficile de concevoir qu’un membre du gouvernement aussi éminent puisse se contenter de parler, de commenter, de déplorer.
Que faire, dès lors, pour que d’autres Lyhanna ne soient pas livrées à la barbarie de monstres ? Des circulaires existent, certes. Mais les lenteurs dans le traitement des plaintes pour viol et agression sur mineur persistent. Il faut évidemment poursuivre le rattrapage en matière de recrutement de magistrats et de forces de sécurité spécialisés dans ces dossiers.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Une accélération des procédures s’impose, mais elle ne sera pas suffisante. Il appartient aux magistrats de bien évaluer les faits, d’en saisir pleinement la gravité. On ne peut plus accepter que des femmes victimes de violences conjugales, que des enfants victimes de pédocriminels meurent sans que rien ne soit fait.
Les questions d’autorité et de sécurité seront, évidemment, au cœur de la prochaine présidentielle. Ce sera l’occasion de rappeler qu’Emmanuel Macron a échoué dans ces domaines. Il est vrai que les quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande avaient déjà été marqués par une diminution des moyens accordés à la justice. Mais le réajustement en matière de crédits et d’effectifs se révèle insuffisant face à la progression exponentielle du narcotrafic, à l’explosion des violences urbaines et à la multiplication des incivilités du quotidien.
On comprend que les Français aient perdu confiance en leur justice et en ceux qui l’incarnent. Lyhanna méritait mieux que des procédures mal appliquées et des responsabilités mal assumées. La France aussi.
Affaire Lyhanna : chronique d’un fiasco judiciaire
Laurence Rossignol, sénatrice PS : « Il faut gérer l'affaire Lyhanna comme on gérerait un accident nucléaire »
Édouard Philippe et David Lisnard débattent à fleurets mouchetés
OPINION. « La gauche peut gagner en 2027 », par Matthieu Pigasse, banquier d’affaires