OPINION. « Présidentielle : pour éviter le crash, la société civile doit s’en mêler », par Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Face au spectacle « désolant » de la division de la gauche, le patron socialiste du « 93 » appelle les états-majors des partis à « dépasser leurs désaccords » et à un travailler sur un projet commun.
Stéphane Troussel, président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, participe à un débat lors du forum estival CamPus 2025 du Parti socialiste français à Blois, le 29 août 2025.
Le mur de la présidentielle s’avance. Les candidatures fleurissent, les meetings se succèdent et les vagues projets de primaires prennent un tour de plus en plus alambiqué. Chacun y va de sa démonstration de force, de ses coups de menton, de ses phrases définitives. De Glucksmann à Mélenchon, un seul objectif paraît commander : imposer, quoiqu’il en coûte, sa domination sur une gauche divisée. Et à la fin, il s’agira de régner sur un champ de ruines.
Car soyons lucides : à ce rythme, c’est le crash assuré. Et avec lui, l’arrivée au pouvoir de Jordan Bardella ou de Marine Le Pen. Cette perspective devrait pourtant être notre obsession collective. Car les premières victimes de l’extrême droite seront les plus modestes, les habitants des quartiers populaires des « tours comme des bourgs », les Français issus de l’immigration, les étrangers, toutes celles et ceux qui vivent déjà les discriminations et les inégalités dans leur chair.
Or que voit-on aujourd’hui ? Une gauche qui donne le spectacle désolant de ses divisions. Alors, disons-le franchement : le sursaut ne viendra pas d’appareils politiques discrédités, « démonétisés » car trop longtemps enfermés dans des calculs partisans et désormais à la seule botte des ambitions personnelles et ce ne sont pas les sondages ou quelques procédures tortueuses qui nous permettront de revenir à la raison.
Il faut donc que la société civile s’en mêle. La gauche ne pourra pas s’en sortir sans ses forces vives : associations, syndicats, acteurs culturels, militants des quartiers, mouvements féministes et écologistes, acteurs économiques et des solidarités, intellectuels, citoyens engagés. Car, devant les grands défis qui se posent à nous aujourd’hui, il existe des fondamentaux à défendre et qui sont assez puissants pour éviter la dispersion.
Nous devons mener résolument la bifurcation écologique et le faire dans la justice sociale. Nous devons faire en sorte que le travail paye, que les richesses soient mieux réparties et que les hauts patrimoines soient enfin mis à contribution.
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Nous devons financer dignement le vieillissement de la population, à la hauteur des immenses besoins qu’il entraînera, et poser comme principe intangible de ne jamais revenir sur nos droits sociaux. Nous devons enfin faire du logement une priorité de toutes nos politiques publiques tant la crise que nous affrontons est profonde.
Redonner à l’école et à la culture leur place centrale dans la République.
Nous devons redonner à l’école et à la culture leur place centrale dans la République et combattre sans relâche les discriminations partout où elles existent, y compris dans les institutions. Nous devons garantir la sécurité de toutes et tous, particulièrement celle des femmes et des enfants. Nous devons revivifier notre démocratie à bout de souffle avec une nouvelle République.
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Nous devons porter une voix claire pour la paix et la justice face aux guerres et aux agressions, à plus forte raison quand le silence de la communauté internationale est assourdissant, comme c’est le cas à Gaza. Et nous devons réinvestir l’Union européenne pour en faire un espace de sécurité et de progrès économique et social.
Nous, femmes et hommes de gauche, d’où que nous parlions, avons une responsabilité historique : empêcher l’arrivée au pouvoir de la réaction et de l’extrême droite. Et nous savons qu’aucune victoire ne sera possible sans rassemblement et élargissement.
Il n’existe pas de « gauches irréconciliables ».
Il n’existe pas de « gauches irréconciliables ». Il existe des expressions politiques et des sensibilités de la gauche différentes, et, bien sûr des désaccords souvent entre les états-majors moins souvent entre les électeurs. Mais ce qui nous rassemble reste infiniment plus fort que ce qui nous sépare. Jusqu’à l’automne, mettons notre énergie non pas dans la compétition des egos mais dans la construction collective d’un projet capable de parler à tout le pays, aux anciens comme aux nouveaux Français, aux métropoles comme aux territoires ruraux, aux classes populaires où qu’elles se trouvent.
Et celle ou celui qui portera ce projet devra être choisi non parce qu’il aura écrasé les autres, mais parce qu’il saura le mieux l’incarner et qu’il sera capable non seulement d’être présent aux 2nd tour mais aussi de gagner face à la droite et à l’extrême-droite. Je crois indispensable et possible cette victoire face aux réactionnaires. Car, l’histoire nous l’enseigne, ce sont toujours les gauches réconciliées qui gagnent. En 2026, nous avons fêté le 90ème anniversaire du Front populaire. Puisse cette page glorieuse de notre histoire continuer à nous éclairer en 2027.