LA TRIBUNE DIMANCHE – Les députés débattront la semaine prochaine d’un projet de loi constitutionnelle pour donner à la Corse un statut d’autonomie. Est-ce un tournant historique pour l’île ?
GILLES SIMEONI – Oui. Ce rendez-vous clôt un triple cycle : un cycle de plus d’un demi-siècle de combat, de crises, de violences, structuré par la revendication d’autonomie ; un cycle de plus de dix ans avec l’arrivée des nationalistes à la tête de la Collectivité de Corse, où nous avons mis l’autonomie au cœur de notre projet politique ; et enfin un cycle entamé il y a quatre ans après l’assassinat d’Yvan Colonna et les manifestations violentes qui se sont ensuivies, où un processus démocratique de discussions a eu lieu d’abord à l’Assemblée de Corse puis avec le gouvernement pour nous doter d’un statut d’autonomie.
Désormais, l’enjeu démocratique est énorme. Si le Parlement nous ferme la porte au nez ou s’il nous envoie un signal négatif en édulcorant ce texte et en remettant en cause l’accord politique qui le sous-tend, l’un et l’autre validés par une très large majorité des élus de l’île toutes strates et familles politiques comprises, ce sera lourd de conséquences perturbantes.
Dans ce texte, la notion de « communauté corse » est reconnue. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de faire entrer une logique communautariste dans la constitution ?
On sent bien que les logiques communautaristes sont au cœur du débat de la vie politique française. Mais l’aspiration à la reconnaissance du peuple corse est aux antipodes d’une reconnaissance communautariste. Le peuple corse est une réalité historique, politique, linguistique. Sa spécificité a été reconnue dès le XVIIIe siècle, par les philosophes des Lumières, puis par des historiens, des ethnologues, des sociologues et des figures politiques majeures comme le général de Gaulle, François Mitterrand, Michel Rocard ou Pierre Joxe.