LA TRIBUNE DIMANCHE —Que révèle, à vos yeux, l'éparpillement des candidatures de la gauche non-mélenchoniste ?
JEAN-CHRISTOPHE CAMBADÉLIS — Nous sommes dans le temps des propositions pas encore de la décantation. La gauche, Jean-Luc Mélenchon compris, est aujourd’hui à 30 %. Personne n'est au second tour. Et si l'un des candidats putatifs y était, il serait battu par le RN. Le « bloc nationaliste » recueille potentiellement le suffrage d'un Français sur deux. Ce n'est pas dû au manque d'unité mais à une gauche qui, alors que tout a changé, a des solutions des années 80, sur la base de concepts des années 60. Cette forme de conservatisme idéologique était dû à la domination électorale et politique du mélenchonisme. Nous en sortons à peine. Il n'est pas anormal que, dans ces conditions, il y ait une multiplicité d'offres. Il faut laisser le temps au temps, disait Mitterrand, aux débats, aux expressions…
Le PS ne devrait-il pas soutenir dès maintenant Glucksmann puisqu'il est le mieux placé dans les sondages ?
Ne tombons pas dans le piège de Mélenchon qui veut nous pousser à la précipitation sans préparation pour tenter de capter le vote utile. Regardez Ruffin comme il est asphyxié parce que Mélenchon l'a contraint à partir trop tôt. Ceux qui, au PS, conseillent à Glucksmann de se déclarer, reproduisent l'erreur qu'ils avaient faite avec Hidalgo en 2022. Il fallait absolument qu'elle parte vite en campagne, dès septembre avant que l'écologiste Jadot ne fasse acte de candidature. Résultat, en décembre nous n'avions plus rien à dire, et le PS s'interrogeait sur la candidature Taubira. La candidature de Glucksmann a besoin de se construire, de se confronter, de se conforter, de s'étayer. Un leadership à gauche ça ne se décrète pas, ça se forge. Il a le talent et le temps pour cela.