TRIBUNE. Pour un meilleur accompagnement des athlètes sur la santé mentale
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Amélie Oudéa-Castera et Marie-Amélie Le Fur, deux des signataires de la tribune.
LTD/Teresa Suarez/Pool via REUTER
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Amélie Oudéa-Castera et Marie-Amélie Le Fur, deux des signataires de la tribune.
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« En ce 10 octobre, Journée mondiale de la santé mentale, nous affirmons que la santé mentale des athlètes ne doit plus être taboue, mais constituer un enjeu clé au cœur de notre stratégie de haute performance. Et, forts de plusieurs mois d’enquêtes et de collecte de données, nous passons aujourd’hui à l’action, de manière concrète et coordonnée, en équipe.
Après les Jeux de Paris 2024, un athlète français sur cinq a déclaré être en difficulté psychologique. Le mythe du « mental d’acier » a longtemps masqué la réalité : vulnérabilité et performance ne s’opposent pas, elles coexistent. Derrière les médailles et les hymnes, derrière la ferveur de tout un pays, perce parfois une autre réalité : l’exigence du haut niveau peut fragiliser, isoler, et conduire à la détresse. Et nous le taisons encore trop souvent.
Les chiffres sont implacables : 95 % des athlètes jugent le travail psychologique indispensable, mais seuls 37 % en bénéficient¹. Un jeune sportif sur cinq exprime un mal-être, 17 % présentent des symptômes dépressifs, 24 % des troubles anxieux². Cette réalité n’est pas marginale. Elle est massive, systémique, et doit être regardée en face.
Aujourd’hui, le Comité national olympique et sportif français (CNOSF), le Comité paralympique et sportif français (CPF), l’Agence nationale du Sport et l’INSEP, avec le concours des fédérations et l’appui du ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, annoncent faire de la santé mentale une priorité. Pas une option, mais un pilier central de la performance et de l’épanouissement, au même titre que la santé physique.
Nous lançons ensemble un plan d’action inédit, construit avec les athlètes eux-mêmes, sous l’impulsion de leurs représentants dans nos instances. L’objectif est simple : bâtir un écosystème où chaque athlète sait vers qui se tourner selon son besoin, est accompagné et ne craint pas le jugement.
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Un plan d’action en cinq axes
Accès aux soins. Faire monter en puissance les aides à la prise en charge et améliorer le référencement des spécialistes, pour qu’aucun athlète ne soit privé d’accès pour raisons financières ou par manque d’information.
Sensibilisation et outils. Mieux outiller les actions de prévention auprès des athlètes, de l’encadrement et des entourages (outil d’auto-diagnostic renforcé, formations dédiées).
Surveillance médicale réglementaire. Renforcer le volet psychologique afin qu’il soit réalisé spécifiquement par des médecins psychiatres et des psychologues.
Accompagnement des délégations. Systématiser la présence de Welfare Officers lors des Jeux et de tous les grands rendez-vous, puis en aval pour assurer le suivi.
Fin de carrière. Mieux accompagner les athlètes en transition en consolidant la dimension santé mentale d’Épilogue Bleu, notre programme dédié intégrant les volets sportif, médical, social et professionnel.
Ce plan évoluera avec les retours des athlètes, l’identification de nouveaux besoins, et les inspirations tirées des dispositifs fédéraux ou étrangers. Mais notre objectif restera le même : affirmer collectivement que la santé mentale compte autant que les médailles.
Pendant trop longtemps, « être fort » a signifié « serrer les dents et se taire ». Ce modèle doit céder la place à un autre : celui où demander de l’aide est un acte de lucidité et de courage, qui ne diminue pas un athlète mais lui permet au contraire de durer, de se reconstruire et de mieux performer. La victoire ne se construit pas au prix de la santé, mais avec elle.
Le sport a une responsabilité particulière. Parce que les champions incarnent des modèles pour une jeunesse entière, leurs difficultés résonnent au-delà des stades et des gymnases. À travers eux, c’est une société entière qui se reconnaît : anxiété de performance, peur de l’échec, besoin de reconnaissance. Faire de la santé mentale une priorité dans le sport, c’est adresser un message puissant à toute une génération.
Nous appelons, en cette Journée mondiale de la santé mentale, à une mobilisation générale : fédérations, institutions, partenaires, mais aussi familles, éducateurs et supporters. Car la santé mentale n’est pas l’affaire des seuls athlètes, elle est l’affaire de tous.
Gagner, oui. Mais jamais à n’importe quel prix.»
Amélie Oudéa-Castéra, présidente du CNOSF, Marie-Amélie Le Fur, présidente du CPSF, Yann Cucherat, manager général de la Haute Performance de l’Agence nationale du Sport, et Fabien Canu, directeur général de l’INSEP.
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