« Le plus grand de tous les temps » : en mission, Lionel Messi n’a presque jamais aussi bien joué qu’à 39 ans

Solen Cherrier, envoyé spécial à New York

Lionel Messi avant le quart de finale opposant son équipe à la Suisse.
LTD / Xinhua/Xu Chang

Solen Cherrier, envoyé spécial à New York

Lionel Messi avant le quart de finale opposant son équipe à la Suisse.
LTD / Xinhua/Xu Chang
Le Goat pose une question au Goat. Voilà comment c’est vendu, et bien vendu, à 80 dollars la place dans l’assistance – en l’occurrence une mer de smartphones et des vagues de « woooou ». À moins de 48 heures de la finale de la Coupe du monde contre l’Espagne, Lionel Messi a dribblé la traditionnelle conférence de presse du capitaine – pas bien – pour se faire interroger sur la scène du Fanatics Fest, sorte de salon de l’agriculture du sport entertainment, par l’ex-superstar du football américain Tom Brady, qui avait giflé l’influenceur-acteur-catcheur Logan Paul quelques heures plus tôt – trop bien. En Goat intervieweur, il y avait aussi Novak Djokovic, qui pèse 24 Grand Chelems, et le double champion NBA Kevin Durant.
Cela fait beaucoup d’informations d’un coup et tout cela n’a pas beaucoup de sens ? Nous sommes d’accord. Mais il est probable que nous n’ayons encore rien vu : Donald Trump sera au MetLife Stadium (21 heures, M6) et remettra le trophée au vainqueur.
Quant à la mi-temps, avec son show qui lorgne du côté du Super Bowl, promis, elle ne durera que 17 minutes. Mais c’est comme ça et pour paraphraser le philosophe latin Luis de la Fuente, qui est aussi le sélectionneur espagnol, « peut-être que dans 30 ans, ça sera la norme, on doit s’adapter et profiter ». Profitons déjà de Lionel Messi, 39 ans, soit 20 de plus que Lamine Yamal, son héritier à Barcelone et son miroir ce 19 juillet. Les fées se sont penchées sur le berceau du jeune espagnol et le Goat lui a donné l’onction. Vraiment.
Surgie il y a deux ans, la photo de Messi en train de donner le bain à Yamal en 2007 pour l’Unicef refait le tour de la planète depuis que l’on sait que les deux vont s’affronter en finale. Tom Brady bosse bien et donc la question de Goat à Goat portait sur cette image prophétique. « C’est dingue », a admis le numéro 10 de l’Albiceleste.
Son histoire avec la Coupe du monde l’est aussi. Longtemps, la reine des compétitions a été le cimetière de ses illusions. Longtemps, il a été l’alpha et l’oméga du club le plus stylé, mais le maudit des finales avec la sélection. Jusqu’à ses 34 ans et la victoire libératrice en Copa America 2021. Depuis, lui et sa bande d’enragés font un carnage. Une meute qui court pour lui, s’arrache pour lui, joue pour lui. Et lui qui bonifie son génie.
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Avant la Coupe du monde 2022 au Qatar, Messi, c’était six buts en quatre éditions et une finale perdue (2014). Depuis, il en a inscrit 15 (dont huit ici), a soulevé le trophée avec un bisht sur le dos et porté les siens une nouvelle fois en finale malgré deux penalties ratés, en actionnant le mode animal à chaque fois qu’il s’approche du précipice, c’est-à-dire du 16e de finale contre le Cap-Vert (3-2 a.p.) à la demie contre l’Angleterre (2-1).
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Autant le chemin semblait pavé pour le couronnement suprême dont rêvait la Fifa il y a quatre ans, autant les Argentins et leur monarque sidèrent par leurs manières carnassières de se jouer du destin. Avec une foi qui transcende le hasard ou la suspicion – d’accord, ils n’ont pas été malheureux – et qui, il faut l’admettre même si c’est douloureux vu de France, mérite le respect.
Pour expliquer cette résilience, le sélectionneur Lionel Scaloni puise dans les racines sociales de joueurs qui « ont grandi dans des environnements où ils n’avaient peur de rien ».
« On vient tous de milieux populaires, avec des parents qui devaient travailler dur, a répondu le gardien Emiliano Martínez, à propos d’une question sur l’héritage. Ce point commun nous a unis… J’aimerais qu’on se souvienne de nous comme des travailleurs acharnés qui n’admettent jamais la défaite. » Avec même plus de talents maturés qu’il y a quatre ans autour de Lionel Messi, qui dit, lui, avoir assimilé la pression naturellement, à force de jouer « dans la rue et à l’école ».
Il va disputer ce soir sa troisième finale. Comme le Brésilien Cafu. Mais lui peut être le premier capitaine à soulever deux fois la Coupe du monde. Quand bien même ce ne serait pas le cas – l’Espagne est favorite –, il a tué le débat. Rodri, Ballon d’or 2024, cerveau et capitaine de la Roja, le résume ainsi : « Messi est le plus grand de tous les temps. » Plus Goat que Pelé et Maradona, donc. Comme beaucoup, son ancien coéquipier Xavi reste « sans voix ».
À un an d’être quadragénaire, Messi postule même à un neuvième Ballon d’or. Il avait pourtant disparu du paysage depuis qu’il avait quitté en 2023 le PSG, où il était maussade, pour l’Inter Miami, où il rayonne. « Les joueurs heureux sont bons », édicte Don Garber, le patron de la Major League Soccer (MLS).
Le dirigeant peut se réjouir de la promotion pour la compétitivité de sa ligue. Il loue David Beckham qui l’a fait venir dans sa franchise. L’Anglais encense, lui, « un joueur et une personne exceptionnelle » qui l’a remplacé en tant que visage du soccer aux États-Unis. Celui qui s’affiche sur les écrans clinquants des artères poisseuses de Manhattan. Celui dont les maillots préfloqués s’écoulent comme des bagels à la boutique Adidas de la 5e Avenue.
Entraîneur des New York Red Bulls après avoir joué à 151 reprises pour Team USA, Michael Bradley a « arrêté d’être surpris il y a bien longtemps » par celui qui a emmené Miami à son premier sacre en MLS l’an dernier. Mais il admet : « Quand vous regardez la manière dont il porte l’Argentine sur ses épaules à des moments cruciaux, c’est si impressionnant. »
Luis de la Fuente l’assure pourtant, il n’a pas prévu de traitement spécial ce soir. Le coach espagnol a raconté une anecdote qui suggère le contraire pour appuyer ses propos. Lorsqu’il entraînait les équipes de jeunes du FC Séville, il avait entendu parler « d’un garçon qui s’appelait Messi » à Barcelone. Le moment venu de l’affronter, il s’était dit qu’il était judicieux de mettre un joueur au marquage. « À la 70e minute, nous étions à 0-0, s’est-il souvenu. Puis celui qui le marquait a écopé d’un carton jaune et je l’ai sorti. Messi a marqué quatre buts. »
C’était au début des années 2000. Vingt-cinq ans plus tard, le roi Leo dispute son dernier match de Coupe du monde contre son pays d’adoption. Un doute s’immisce : le dernier, vraiment ? En 2030, il n’aura que 43 ans. « Je n’en sais rien, a éludé Lionel Scaloni. Il n’arrête pas de me surprendre, il faut lui demander. » Dommage, le Goat n’a pas posé cette question au Goat.
Solen Cherrier, envoyé spécial à New York