OPINION. « Soutenir la résistance ukrainienne », par Olivier Faure

Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste.
LTD / WILLY LABRE / CD92

Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste.
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« La Russie mène une guerre d’usure. Une guerre contre toutes les infrastructures qui rendent la vie possible. Ils ont commencé par les centrales électriques et de chauffage urbain. Ils s’en prennent désormais aux centres de traitement des eaux. Jusqu’à ces derniers jours, la température avoisinait les -20 degrés.
Dans la ville martyre de Butcha, le Maire évoque même des nuits où le thermomètre est passé en dessous des - 30 degrés. Lorsque le chauffage au gaz est coupé, que l’électricité est fournie moins de quatre heures par jour, il fait froid, très froid. Lorsque la lumière est éteinte, que les murs sont glacés, l’appartement le plus confortable prend des allures de cave…
Dans les rues de Kyiv, des tentes humanitaires, rebaptisées « tentes d’invincibilité » ont été installées en bas des tours. C’est sur ces points que l’on vient se réchauffer, recharger son téléphone, faire chauffer son repas. Pendant les heures de bureau, les anciens se retrouvent. Ils sont à bout, mais ils tiennent. Ils en ont vu d’autres.
La vie ne s’est pas arrêtée. Ce serait déjà une victoire pour l’agresseur. Alors on danse, on chante, on continue de rire pour chasser le poison de l’usure et du découragement. Entre fatalité et envie de vivre, les Ukrainiens descendent de moins en moins souvent dans les abris lorsque l’application Air alert anticipe les vols de missiles.
On se rappelle que Kyiv est née avant Moscou. On s’organise à l’arrière du front pour aider les combattants. Les artistes continuent de créer et d’imaginer une existence sans le sifflement des bombes. On imagine déjà le monde d’après, lorsqu’il faudra reconstruire. Lorsqu’il faudra accueillir les vétérans, les réintégrer à la vie sociale, leur redonner un avenir professionnel.
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Si l’Ukraine tient, c’est sans doute d’abord parce qu’il existe une société civile puissante. Dans ce pays qui a connu deux révolutions depuis le début du siècle, un bloc d’associations, de Think tanks, d’individualités inspirantes n’attendent personne pour accompagner et encourager les soldats d’aujourd’hui, et innover pour que le jour d’après soit bien plus que le jour d’avant.
Les rues de Kyiv sont noires dès la nuit tombée. Pas d’éclairage public pour cause de rationnement de l’électricité. Les appartements sont alimentés à tour de rôle, par blocs. Les restaurants et les bars qui le peuvent ont installé des groupes électrogènes. On se raconte des histoires de drones, de gamers russes reconvertis en meurtriers : le crime dans un fauteuil comme devant sa PlayStation, déshumanisé.
Mais on se moque de ces drones shahed de conception Iranienne, contribution des mollahs à l’allié russe, car ici on fabrique désormais des drones intercepteurs. L’association Come back alive dirigée par une ex-Doctorante en neurosciences organise des collectes de fonds et finance la résistance. Le peuple ukrainien est fatigué, mais il est debout. Et ce sont des jeunes femmes qui, de ministres à militantes, nous accueillent et nous parlent de leur détermination à défendre les valeurs démocratiques.
Les Européens ne mesurent pas leur chance de vivre en paix depuis 80 ans. Le drapeau bleu aux 12 étoiles dorées est conspué par tous les souverainistes, c’est pourtant ce drapeau auquel se rallient tous les combattants de la liberté. Pourquoi ? Parce qu’on chercherait en vain un autre drapeau sous lequel les habitants connaissent libertés publiques, droits humains, démocratie et protection sociale. C’est si vrai que là où les vieux empires cherchent à se reconstituer par la force, l’Union européenne est le seul ensemble où les États frontaliers cherchent à entrer par adhésion.
Au moment où Poutine, Trump et tous les autocrates de la terre se donnent la main pour abolir les institutions et le droit international, le miracle européen, lui aussi né sur les cendres incandescentes de la Seconde guerre mondiale, leur fait toujours face. Et c’est la raison pour laquelle ces faux démiurges font tant d’efforts pour fracturer nos défenses immunitaires, diviser nos nations, pour mieux pousser l’extrême droite vers les portes du pouvoir. Et voilà pourquoi en ce quatrième triste anniversaire de l’invasion russe, nous devons encore et toujours soutenir la résistance ukrainienne. »
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