Pétrole : la Russie exporte plus qu’avant la guerre mais gagne moins

Le pétrolier Minerva Virgo à quai au terminal pétrolier de Bayonne, dans le New Jersey (photo d'illustration).
MS/PAC - REUTERS - ©Bjoern Kils - Bjoern Kils

Le pétrolier Minerva Virgo à quai au terminal pétrolier de Bayonne, dans le New Jersey (photo d'illustration).
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Malgré les sanctions des pays occidentaux contre ses exportations de pétrole depuis son invasion de l’Ukraine il y a tout juste quatre ans, la Russie n’a pas tari ses échanges. Au contraire même : le volume des exportations de brut est aujourd’hui supérieur de 6 % aux niveaux d'avant-guerre, d’après un rapport du Centre pour la recherche sur l'énergie et la propreté de l'air (CREA), un groupe de réflexion finlandais, publié ce mardi.
Au total, la Russie a écoulé 215 millions de tonnes d’or noir au cours de la quatrième année de guerre (soit entre février 2025 et février 2026). Sur un an, cela représente une baisse de -6 % en volume. En valeur, les recettes issues de ces exportations ont même bien plus reculé : -18 % sur un an, preuve que Moscou a dû vendre son brut au rabais. Mais cela représente encore la colossale somme de 85,5 milliards d’euros.

Toutes exportations de combustibles fossiles confondues, la Russie a engrangé 193 milliards d’euros de revenus au cours de la quatrième année de son invasion. Bien qu’en baisse – de -19 % sur un an et de -27 % par rapport au niveau d’avant l’invasion de l’Ukraine –, cela reste conséquent et lui permet de financer une grande partie de ses efforts de guerre.
Si la Russie arrive toujours à faire commerce de son pétrole, c’est évidemment parce qu’elle trouve des acheteurs. Ses principaux sont restés la Chine, l’Inde et la Turquie, absorbant 93 % des exportations de brut sur la quatrième année de guerre – soit 201 millions de tonnes pour une valeur de 79,7 milliards d'euros.
Les volumes importés sur un an par ces trois pays ont toutefois baissé : -2 % pour la Chine, -9 % pour l’Inde et -10 % pour la Turquie. Ce, en raison des sanctions américaines de l'OFAC (Office of Foreign Assets Control) imposées aux grandes compagnies pétrolières russes. Les menaces américaines, sous forme de droits de douane et de tensions diplomatiques, n'ont en revanche eu qu'un « effet limité » sur la réduction de la consommation de pétrole russe par ces trois pays, selon le rapport du CREA.
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Étonnement, parmi les acheteurs du brut russe figurent des pays… européens. Ils ne sont toutefois que deux, la Hongrie et la Slovaquie, profitant d'une dérogation accordée dans le cadre du sixième train de sanctions de l'UE en juin 2022. Cette exemption visait à donner à ces pays enclavés le temps de diversifier leurs sources d'approvisionnement. Sauf que la Hongrie a fait le chemin inverse : elle a augmenté sa dépendance au pétrole brut russe, de 61 % en 2021 à 92 % au cours des dix premiers mois de 2025. La Slovaquie a réalisé des progrès marginaux, réduisant sa dépendance de 96 % à 86 % sur la même période.
Autre raison qui permet à la Russie d’exporter ses combustibles : sa flotte. Les pays occidentaux ont bien augmenté les sanctions à l’égard des navires battant pavillon russe pour les empêcher d’écouler leur marchandise. L'UE, le Royaume-Uni, les États-Unis, l'Australie et le Canada ont ainsi sanctionné 312 navires différents cette quatrième année de guerre, contre 253 sanctions cumulées au cours des trois premières ; l’UE en a appliqué 397, suivie du Royaume-Uni (341), de l'Australie (196) et du Canada (182).
La Russie a contourné ces sanctions en augmentant son nombre de navires « fantômes », c’est-à-dire opérant sous de faux pavillons. Dès début 2025, ils ont atteint un pic à 109 en octobre, soit une multiplication par plus de neuf. En janvier 2026, ils étaient 81, ce qui reste bien supérieur comparé à un an en arrière.
« Les navires battant de faux pavillons, dont l’assurance est de fait nulle, ont transporté pour environ 8,4 milliards d’euros de pétrole et de produits pétroliers russes en 2025, dont plus d’un tiers a transité par les eaux de l’UE », relève Luke Wickenden, co-auteur du rapport. Un axe sur lequel les Occidentaux doivent agir pour réduire les mannes financières de la Russie.