Il faut une demi-heure pour traverser l’île de Curaçao, vingt fois plus petite que la Corse (444 kilomètres carrés) et peuplée comme Angers (158.000 habitants), mais il a fallu un siècle, 23 éditions et le passage à 48 équipes pour que ce confetti posé au large du Venezuela participe à la Coupe du monde. L’ancienne colonie néerlandaise est davantage connue pour ses plages turquoise et sa liqueur bleue que pour la Blue Wave, son équipe nationale.
Mais les choses sont en train de changer depuis que les joueurs de Dick Advocaat ont posé les pieds sur le sol américain : les clichés de supporters repeints des pieds à la tête inondent les réseaux et l’entourage de la sélection poste des vidéos virales, good vibes en excédant bagage. Ce soir, le plus petit concurrent de l’Histoire découvrira le grand monde du contre l’Allemagne à Houston (19 heures, M6 et beIN). L’aboutissement d’un projet de plus de vingt ans.
Au début des années 2000, la fédération lance une politique de recrutement de descendants de Curaciens installés aux Pays-Bas. Ils sont quelque 200 000, davantage que la population de l’île. Les refus sont nombreux. Certains se rêvent en Oranje. D’autres ignorent leurs racines. C’est Leandro Bacuna, devenu capitaine emblématique après des passages à Aston Villa et Cardiff, qui déverrouille les esprits. Son frère Juninho suit. Tous deux parlent le papiamento, le créole des Antilles néerlandaises. Cuco Martina, ancien joueur d’Everton, rejoint le projet, puis une génération formée dans les académies des Pays-Bas.