Jordan Bardella et Marine Le Pen ont mis en scène hier leur unité, trois jours avant une décision de justice historique qui pourrait interdire à la présidente des députés RN de concourir à la présidentielle.« Faire vivre le duo. » Un conseiller de Marine Le Pen nous brandit ce slogan pour qualifier la scénographie d’hier à Liévin, dans le Pas-de-Calais, d’élection de la députée cheffe du Rassemblement national. Une ambiance de kermesse a été déployée au parc de Rollencourt – longues tables en bois, chaises en plastique, baraque à merguez-frites et tireuse à bière. Devant une assistance un peu clairsemée pour un meeting frontiste, Jordan Bardella a martelé son « amitié » pour sa mentor. Le reste du discours était convenu. C’est pourtant la dernière fois que le numéro un du RN et Marine Le Pen se sont affichés en tant qu’égaux. Aujourd’hui encore, l’un comme l’autre est un potentiel candidat à la présidence de la République.
Mardi, ce sera terminé. Selon la manière dont aura statué la cour d’appel de Paris dans l’affaire des collaborateurs parlementaires européens du FN, un des deux dirigeants d’extrême droite ne pourra plus briguer l’Élysée en 2027. Ainsi s’achève l’un des suspenses les plus baroques qu’ait connu notre vie politique moderne.
« C’est la sardine qui a bouché le port de Marseille, raille un député RN, employant là une vieille formule censée dépeindre l’invraisemblable. Et ça paralyse tout. » Depuis plus d’un an, le parti donné favori du premier tour de la prochaine présidentielle prépare sa campagne en contournant son principal paramètre, à savoir l’incarnation. Paradoxal pour une formation qui se prétend continuatrice du gaullisme.
Ce qui avait été pensé et présenté comme un « ticket » est devenu une alternative. Ce luxe – aucune autre force ne peut se targuer d’être emmenée par deux figures à plus de 30 % d’intentions de vote – a dissuadé les cadres du RN de trancher certains sujets doctrinaux. Par confort mais aussi par crainte de froisser leur hiérarchie. « L’option A, je la prends, l’option B, je la prends aussi, mais maintenant il faut qu’on avance, piaffe un membre du premier cercle de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. C’est une libération, on a accumulé trop de tabous. Dans cette maison, tu n’as rien à gagner à l’ouvrir, donc tu la fermes. »