Le pays des congés. L’édito de Bruno Jeudy

La plage sud de l'Ile de Ré.
LTD/ONLYFRANCE.FR - J-F TRIPELON-JARRY

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Ce premier week-end de juillet ouvre, pour des millions de Français, la parenthèse la plus attendue de l’année. Les vacances d’été sont bien davantage qu’un simple temps de repos : elles relèvent presque d’une religion civile. En 2025, 72 % de nos compatriotes sont partis au moins quatre jours. Peu de pays entretiennent un rapport aussi passionnel au départ en vacances. Depuis les congés payés de 1936, cette conquête sociale est devenue un élément de notre identité nationale.
Les Français parlent de leurs vacances toute l’année. Ils les préparent des mois à l’avance, les racontent avec gourmandise à leur retour et les idéalisent parfois davantage qu’ils ne les vivent. Comme l’observent les sociologues Jean Viard et Gwenaëlle Gault dans Le Livre des vacances, celles-ci sont devenues un « pilier de notre existence ». Elles sont le Graal après des mois de contraintes, le temps des retrouvailles familiales, des amitiés retrouvées et de cette illusion délicieuse que le temps peut enfin ralentir.
Cette passion française ne doit rien au hasard. Les congés payés avaient été accordés il y a quatre-vingt-dix ans dans un climat social explosif. La cinquième semaine de congé en 1982 puis les RTT au début des années 2000 ont encore renforcé cette singularité nationale. À mesure que le temps libre progressait, le travail cessait d’être l’horizon exclusif des existences. Une révolution silencieuse s’est opérée : les loisirs ne sont plus la récompense du travail, ils en sont devenus la finalité.
Mais voici que le réel frappe à la porte des maisons de vacances. En cet été 2026, la crise du pouvoir d’achat oblige beaucoup de familles à partir moins loin, moins longtemps et à moindre coût. Derrière ces arbitrages se profile une question plus dérangeante. Une France lourdement endettée, à la croissance anémique et à l’industrie affaiblie pourra-t-elle continuer à conjuguer toujours plus de temps libre avec toujours moins de création de richesses ? Aucun responsable politique ne pourra durablement éluder ce débat.
Les candidats à l’élection présidentielle, à commencer par Édouard Philippe, qui tient meeting ce dimanche, savent que remettre la valeur travail au cœur du débat public sera un exercice d’équilibriste mais indispensable. Les Français sont attachés à leurs vacances comme à peu d’autres conquêtes sociales. Les convaincre que l’effort collectif redevient une nécessité exigera beaucoup de pédagogie et sans doute une nouvelle promesse de prospérité.
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En attendant les promesses de campagne, il serait dommage de bouder notre bonheur. Avec ses 5 800 kilomètres de littoral, ses 115.000 kilomètres de sentiers de randonnée, ses villages d’exception, de Rocamadour aux Baux-de-Provence, ses îles, de la Corse à Ré en passant par Oléron, la France demeure l’une des plus belles destinations du monde.
Ces paysages ont inspiré nos cinéastes, nos écrivains et nos chanteurs, des Vacances de Monsieur Hulot à Camping, des Randonneurs à Michel Jonasz. Peu d’artistes ont mieux saisi la douce nostalgie des étés français que l’interprète des Vacances au bord de la mer : « On regardait les bateaux… mais c’était quand même beau. »
Alors, cet été encore, prenons des photos, non pour les exhiber mais pour retenir ce que le temps emporte toujours trop vite. Après tout, comme le glisse avec malice l’écrivain David Foenkinos, « sans les photos de vacances, on ne pourrait jamais prouver qu’on a été heureux ».