Les États-Unis ont fêté samedi 4 juillet les 250 ans de leur indépendance. Un anniversaire instrumentalisé par Donald Trump à un moment où les principes de la démocratie américaine sont remis en question, estime le chercheur.En quoi les commémorations de ce 4-Juillet ont-elles différé des précédentes ?
Il s’agit d’une rupture nette dans la mesure où cet anniversaire apparaît beaucoup plus politisé et clivant que les précédents, qui furent des moments d’unité nationale et d’enthousiasme collectif. En 1876, par exemple, l’Exposition universelle de Philadelphie incarnait la fascination pour le progrès et la puissance de l’électricité. En 1976, le bicentenaire visait à restaurer l’unité après le scandale du Watergate. Ce 4 juillet 2026 est, au contraire, traversé par une forte polarisation. Ce climat est renforcé par la centralité de Donald Trump, qui cherche à s’approprier et à personnifier ce rendez-vous. Beaucoup s’interrogent désormais sur le sens même de cette célébration et se demandent que commémorer dans un pays aussi divisé.
Cette personnalisation du pouvoir par Trump ne contrevient-elle pas aux principes fixés par les pères fondateurs ?
On peut citer George Washington, qui a établi que le président n’est pas un roi ; Abraham Lincoln, qui a préservé l’unité du pays ; et Franklin Roosevelt, qui a restauré la confiance pendant une crise majeure. Là où ces chefs d’État étaient tournés vers les idéaux américains, il y a, chez Donald Trump, une volonté de réinterpréter, voire de refaçonner le contrat constitutionnel américain.
Ce moment de célébration est donc plutôt celui d’une grave crise politique ?
La situation suscite en tout cas une forte anxiété. Des préoccupations portent sur l’état du Congrès, jusqu’à savoir s’il reste une institution viable. La Cour suprême est, elle aussi, traversée par de profondes divisions. Certes, la plus haute juridiction fédérale a toujours connu des désaccords, mais on observe aujourd’hui une animosité personnelle rare entre certains de ses membres. Par ailleurs, la Maison-Blanche cherche à renforcer le pouvoir exécutif, fragilisant le principe des « checks and balances » [l’équilibre des pouvoirs], central dans la tradition américaine. L’écart entre les principes et leur mise en œuvre semble ainsi s’élargir, nourrissant une inquiétude quant à la trajectoire du pays. Nous traversons un moment historique, comme chaque fois que les États-Unis s’interrogent sur leur identité et leur avenir.