La stratégie prévoit dans un premier temps la mise en exploitation de 4 500 ha destinés à produire environ 9 000 t de semences certifiées, qui serviront à soutenir une production commerciale de 180 000 t de blé.
Le blé est la première céréale importée par le Cameroun, en termes de en volume. Face à la hausse de la demande, des efforts sont en cours pour structurer une offre domestique.
Au Cameroun, les autorités veulent redonner un nouveau souffle à la filière blé avec un plan triennal estimé à environ 47,1 millions d'euros. Validé fin juin à Yaoundé lors d’un atelier de concertation piloté par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, ce programme qui doit débuter en 2027 vise à structurer une production locale encore embryonnaire.
Les semences, pilier de la relance
La stratégie prévoit dans un premier temps la mise en exploitation de 4 500 hectares destinés à produire environ 9 000 tonnes de semences certifiées. Ces volumes doivent ensuite servir à soutenir une production commerciale de 180 000 tonnes de blé sur la durée du programme. Ces interventions porteront sur les régions de l’Extrême-Nord, du Nord, de l’Adamaoua, de l’Ouest et du Nord-Ouest identifiées comme les principaux bassins favorables à la culture du blé en raison de conditions climatiques plus compatibles avec les besoins de la céréale.
Sur un autre volet, le dispositif prévoit également la mise à disposition d’intrants, de produits phytosanitaires et d’un accompagnement technique rapproché, afin d’améliorer les rendements et de réduire les coûts de production. Le plan s’appuiera sur les acquis du Projet de production et de transformation du blé au Cameroun, conduit par l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD).
Ce programme a déjà permis de tester plusieurs variétés adaptées aux différentes zones agro-écologiques du pays et de relancer la multiplication des semences de base, notamment à Wassandé, dans l’Adamaoua. En janvier dernier, l’organisme public a d’ailleurs lancé sur le site, une campagne visant à récolter 600 tonnes de semence de base de blé.
Une course contre la montre
Dans la première économie de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC), cette stratégie illustre la volonté des autorités de réduire la dépendance aux importations. En effet, si le blé demeure un produit stratégique pour l’alimentation urbaine au Cameroun, sa consommation dépend largement des achats à l’étranger.
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Selon le rapport sur l’évolution du commerce extérieur publié par l’Institut national de la statistique (INS), les achats de blé tendre et de méteil ont atteint 1,1 million de tonnes en 2025, pour un coût de près de 286,3 millions d'euros. Alors que ces chiffres sont en baisse par rapport à l’année dernière, cette dépendance continue d’exposer le pays aux fluctuations du marché mondial, aux coûts du transport maritime, aux variations de change et aux crises géopolitiques.
Face à cette situation, le pays a multiplié les initiatives d’import-substitution, notamment à travers le Plan intégré d’import-substitution agro-pastoral et halieutique (PIISAH), lancé pour la période 2024-2026, qui visait à réduire la dépendance du pays vis-à-vis du riz, du maïs, du blé, de l’huile de palme, du poisson et du lait. C'est en 2009 que les travaux de recherche sur le blé ont repris, après la fermeture de la Société de développement du blé (SODEBLE) dans les années 1980.
Plus globalement, le cas camerounais reflète un casse-tête largement partagé en Afrique subsaharienne (hors Ethiopie et Afrique du Sud). Le blé étant une culture exigeante, plus adaptée aux climats tempérés ou aux zones disposant d’irrigation et de températures plus maîtrisées, la production de la céréale de manière compétitive est un véritable défi. Le Burkina Faso, le Sénégal ou encore le Tchad ont tous testé, des programmes de relance de la filière, mais le passage à échelle reste encore freiné par des conditions biophysiques peu favorables.