OPINION. « La gauche peut gagner en 2027 », par Matthieu Pigasse, banquier d’affaires

Matthieu Pigasse considère le Rassemblement national comme un danger pour la République.
LTD/Albert Facelly

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LTD/Albert Facelly
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Je le dis aux inquiets, aux déçus, aux résignés, aux narquois, aux sceptiques, aux arrogants : la gauche peut, doit, va gagner l’élection présidentielle de 2027. Le Rassemblement national a pour l’instant réussi à imposer son récit et son imaginaire. Il a installé dans le débat public deux idées simples : le déclin et la peur. Mais il n’a pas encore gagné la bataille politique.
Rien dans son programme ne répond aux fractures françaises, qu’il exploite sans jamais traiter leurs causes profondes. Il promet l’ordre mais prépare le désordre, économique, social, démocratique. Derrière le vernis de la protection nationale se cache le repli sur soi, l’appauvrissement collectif, et la guerre de tous contre tous. Gouverner un pays exige autre chose que de prospérer sur la colère et le ressentiment. Gouverner, c’est créer de la cohésion, redonner de l’espoir et du pouvoir de vivre dignement.
La gauche peut l’emporter à une condition : assumer pleinement ce qu’elle est, une force populaire, sociale, républicaine. Elle doit s’adresser à nouveau aux catégories populaires, à celles et ceux pour qui la vie est devenue une série d’arbitrages insupportables : le plein d’essence, les courses, le loyer, la santé… Aucun projet majoritaire ne pourra émerger sans celles et ceux pour qui tout augmente sauf leur capacité à vivre dignement, et qui voient les inégalités exploser pendant que les services publics reculent.
Être de gauche est un engagement, celui d’un projet de transformation radicale, d’une justice sociale assumée et d’une égalité à conquérir. La social-démocratie n’incarne plus ce projet. La formation d’un front de gauche est indispensable, mais il ne peut être un simple arrangement électoral ou un compromis de l’instant. Il doit reposer sur une ligne claire.
Nous ne sommes pas là pour gérer le monde comme il va. Nous sommes là pour le changer. Être réaliste aujourd’hui, c’est être radical. Réaliste, parce qu’il faut entendre la colère et le désespoir. Radical, parce que les défis du siècle exigent des ruptures profondes. La radicalité n’est pas une utopie. C’est le partage des richesses, la justice sociale, la reconstruction des services publics, la réaffirmation de la puissance publique, la réindustrialisation, la transition écologique, la maîtrise technologique.
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Il ne suffit plus de constater et de dénoncer. Gouverner doit permettre à chacune et chacun de reprendre le contrôle de tout ce qui touche à notre vie, individuelle et collective : l’école, le logement, la sécurité, l’énergie, la production, la monnaie, les infrastructures, la recherche… Pour cela, il faut savoir rassembler pour être en mesure d’agir.
Il faut refuser tout fatalisme et affirmer que tout est possible. Ce n’est pas un slogan, c’est une exigence. Il faut s’imposer au réel, et non laisser le réel s’imposer à nous. Le réel n’est pas un mur, c’est un champ de bataille. Chaque fois qu’on nous dit que c’est impossible, que les marchés ne le permettront pas, que les traités ou les règles l’interdisent, que la technique est un obstacle, chaque fois il faut répondre non. Non, nous ne nous soumettons pas. La seule défaite certaine est celle de ceux qui acceptent d’avance de ne pas essayer.
Le véritable déficit de la France n’est pas budgétaire. Il est éducatif, industriel, scientifique, démocratique. Une nation qui abandonne son école, sa santé, sa recherche, sa capacité de production perd sa souveraineté, nourrit la colère, fabrique du ressentiment. C’est sur ces failles que prospère l’extrême droite.
Je refuse cette impasse. La République n’est forte que lorsqu’elle rassemble, qu’elle protège et qu’elle émancipe.
À ce titre, le débat sur la laïcité a trop souvent été détourné. La laïcité n’est pas une arme identitaire ; elle est un principe d’équilibre et de liberté, une promesse d’apaisement et pas une stratégie de confrontation permanente. Il nous appartient de lutter contre toutes les formes de discrimination, sans ambiguïté et sans relâche, l’antisémitisme, qui s’est démultiplié depuis le 7-Octobre, comme l’islamophobie.
L’extrême droite est aujourd’hui le danger majeur pour la République. Avec le scrutin majoritaire, elle pourrait obtenir une majorité absolue de députés avec seulement 35 % des voix. C’est une menace concrète.
La gauche doit redevenir la force du progrès. Celui qui protège sans opposer. Celui qui répare sans désigner des boucs émissaires. Celui qui réconcilie la justice sociale avec l’exigence républicaine. La gauche doit refuser tout conservatisme et pessimisme, et renouer avec l’audace, le courage, la générosité, la détermination, et l’ambition. Le défi est historique. Nous ne resterons pas spectateurs du chaos.
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