Des cosmétiques à la bave d’escargot : le pari d'une PME vendéenne

Sébastien et Olivier Royer sont les fondateurs de Royer Cosmétique (Vendée).
Royer Cosmétique

Sébastien et Olivier Royer sont les fondateurs de Royer Cosmétique (Vendée).
Royer Cosmétique
Avec 30,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 15% de parts de marché à l’international, la filière cosmétique compte parmi les fleurons de l’industrie française. Aujourd’hui, pourtant, des menaces pèsent sur cette filière notamment secouée par l’onde de choc des taxes américaines.
Les produits cosmétiques français jusqu’ici exonérés de droits de douane (0 %) sont désormais taxés à hauteur de 15 % pour les exportations vers les États-Unis. Une augmentation qui risque d'affecter les exportations françaises, qui ont atteint les 22,5 milliards d’euros en 2024, d’après la Fédération des entreprises de la beauté. Soit une croissance de 6,8% sur un an. La FEBEA, qui rassemble plus de 300 entreprises françaises, estime que la perte annuelle pourrait s’élever à 300 millions d’euros d’exportations. Selon elle, jusqu’à 5.000 emplois seraient menacés en France.
Une augmentation qui n’est pourtant pas redoutée par la marque vendéenne Royer Cosmétique distribuée en France et à l'international. Face aux grands mastodontes du secteur, comme L'Oréal (43,48 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024), la PME de quinze personnes, ancrée au cœur du bocage vendéen, entend se tailler une place dans un secteur ultra-concurrentiel en misant sur un marché de niche : la cosmétique à base de bave d’escargot, « un actif aux multiples bienfaits connus depuis l’Antiquité », dixit Sébastien Royer, l’un des deux co-fondateurs, depuis le siège social des Herbiers.
L’entreprise a l’avantage de disposer de son propre élevage avec une production de 15 tonnes d’escargots par an. « Nous sommes les seuls producteurs à avoir créé une marque de cosmétique en France, voire à l’étranger. En 59 jours, nous récoltons jusqu'à 4,2 tonnes de bave. Notre sérum est un concentré de bave d'escargot fraîche (93%) », indique-t-il à La Tribune. Et d'ajouter : « Notre process d’extraction respecte le bien-être animal selon une installation unique au monde », certifie Sébastien Royer. « Ce n’est pas le cas au Bangladesh où la bave est extraite en électrocutant les escargots ou en les mettant dans une centrifugeuse. Des méthodes interdites en Europe. »
C’est un peu par hasard que Sébastien Royer et son frère Olivier ont découvert les « supers pouvoirs » de la bave d’escargot. « À chaque fois qu’on les manipulait, on avait les mains plus douces. Le mucus d'escargot peut aussi aider à la cicatrisation des plaies. Nous avons alors effectué des recherches et on s’est rendu compte que la bave d’escargot renferme des composants comme l'allantoïne et le collagène. Il s’agit de l’actif le plus puissant dans la cosmétique. » Les deux gérants ont démarré en 2013 avec un unique produit.
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Huit ans plus tard, la marque pèse aujourd’hui 2,3 millions d’euros, avec une croissance de 10% entre 2023 et 2024. Elle compte à ce jour 17 références commercialisées via 1.250 points de vente en France et quatre réseaux de distribution (pharmacies, magasins bio, instituts de beauté, e-commerce). Aujourd’hui, chaque segment pèse un quart dans le volume d’affaires. Dès 2026, la volonté est de doubler la part du digital (500.000 euros), via sa propre boutique en ligne. « Car si nous souhaitons booster le BtoB et entrer plus facilement dans les pharmacies, il faut percer sur le BtoC. » Plus largement, l’ambition est de doubler le chiffre d’affaires à horizon trois à cinq ans.
La marque vient d’investir 200.000 euros dans la fusion de ses deux gammes (pharmacie/magasins bio et institut de beauté) et la refonte complète de son identité de marque en mettant fin au suremballage avec un tube en plastique recyclé à 50% et 100% recyclable, fabriqué en France. À présent, elle compte accélérer à l’international.
Royer Cosmétique est actuellement présente dans une dizaine de pays (Cambodge, Chine, Allemagne, Suisse, Belgique, Turquie...).
L'entreprise vendéenne n'est pourtant pas épargnée par le contexte international, notamment impactée par la fermeture brutale des marchés russe et ukrainien mais aussi par le Covid et concurrencée par des produits asiatiques, comme la marque coréenne Cosrx arrivée sur Amazon. Pour autant, l’international reste un axe stratégique. Les deux gérants ont identifié cinq cibles prioritaires : le Brésil, la Corée du Sud, le Canada, l’Espagne ou encore les États-Unis « le plus gros marché cosmétique » où la marque entend renforcer sa présence via des distributeurs sur place, malgré les droits de douane qui passent de 0% à 15%. Sébastien Royer prévoit donc d’augmenter ses prix sur le marché américain. Si la PME ne s’est pas fixée d’objectifs chiffrés à l’international, elle a en revanche la certitude qu’il y a « un vrai potentiel » à l’export.