Journée de l'ingénierie 2025. De gauche à droite : Pascal Ray, directeur de Central Lyon, Cécile Delolme, directrice de l'ENTPE, Frédéric Fotiadu, directeur de l'INSA Lyon, Jacques Fayolle, directeur des Mines Saint-Etienne
Se doter d’un projet de société permettant de ne pas dépasser les limites planétaires, de s’adapter au changement climatique tout en respectant les droits et la dignité humaine est une nécessité absolue dans un contexte de tensions géopolitiques majeures.
Dans ce monde où les dépendances technologiques redessinent les équilibres, la capacité à produire des connaissances scientifiques, à innover, et à développer des technologies devient aussi un enjeu de souveraineté pour l’Europe. Tous les acteurs de la société doivent pouvoir agir à la mesure de leurs capacités et leurs compréhensions des enjeux.
Cette année les jeunes générations sont invitées à participer aux débats organisés dans le cadre de la 2ᵉ Journée de l’ingénierie, organisée le 23 mars prochain à Lyon par le Collège d’Ingénierie Lyon Saint-Etienne, alliance entre Centrale Lyon, l’ENTPE, l’INSA Lyon et Mines Saint-Etienne, car nous portons une conviction simple : les grandes transformations à venir dépendront de notre capacité à former une nouvelle génération d’ingénieures et d’ingénieurs encore plus engagés, créatifs, pédagogues et ouverts sur le monde.
Combien d’énergie et d’eau mobilise une simple requête adressée à une intelligence artificielle générative ? Combien de kilogrammes de terres excavées et de travail harassant sont nécessaires pour fabriquer un smartphone ? Quel bilan carbone pour produire et acheminer un tee-shirt vendu quelques euros ? Peu de citoyens sont capables de le dire. Nos modèles économiques actuels ont progressivement rendu invisible l’impact environnemental de nos modes de vie. Cette invisibilisation entretient l’illusion d’une économie déconnectée de la matière, alors même qu’elle repose sur une exploitation intense des ressources de la planète et sur des chaînes de valeur mondialisées dont nous ne maîtrisons plus toujours les conditions sociales et stratégiques. Réinterroger ces modèles devient indispensable pour concilier innovation, soutenabilité et souveraineté.
Pourtant, les effets sont bien visibles : tensions géopolitiques, incertitudes économiques, dérèglement climatique, raréfaction des ressources. L’actualité brûlante nous rappelle chaque jour que nos modèles sont à bout de souffle. Face à cette succession de crises, les décisions politiques et économiques restent trop souvent guidées par une vision court-termiste, alors que les enjeux auxquels nous faisons face exigent une capacité à penser « système » et « long terme ». Les jeunes générations grandissent dans cette époque qui apparait incertaine et anxiogène.
Reconnecter la jeunesse à la science et la technique
Dans ce contexte, le métier d’ingénieur souffre hélas d’une image floue, parfois réduite à une expertise technique complexe et déconnectée des enjeux actuels. Pourtant, c’est tout l’inverse.
Les ingénieurs sont au cœur des transformations concrètes qui façonnent à la fois notre vie quotidienne et notre avenir. Ce sont eux qui conçoivent des transports moins énergivores, qui réfléchissent aux mobilités douces. Ce sont eux qui imaginent des logements moins consommateurs d’énergie et de matières, qui réhabilitent l’existant et intégrant les enjeux de confort et d’usage. Ce sont eux qui réfléchissent à un monde numérique plus sobre. Ce sont eux qui développent des infrastructures plus résilientes, capables de s’adapter aux conditions climatiques de demain.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Comprendre les systèmes socio-techniques, évaluer les impacts, imaginer des alternatives pour transformer la société : c’est précisément là que le rôle de l’ingénieur prend tout son sens. Leurs choix orientent la manière dont une société produit, consomme, organise ses mobilités, son énergie ou son numérique. À ce titre, ils sont des acteurs clés de la capacité de l’Europe à innover, à rester compétitive et à préserver sa souveraineté économique.
Donner envie d’agir
Redonner une visibilité et une envie de faire des études scientifiques et techniques est une nécessité collective. Ces connaissances sont indispensables pour relever les défis auxquels nous faisons face. Pour beaucoup de jeunes en quête de sens, devenir ingénieur doit offrir une évidence : contribuer concrètement à construire l’avenir et accompagner la transformation de la société.
Nous souhaitons que les jeunes générations soient ouvertes à ces trois mots clés que sont ré-utiliser, ré-inventer, ré-générer. C’est à cette condition que l’Europe pourra à la fois réussir sa transition écologique, rester un espace d’innovation et préserver sa capacité d’action. A nous, écoles d’ingénieur, de leur donner l’envie et la confiance de s’en saisir.