L'IA chinoise a siphonné 30 % du marché mondial cette année
latribune.fr

DeepSeek, fleuron chinois de l’IA, est soupçonné de liens profonds avec l’armée et de contourner les sanctions américaines sur les puces.
Florence Lo
latribune.fr

DeepSeek, fleuron chinois de l’IA, est soupçonné de liens profonds avec l’armée et de contourner les sanctions américaines sur les puces.
Florence Lo
Le marché mondial de l’intelligence artificielle traverse une mutation profonde, comme le montre l’analyse de plus de 100 000 milliards de jetons (tokens) par la plateforme OpenRouter. Jusqu’en 2024, le secteur restait verrouillé par les « modèles fermés » (closed source) de géants comme OpenAI ou Google.
L'année 2025 marque un véritable tournant empirique : la méthode la plus largement employée a glissé d'une génération de réponse en une seule étape vers une délibération en plusieurs, portée par le lancement du modèle de raisonnement o1 d'OpenAI. En parallèle, l’industrie a basculé massivement vers le modèle « open weight », qui met uniquement à disposition les paramètres appris durant l’entraînement tout en conservant ses données d’entraînement et le code du modèle.
Cette architecture permet aux entreprises d’installer l’IA directement sur leurs propres serveurs, garantissant une confidentialité totale et une personnalisation poussée sans dépendre d’un guichet unique californien.
Selon le rapport State of AI 2025 publié par Andreessen Horowitz, la part des modèles chinois dans les flux d’IA est passée de 1,2 % fin 2024 à 30,1 % en août 2025. Ce bond s’explique par le fait que ces modèles sont souvent gratuits au téléchargement et affichent des performances qui talonnent, voire dépassent, les standards américains les plus onéreux. DeepSeek-R1, fer de lance de cette percée, a ainsi montré dès janvier 2025 que la Chine pouvait égaler les performances de raisonnement d’un GPT-4 ou d’un Claude 3.5 pour un coût d’utilisation quasi nul.
Le modèle DeepSeek-R1 a introduit la « chaîne de pensée » (Chain of Thought), imposant une phase de réflexion interne avant chaque réponse. Le système vérifie ses erreurs, explore des chemins logiques et ne livre son résultat qu’une fois validé. Cette précision place DeepSeek en position de force sur les segments critiques : mathématiques complexes, ingénierie et surtout le développement informatique, où les modèles chinois captent désormais 50 % des requêtes mondiales de programmation.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.

L'étude d'OpenRouter souligne d'ailleurs que si l'usage créatif domine encore 52 % de l'usage global des modèles ouverts, les modèles chinois se distinguent par une percée technique : la programmation et la technologie y représentent désormais 39 % des utilisations.
De son côté, Alibaba déploie avec Qwen une stratégie d’omniprésence. Utilisé par Nvidia, Perplexity ou encore l’université Stanford, ce modèle traite avec une égale fluidité le texte, l’audio et la vidéo. Pour les entreprises, le gain financier est énorme : pour le traitement des entrées, un modèle comme DeepSeek-V2.5 est 14,3 fois moins cher que Mistral Large 2 (14 cents contre 2 dollars pour un million de tokens). Pour la génération (output), l’écart grimpe à 21,4 fois. Un entrepreneur américain rapporte ainsi une économie annuelle de 400 000 dollars en basculant ses services sur Qwen.
L’adoption massive des technologies chinoises place les directions des systèmes d’information (DSI) face à un dilemme de sécurité. Techniquement, faire tourner un modèle Open Weight sur ses propres équipements élimine le risque de fuite de données vers l’étranger. Cependant, la vulnérabilité devient stratégique. Dans un climat de tensions accrues entre Washington et Pékin, ces outils pourraient se transformer en impasses techniques.
Le scénario d’une escalade des sanctions commerciales fait craindre un isolement brutal. Si le support technique et les mises à jour communautaires sont interdits aux entités occidentales, les entreprises ayant bâti toute leur infrastructure sur Qwen ou DeepSeek se retrouveront avec un outil figé. Le risque est alors de se retrouver « piégé » par un modèle dont les pièces de rechange logicielles dépendent d’un rival. Le rapport identifie pourtant un effet d'adhérence baptisé « Glass Slipper » (le soulier de verre) : les premiers utilisateurs de ces modèles développent une fidélité à long terme bien plus forte que ceux qui sont arrivés plus tard, rendant une transition technologique future complexe.
Pour les entreprises européennes, la stratégie s’est alors orientée vers l’hybridation. Le cœur de métier — juridique, ressources humaines, relation client — reste sanctuarisé sur des offres considérées comme sûres quoique coûteuses pour garantir la sécurité juridique et la qualité linguistique. En parallèle, l’innovation technique et l’automatisation du code basculent sur les modèles chinois pour maximiser la vitesse de développement.
latribune.fr
Suppression d'emploi à cause de l'IA : Zuckerberg admet (encore) des « erreurs » dans la refonte de Meta
Coup de tonnerre pour Anthropic : Trump bloque l'accès étranger aux IA « Fable » et « Mythos »
Derrière l’IPO de SpaceX, un pari massif sur l’IA plus que sur le spatial
LDLC améliore ses résultats, dans l'attente de « la révolution de l'IA »