Une heure par jour, un smartphone sanglé sur la tête, Nagireddy se filme en train de « plier du linge, faire du café, cuire un plat particulier, préparer un sandwich ». Payée 250 roupies, soit un peu plus de 2 euros, cette jeune Indienne nourrit les futurs robots humanoïdes d’un marché appelé à atteindre 38 milliards de dollars d’ici à 2035. Loin des labos de la Silicon Valley, l’Inde organise déjà l’usine invisible de l’IA physique.Avec un smartphone sanglé sur la tête, Nagireddy Sriramyachandra se filme en train de couper des mangues dans la cuisine de sa maison, dans un village du Tamil Nadu. Pour chaque heure de vidéo, cette jeune femme de 25 ans touche 250 roupies, un peu plus de 2 euros, pour montrer à l’intelligence artificielle (IA) comment reproduire des gestes quotidiens que des robots devront un jour exécuter à sa place.
« Qui vous donnerait 250 roupies juste pour accomplir une heure de tâches ménagères ? », lance-t-elle. Une heure de ménage filmée peut valoir plus que beaucoup de jobs locaux, mais à condition d’accepter que chaque geste soit capté, compressé, envoyé à des entreprises qu’elle ne verra jamais.
Le dispositif tient en peu de choses : un bandeau élastique, un smartphone fixé au niveau du front, une application qui « braille "mains non détectées" » dès que le cadrage ne permet plus de suivre les doigts avec précision. Autour, le décor d’une maison ordinaire où la caméra ne filme pas seulement les mangues, mais aussi ces séquences répétées où Nagireddy se met en scène en train de « plier du linge, faire du café, cuire un plat particulier, préparer un sandwich ».
À plus de 2 000 kilomètres de là, dans les bureaux d’Objectways, une société dont le patron s’est installé aux États-Unis, ces vidéos deviennent de l’or brut pour les modèles d’IA. L’entreprise, qui dispose d’un site à Karur, transforme texte, images, audio ou vidéo en données structurées pour des géants de la tech américains.