La fraude en entreprise s’intensifie et se professionnalise sous l’effet de techniques toujours plus sophistiquées et de l’essor de l’intelligence artificielle.
Les entreprises françaises font face à une intensification nette du risque de fraude. Selon le baromètre 2026 d’Allianz Trade publié mardi, plus d’une ETI ou grande entreprise sur deux a constaté une hausse des tentatives de fraude au cours des douze derniers mois, confirmant une dynamique de fond inquiétante pour les directions financières et les équipes de contrôle interne.
Dans le détail, 60 % des PME déclarent avoir subi au moins une tentative de fraude sur la période, contre 85 % des ETI et grandes entreprises. Au global, une entreprise sur trois affirme avoir été ciblée. Une exposition qui s’accroît avec la taille des organisations, souligne l’étude : « l’exposition au risque de fraude semble s’accentuer à mesure que la taille des entreprises grandit ».
Les techniques employées restent largement éprouvées mais toujours efficaces. Les fraudes au faux fournisseur, souvent associées à la transmission d’un faux RIB, et les escroqueries au faux client figurent parmi les méthodes les plus répandues. Elles devancent les fraudes au faux dirigeant, un schéma devenu classique dans les attaques ciblant les services comptables et financiers.
L'essor des “deepfakes”
Si la fréquence des tentatives progresse, leur impact financier demeure également significatif. Parmi les entreprises victimes, 85 % déclarent avoir subi un préjudice au cours des douze derniers mois. Dans 66 % des cas, le montant reste inférieur à 10.000 euros, mais 6 % des entreprises évoquent des pertes comprises entre 10.000 et 19.999 euros, et 10 % entre 20.000 et 99.999 euros.
L’essor des outils d’intelligence artificielle alimente désormais les inquiétudes des dirigeants. Selon l’étude, 76 % d’entre eux estiment que l’IA accroît le risque de fraude, notamment via des contenus falsifiés de type “deepfakes” audio ou vidéo, capables d’imiter la voix ou l’image d’un dirigeant pour valider des opérations sensibles.
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Une professionnalisation des fraudeurs est également pointée du doigt par les experts du secteur. « Les fraudeurs se professionnalisent et exploitent les failles, qu’elles soient technologiques ou organisationnelles », constate dans l’étude Ilan Daian, responsable Assurance Fraude chez Allianz Trade en France, et « le risque est devenu concret, mesurable et potentiellement critique pour la trésorerie des entreprises ».
Le risque interne
Face à cette montée en puissance des attaques, le niveau de préparation des entreprises reste très hétérogène. Si 92 % des ETI et grandes entreprises estiment être correctement armées, ce chiffre recule à 76 % pour les PME et chute à 61 % pour les TPE. Les dispositifs de prévention apparaissent encore insuffisants, d’autant que 16 % des entreprises n’ont mis en place aucune mesure spécifique de protection contre la fraude.
La couverture assurantielle demeure également limitée : seules 30 % des entreprises disposent d’une assurance dédiée au risque de fraude, un taux qui grimpe à 74 % dans les grandes structures. Pour Allianz Trade, le défi dépasse désormais la seule dimension technique. « L’enjeu des prochaines années sera de transformer la prise de conscience en une véritable culture de prévention », estime Laurent Treilhes, président du comité exécutif d’Allianz Trade en France.
Au-delà des entreprises, le baromètre révèle enfin une réalité interne souvent sous-estimée : la fraude peut aussi venir de l’intérieur. Réalisée avec Odoxa auprès de 315 entreprises et 1.005 Français, l’étude indique que 57 % des salariés disent avoir déjà observé des comportements frauduleux, allant de l’usage abusif des ressources à des détournements de fonds ou de données.