Sam Altman, PDG d'OpenAI, à la Station F, à Paris, lors d'un événement organisé en marge du Sommet de l'action sur l'intelligence artificielle en février 2025.
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Ce lundi 27 avril 2026 s’ouvre à Oakland le procès opposant Elon Musk à OpenAI. Des documents internes suggèrent que le virage commercial était planifié dès l'origine. Le journal de Greg Brockman, pièce maîtresse du procès Musk-OpenAI, révèle les doutes de la direction dès 2017 sur la sincérité du modèle non lucratif de la start-up.
Les informations à retenir
Pourquoi Elon Musk poursuit-il OpenAI en justice ?
L'homme d'affaires accuse Sam Altman d'avoir trahi la mission non lucrative initiale de l'organisation au profit d'un modèle commercial lucratif.
Musk dénonce le partenariat avec Microsoft, transformant OpenAI en une « boîte noire » dont le géant de la tech possède l'exclusivité des modèles.
Musk réclame entre 134 et 150 milliards de dollars pour financer la branche caritative de l'IA.
Ce lundi 27 avril 2026, à Oakland, en Californie, s’ouvre le procès le plus attendu de l’année. Elon Musk affronte ses anciens alliés, Sam Altman et Greg Brockman. Au cœur du duel : des notes qui suggèrent que la transformation d’OpenAI en géant commercial était planifiée dès l’origine.
Dans quelques heures, l’homme le plus riches du monde fera face à celui qui est devenu le visage mondial de l’IA. Cette confrontation dépasse les simples griefs personnels. Il pose la question même de la façon dont l’IA générative s’est imposée dans le grand public, sous la bannière altruiste de l’open source, avant de se transformer en titan financier valorisé à 500 milliards de dollars. Ou pour le dire plus crûment : Sam Altman a-t-il sciemment trahi ses donateurs ?
Pour comprendre la colère d'Elon Musk, il faut remonter à décembre 2015. À l'époque, l'intelligence artificielle est perçue comme un risque civilisationnel que seuls des laboratoires ouverts peuvent encadrer. Musk, Altman et Brockman fondent OpenAI avec une promesse inscrite dans le marbre : créer une organisation sans but lucratif pour le bénéfice de l'humanité.
« C’était un mensonge » : l’aveu de Greg Brockman
Entre 2015 et 2020, Musk injecte au moins 38 millions de dollars dans cette aventure. Il se porte ainsi garant de l'indépendance de la production vis-à-vis des géants du numérique. Le pacte est clair : les recherches doivent rester publiques, les codes accessibles et aucun profit ne doit être distribué. C'est ce rempart contre la privatisation de l’IA qui vole aujourd'hui en éclats.
La pièce maîtresse de l’accusation est un document interne dont les extraits ont été déclassifiés par le tribunal en janvier dernier. Le journal personnel de Greg Brockman, président d’OpenAI, offre une plongée dans les doutes qui agitaient la direction dès 2017.
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Le 6 novembre 2017, alors qu'OpenAI affiche encore une façade caritative, Brockman écrit : « Je ne peux pas dire que nous sommes engagés dans le non-profit… Si trois mois plus tard nous faisons une B-Corp [société certifiée pour sa gouvernance], alors c’était un mensonge ». Un autre passage daté de septembre 2017 révèle sa crainte de « voler le non-profit » à Musk, qualifiant cette manœuvre de « moralement en faillite ».
La « machine à billets » et l’ombre de Microsoft
Ces écrits suggèrent que pendant que Sam Altman rassurait ses donateurs sur la mission généreuse de la start-up, son état-major préparait déjà le basculement vers une structure lucrative. Musk utilise ces notes pour démontrer une violation de la « fiducie caritative » : en droit californien, détourner les actifs d'une organisation caritative vers des intérêts privés est un motif de sanctions lourdes.
Le basculement s'opère réellement en mars 2019 avec la création d'une filiale à bénéfice plafonné. L'objectif officiel est d'attirer les capitaux nécessaires à la puissance de calcul. L'effet concret, selon la plainte de Musk, est de transformer OpenAI en une filiale de fait pour Microsoft.
Le géant de Redmond a investi environ 13 milliards de dollars. En échange, il bénéficie de droits exclusifs sur les modèles d’apprentissage automatique. En 2025, les revenus d'OpenAI ont atteint 13,1 milliards de dollars, malgré une perte opérationnelle de 9 milliards liée aux coûts d'infrastructure. Pour Musk, ce partenariat a transformé un laboratoire ouvert en une « boîte noire » au service d'un actionnaire unique. Il réclame aujourd’hui entre 134 et 150 milliards de dollars de dommages-intérêts, une somme destinée à être réinjectée dans la branche caritative.
La contre-offensive d'Elon Musk
Alors qu'il poursuit OpenAI pour son virage lucratif, Elon Musk a lui-même consolidé son pouvoir pour ne pas perdre la course aux armements numériques. En février 2026, SpaceX a absorbé xAI, créant une entité valorisée à 1,25 billion de dollars.
L’approche de Musk est radicale : puisque l'IA terrestre se heurte aux limites énergétiques, il veut la déplacer en orbite. En utilisant la constellation Starlink et le lanceur lourd Starship, il prévoit d'installer des centres de données alimentés par l'énergie solaire dans l'espace. Cette intégration verticale, mêlant conquête spatiale et calcul avancé, lui permet d'afficher un bénéfice opérationnel de 7,5 milliards de dollars en 2025. SpaceX prépare d'ailleurs une introduction en Bourse historique pour juin prochain, avec un objectif de levée de fonds de 75 milliards de dollars.
Au-delà des chiffres, ce procès pose la question de la « clôture » des communs technologiques. Si la juge Yvonne Gonzalez Rogers donne raison à Musk, cela pourrait forcer OpenAI à rendre ses algorithmes publics, brisant l'exclusivité de Microsoft. À l'inverse, une victoire d'Altman validerait le modèle des structures hybrides, où une mission caritative sert de rampe de lancement à un empire commercial.
La décision se jouera en deux temps. Un jury rendra un verdict consultatif sur la responsabilité des dirigeants, mais c'est la juge seule qui décidera des sanctions financières et structurelles. Le procès, qui doit durer quatre semaines, commence à peine, mais le journal de Greg Brockman a déjà fissuré le mythe de l'altruisme de la Silicon Valley.