Un robot conçu par Innov8 Power et Unitree Robotics lors du salon VivaTech, consacré à l'innovation et aux start-up, au parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris.
BT/ - REUTERS - Benoit Tessier
Alors que les défaillances de jeunes pousses bondissent de 11 % à l'échelle mondiale, la France affiche une résistance inédite grâce à l'appui stratégique des family offices.
Les informations à retenir
Pourquoi les faillites de start-up explosent-elles en 2025 ?
La fin de l'argent abondant et la hausse des taux obligent les entreprises à prouver une rentabilité immédiate, impossible pour beaucoup.
Pour la première fois, les faillites (51 % aux USA, 54 % en Europe) sont plus nombreuses que les rachats ou les introductions en Bourse.
Les secteurs de la crypto, de la santé et des technologies vertes sont les plus durement touchés par cette crise de financement.
L’image de la jeune pousse triomphante, rachetée à prix d’or par un géant du Web ou s’introduisant avec fracas sur les marchés financiers, appartient-elle au passé ? Pour la première fois dans l’histoire moderne de la technologie, les courbes se sont croisées de façon inquiétante. En 2025, aux États-Unis comme en Europe, les investisseurs ont plus souvent dû accompagner leurs protégés au tribunal de commerce que devant le notaire pour signer une vente.
Selon une étude du cabinet Interpath, citée par Les Échos, les défaillances ont bondi de 11 % l’an dernier. Sur l’ensemble des sorties de portefeuille — c’est-à-dire le moment où un investisseur quitte le capital d’une entreprise —, la faillite est devenue l’issue majoritaire. Elle concerne 51 % des dossiers outre-Atlantique et grimpe même à 54 % sur le Vieux Continent.
Quand le réservoir de liquidités s’assèche
Ce basculement n’est pas un accident de parcours, mais le dénouement d’une période de surchauffe. Pour comprendre ce séisme, il faut remonter aux années 2020 et 2021. À cette époque, l’argent coulait à flots et les entreprises levaient des fonds sur la base de promesses de croissance infinie, atteignant des valeurs comptables démesurées.
Aujourd’hui, ces mêmes sociétés se heurtent au mur de la réalité. Le réservoir de liquidités mondiales s’est contracté. Près de 4 000 faillites ont été recensées sur les deux continents en un an. Dans le même temps, les « sorties » positives — les ventes ou les entrées en Bourse — ont chuté de 18 %, tombant à 3 600 opérations seulement.
Le temps où l’on pouvait masquer l’absence de bénéfice par une nouvelle levée de fonds est terminé. Les secteurs les plus touchés, comme les monnaies numériques (crypto), la santé et les technologies vertes (greentech), paient le prix fort de cette exigence de rentabilité immédiate.
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Le capital français plus patient
Au milieu de ce paysage sinistré, la France cultive une différence notable. Alors que les défaillances s’envolent de plus de 21 % aux États-Unis, elles reculent de 17,7 % dans l’Hexagone. Comment expliquer une telle résistance ?
La réponse tient en partie à la nature de ceux qui financent l’innovation chez nous. En France, les gestionnaires de fortune (family offices) occupent une place prépondérante. Contrairement aux fonds de capital-risque américains qui obéissent souvent à une culture de l’échec rapide (« fail fast »), ces structures familiales disposent d’un capital plus « patient ». Elles acceptent de soutenir une entreprise plus longtemps, même en période de tempête.
S’y ajoute un arsenal de dispositifs de protection. Les aides publiques et les procédures de sauvegarde permettent aux chefs d’entreprise français de tenter un redressement là où leurs homologues anglo-saxons jetteraient l’éponge. Résultat : la France ne représente que 8,3 % des faillites européennes, loin derrière le Royaume-Uni qui concentre plus du quart des dossiers.
Qui achète encore ?
Si les ventes d’entreprises marquent le pas, c’est aussi parce que les acheteurs traditionnels ont changé de comportement. Historiquement, les grandes entreprises (corporates) étaient les premières à racheter des pépites technologiques pour intégrer leurs innovations. Ce moteur s’est grippé en Europe, avec une baisse de 7 % de ces acquisitions.
L’instabilité politique, particulièrement marquée en France en 2024 et début 2025, a refroidi les ardeurs des acquéreurs étrangers. À cela s’ajoute une frilosité des géants américains. Ces derniers préfèrent désormais soigner leur propre bilan comptable plutôt que de s’aventurer dans des transactions transfrontalières complexes.
Pourtant, une catégorie d’acteurs tire son épingle du jeu : le capital-investissement (private equity). Ces fonds, qui achètent des entreprises pour les transformer en profondeur, ont vu leur activité progresser de 18 % en Europe. Pour ces investisseurs professionnels, la baisse des prix est une aubaine. Ils ne cherchent pas seulement des idées géniales, mais des entreprises capables de devenir indépendantes et rentables rapidement.
L’intelligence artificielle, juge de paix pour 2026
L’année 2026 s’annonce comme celle du grand tri. L’arrivée massive de l’intelligence artificielle accélère le cycle de vie des sociétés. Une entreprise qui ne parvient pas à intégrer ces outils ou à prouver son utilité réelle risque de disparaître encore plus vite qu’auparavant.
Le marché européen, bien que plus petit en volume financier que son voisin américain, montre une efficacité surprenante. Il génère proportionnellement plus de ventes réussies par rapport aux capitaux investis au départ. L’enjeu, dès lors, n’est plus de savoir combien une start-up peut lever, mais combien de temps elle peut survivre sans aide extérieure.