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Dette, insolvabilité, garanties : ce que l’Afrique peut apprendre du financement des start-up en Inde et au Mexique

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 25 février 2026 à 07:00

Une réunion de start-upers à Bangalore en Inde.

Une réunion de start-upers à Bangalore en Inde.

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Photo d'illustration de l'article
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Alors que la dette occupe désormais une place plus importante dans le financement des start-up sur le continent africain, un rapport FMO–Dalberg compare l’Afrique à l’Inde et au Mexique, avec un message clair : sans règles solides en matière d’insolvabilité et d’outils publics, le marché restera cher et étroit, limitant l’expansion des entreprises et la création d’emplois sur le continent.

Un rapport d’enquête publié le 19 février dernier par FMO, l’institution néerlandaise de financement du secteur privé dans les pays en développement, indique que l’essor de la dette des jeunes entreprises technologiques dépend moins de « produits financiers innovants » que d’une infrastructure institutionnelle robuste. Réalisé avec le cabinet Dalberg et financé par la Commission européenne via le programme IYBA (Investing in Young Businesses in Africa), le rapport choisit deux marchés émergents comme références, l’Inde et le Mexique, pour éclairer les réformes qui rendent le crédit possible à grande échelle.

Inde, Mexique : rendre la dette possible

En Inde, le rapport met en avant un point de bascule : l’adoption, en 2016, de l’Insolvency and Bankruptcy Code (IBC). En clarifiant les procédures en cas de défaut et en améliorant la prévisibilité des voies de recours, l’IBC a contribué à renforcer la confiance des prêteurs, notamment par des solutions de règlement hors tribunal. Cette amélioration du cadre de résolution a progressivement rendu financable un segment longtemps jugé trop risqué, attirant des fonds spécialisés, des institutions financières non bancaires (NBFC) et, plus largement, le système bancaire. Ce socle juridique a ensuite été complété par un instrument public de partage des risques. Le Credit Guarantee Scheme for Startups (CGSS), déployé par les autorités indiennes, propose aux institutions financières une garantie couvrant une part importante des prêts accordés à des startups certifiées, tout en réduisant la dépendance aux collatéraux traditionnels. L’enjeu est central : abaisser le coût du risque pour que l’offre de dette puisse se développer au-delà d’une poignée d’entreprises déjà rentables.

Le Mexique offre, selon le rapport, un autre modèle : celui d’une infrastructure publique de financement de créances. La banque nationale de développement NAFIN (Nacional Financiera) a joué un rôle de catalyseur en déployant une plateforme de reverse factoring qui permet à des banques et à des sociétés de financement d’acheter des factures de PME adossées à des donneurs d’ordre. L’intérêt de ce mécanisme est double. Il transforme une relation commerciale en un actif finançable et réduit l’asymétrie d’information, puisque le risque repose en partie sur la qualité du payeur final. NAFIN a également associé cet outil à un volet de formation, destiné à aider les entrepreneurs à évaluer si la dette correspond à leur profil et à leur capacité de remboursement, rappelant que la  « maturité financière » des emprunteurs est un facteur déterminant. À l’inverse, le rapport souligne que, dans une large partie des marchés africains, ces deux piliers restent incomplets : des cadres d’insolvabilité encore peu prévisibles et l’absence d’infrastructures publiques de refinancement des créances. La conclusion, formulée sans ambiguïté, est que l’expansion de la dette en phase précoce dépend de progrès plus larges de l’écosystème, incluant des règles de résolution plus solides, des dispositifs d’appui aux startups plus matures et une offre de financement à long terme, idéalement en monnaie locale.

En Afrique, une dette en hausse… mais encore chère 

Cette analyse intervient dans un contexte où la dette occupe une place inédite dans le financement des startups africaines. D’après les données compilées par Partech Africa pour l’exercice 2025, l’écosystème a totalisé 4,1 milliards de dollars, en hausse de 25% par rapport à 2024. Mais le rebond est largement porté par la dette : 1,64 milliard de dollars, soit environ 41% du total investi dans les startups tech africaines, un niveau supérieur à celui observé en 2024 (31%) et en 2019 (17%). La progression est nette et s’inscrit dans une dynamique de plusieurs années.

Le rapport FMO corrobore cette montée en puissance à partir d’indicateurs comparatifs sur la « venture debt » dans les marchés émergents. Il relève une accélération rapide en Afrique sur la période récente et insiste sur le fait que la dette progresse précisément là où l’équity se raréfie et où les fondateurs cherchent à limiter la dilution.

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La correction des valorisations après 2023 a rendu l’arbitrage plus sensible : pour de nombreuses équipes, emprunter peut apparaître préférable à une levée à des conditions jugées défavorables, surtout lorsque les revenus deviennent plus prévisibles et que le service de la dette est envisageable.

Les données par pays et par secteur illustrent également une bascule différenciée. Au Kenya, Partech constate que la dette a représenté près de 48 % du financement total en 2025. La dynamique est particulièrement visible dans la CleanTech, où des besoins importants en actifs physiques – solaire, mobilité électrique, équipements – facilitent l’usage de structures de financement adossées à des actifs, ce qui peut rassurer les prêteurs. Le secteur se distingue par une fréquence plus élevée de montages où la dette rivalise avec l’equity, voire la dépasse sur certaines périodes.

Pour autant, la hausse de la dette ne signifie pas que les conditions sont favorables aux emprunteurs. Le rapport FMO insiste sur un point : la dette demeure coûteuse, surtout lorsqu’elle est libellée en devise forte. Les fonds de dette à rendement élevé se situent souvent entre 10 % et 25 %, tandis que les fonds concessionnels visent plutôt des rendements compris entre 8 % et 10 %, au prix de structures mixtes plus complexes et de sources de capital patient.

Fragilité de la disponibilité de certains prêts

À ce coût financier s’ajoutent des frictions juridiques et administratives. Le rapport cite notamment des frais juridiques liés à l’enregistrement de collatéral, pouvant représenter une part significative de la valeur du prêt dans les transactions de petite taille, ce qui renchérit structurellement l’accès au crédit pour les jeunes entreprises. Cette réalité contribue à un « angle mort » identifié par le rapport : la tranche d’environ 1 à 5 millions de dollars.

En dessous d’un million, les subventions, la philanthropie et les instruments d’amorçage peuvent encore jouer un rôle. Au-delà de cinq millions, les institutions de financement du développement et certaines banques commencent à accepter des tailles de tickets compatibles avec leurs processus. Entre les deux, l’offre est rare, fragmentée et souvent concentrée sur les FinTech ou les modèles à cycle court, avec plusieurs années d’historique et des métriques de performance déjà stabilisées. Quelques acteurs pionniers existent, mais le rapport souligne leur concentration sur des cas d’usage spécifiques. Des fonds spécialisés comme Mobilis Capital Partners privilégient des profils disposant déjà de revenus importants. D’autres structures, comme des facilités de refinancement de créances opérées par Africa Frontier Capital (AFC) ou Bridgin, rachètent des portefeuilles de prêts de microprêteurs, souvent à prix décoté, et répondent davantage à une logique de liquidité et de gestion d’actifs qu’à du crédit « généraliste » pour les startups. Le résultat est un marché qui peine à servir certains secteurs non financiers, notamment lorsque les cycles de revenus sont plus longs, comme l’AgriTech ou certains segments de la CleanTech.

Entre mesures immédiates et réformes structurelles

Le rapport formule enfin une série de recommandations, articulées entre mesures immédiates et réformes structurelles. À court terme, il propose de capitaliser et de dérisquer les fonds spécialisés, de tester et de valider des véhicules concessionnels capables de financer des entreprises non financières, et d’inciter les banques locales – via des garanties et des subventions d’origination – à prêter en monnaie locale.

À plus long terme, il plaide pour renforcer les cadres d’insolvabilité et de sûretés, améliorer le partage des données de performance afin de réduire l’opacité, déployer des programmes d’assistance technique pour accroître la maturité financière des startups, et consolider l’écosystème de capital-risque pour que la dette ne soit pas contrainte de se substituer durablement au capital-risque.

Une tension traverse l’ensemble : une part importante des startups interrogées dit rechercher de la dette pour éviter la dilution, tout en attendant des conditions – faibles taux, longues maturités, absence de collatéral – qui se rapprochent parfois de celles de l’equity. Pour FMO, c’est précisément le signe d’un marché qui peut encore progresser.

La comparaison avec l’Inde et le Mexique ne sert pas à désigner des modèles parfaits, mais à rappeler une séquence : quelques réformes juridiques clés, des outils publics de réduction du risque et des infrastructures de financement peuvent suffire à enclencher une offre durable. En Afrique, le rapport estime que cette architecture reste largement à construire et que c’est à ce prix que la dette pourra devenir un levier de croissance plutôt qu’un palliatif au retrait de l’équity.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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