ENTRETIEN EXCLUSIF. Juliette Lallemand Victor prend la tête de la Fédération des télécoms. Elle nous a accordé en exclusivité sa première interview où elle évoque le manque de croissance du marché et l'espoir d'instaurer un mécanisme d'arbitrage européen face aux plateformes américaines.Juliette Lallemand Victor vient d'être élue présidente de la Fédération française des télécoms ce 1er décembre. Elle prend ainsi la succession de Laurent Halimi, toujours directeur M&A d’Altice Europe (SFR). Juriste de formation, elle est entrée chez Bouygues en 1999 et évolue depuis plus de 20 ans dans les télécoms. Elle a été nommée secrétaire générale de Bouygues Telecom au mois de janvier dernier.
LA TRIBUNE - Comment se porte le marché des télécoms ?
JULIETTE LALLEMAND VICTOR - Nous publierons la semaine prochaine un rapport qui va confirmer les tendances déjà observées ces dernières années, à savoir une équation économique insoutenable. Les prix sont très bas, les investissements toujours élevés et la fiscalité sectorielle très lourde. Jusque-là nous parvenions à compenser avec de la croissance, mais aujourd’hui le marché est mature. Il n'y a plus de croissance sur le marché mobile et très peu sur le marché fixe. Le marché mobile a même tendance à décroître et les revenus par utilisateur mobile baissent comme ceux du fixe.
Pour l'Arcep, les pics d’investissements sont pourtant derrière vous avec la fin du déploiement de la fibre et le plus gros de la 5G déjà derrière vous ..
En réalité, nous devons continuer à déployer parce que nous avons toujours besoin de plus de capacité pour absorber les nouveaux usages. Et ensuite, il faut entretenir les sites et les faire évoluer, changer les équipements lorsqu’ils sont obsolètes. On parle déjà également de la 6G. Renforcer la résilience des réseaux, cela passe aussi par des investissements. Chaque année, les investissements du secteur représentent plus de 12 milliards d’euros. Ce sera encore le cas en 2025. Sur les dix dernières années, ce sont 117 milliards d'euros qui ont été investis. C'est le plus grand chantier d'infrastructure en France.
Quels leviers permettraient au marché de reprendre des couleurs ?
Les consolidations en sont un mais elles doivent se faire au sein des marchés nationaux car c’est là que se trouvent les synergies. Cela donnerait aux opérateurs la capacité d'amortir leurs investissements sur une base d'abonnés plus importante. C’est une évidence, mais il faut le rappeler !