Bruno Levesque / IP3 Joinville le Pont France 26 Janvier 2018 La Marne en crue. River Marne flooding (MaxPPP TagID: maxnewsfrthree997115.jpg) [Photo via MaxPPP] - La Marne en crue
Haropa Port veut aménager 35 à 50 hectares de plateforme multimodale sur les rives de Vigneux-sur-Seine, incluant une usine d'hydrogène pour Orly et un nouveau pont sur la Seine. Investissement : 150 millions d'euros, première phase en 2027. Mais élus et associations du Val-de-Marne voisin dénoncent la destruction de 30 hectares d'espaces naturels, l'artificialisation d'une zone d'expansion des crues et une concertation inexistante.
Le projet fait grincer des dents bien au-delà de l'Essonne. À Ablon-sur-Seine (Val-de-Marne), commune limitrophe, le maire Éric Grillon (LR) mène la fronde contre ce port industriel porté par Haropa Port, qui possède depuis 1994 plus de 100 hectares sur les rives de Vigneux. L'opérateur veut y aménager une plateforme multimodale sur 35 à 50 hectares, avec usine d'hydrogène pour l'aéroport d'Orly, des infrastructures logistiques et un nouveau franchissement de la Seine.
150 millions d'euros pour 30 emplois
Le projet s'appuie sur le SDRIF-E (Schéma Directeur de la Région Île-de-France) qui réserve 35 hectares au développement industriel d'intérêt régional. Haropa Port promet de « sanctuariser » le reste en armature verte. L'investissement total atteindrait 150 millions d'euros, répartis jusqu'en 2040, avec une première phase opérationnelle dès 2027.
Mais pour les opposants, le compte n'y est pas. « Une création de 30 emplois à peine, disproportionnée par rapport à la destruction écologique et patrimoniale », dénonce la commune d'Ablon. Le sénateur Laurent Lafon (Val-de-Marne) a déposé une question écrite au Sénat sur la transparence et la concertation, jugées défaillantes.
Risques environnementaux et saturation routière
Les arguments des opposants pèsent lourd. Destruction de 30 hectares d'espaces naturels, déforestation, artificialisation de zones humides classées qui jouent un rôle-clé dans l'expansion des crues de la Seine. « Le projet se situe sur une zone d'expansion en cas de crue. L'artificialisation pourrait aggraver les conséquences des prochaines inondations », alerte la motion adoptée par Ablon.
La biodiversité locale – faune et flore des bords de Seine – serait directement impactée, diminuant l'attractivité résidentielle et patrimoniale d'Ablon et des communes voisines. Les nuisances sonores, la pollution et surtout le trafic de milliers de poids lourds supplémentaires inquiètent dans un secteur déjà saturé. Les réseaux routiers existants ne sont pas dimensionnés pour absorber ce flux.
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Développement régional contre impératifs locaux
Le bras de fer cristallise une tension classique : développement industriel régional versus impératifs écologiques territoriaux. Haropa Port défend un projet d'intérêt métropolitain, servant la logistique fluviale et la décarbonation (hydrogène pour Orly). Les élus locaux et associations écologistes rétorquent que la préservation des paysages de Seine, la gestion des risques d'inondation et la qualité de vie des riverains devraient primer sur une logique industrielle déconnectée des réalités de terrain.
La commune d'Ablon a adopté une motion officielle, mobilisant associations et habitants. Le dossier monte au Sénat, la presse locale et nationale s'en empare. Mais Haropa Port maintient son calendrier : premiers travaux en 2027. Sans concertation élargie, le conflit risque de s'enliser, opposant durablement logique régionale et résistances territoriales sur les bords d'une Seine déjà bien fragilisée.