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(Crédits : Backbuilder)
En 2009, j'émettais un signal faible sur le fait qu'il ne faudrait pas être malade entre 2015 et 2025, vu le manque prévisible de médecins, car les nombreux praticiens baby-boomers (plus de 8.000 par an jusqu'en 1978) partiront alors en retraite.

La loi HPST (hôpital, patient, santé, territoires) de 2009 se projetait à 2030 en se fondant sur le nombre de médecins calculé par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES).

Or la DREES faisait trois erreurs essentielles : elle sous-estimait la féminisation rapide de la profession, le nombre croissant de médecins salariés, et la nouvelle pratique des jeunes libéraux se regroupant pour préserver du temps personnel. Elle fondait ses calculs sur un nombre de médecins suffisant à partir d'un numerus clausus de 7.300-7.400 négligeant que le nombre d'heures travaillées par médecin passait d'une base 100 à environ 70-80. Donc, pour maintenir le temps disponible des médecins, il en faudrait 9.000 à 10.000 nouveaux par an.

Le manque de médecins est déjà tellement criant (faites le test en prenant un RDV d'ophtalmo dans le Nord), que des centaines d'étudiants français vont se former en Roumanie, Belgique, Croatie. Et les médecins étrangers viennent de plus en plus nombreux : certains services n'ont plus de médecins français ! La tension devient si forte que certains travaillent en temporaire pour multiplier leur par 2 ou 3 rémunération ! Les fameux médecins « mercenaires »…

La loi HPST portait portant en elle le germe de la réponse à ses erreurs : l'article 78 donnait le statut juridique à la télémédecine, capable de pallier la baisse de la démographie médicale et de réduire les coûts de santé.

Nous sommes donc face à un signal faible né d'un paradoxe fort. La situation doublement dramatique de la médecine française va nous contraindre à développer la médecine la plus moderne du monde. Notre corps va se charger en capteurs embarqués, notre salle de bain et notre pharmacie vont compléter les saisies, des salles de traitement des données dans les nuages vont traiter les informations et notre médecin ou service médical, disponible 24h/24, nous aidera à nous surveiller et soigner ce qui peut l'être à distance.

Ainsi et enfin, la France développera une médecine préventive, source d'économie essentielle, et les médecins ne passeront plus des heures inutiles à renouveler des ordonnances et émettre des certificats médicaux. Voilà un signal très fort !

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.

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