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Les Bourses votent pour la crise

Pascale Besses-Boumard

Publié le 23 avril 2012 à 16:03 - Mis à jour le 23 avril 2012 à 16:13

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Toutes les places financières européennes (Paris a reculé de 2,83%) ont fortement dévissé au lendemain du premier tour des élections présidentielles françaises. L'avance du candidat socialiste n'est pas, loi s'en faut, la raison majeure de ce nouveau coup de mou. Les inquiétudes autour de la dette des pays de la zone euro continuent de miner le moral des investisseurs.

Les élections présidentielles françaises auraient-elles plombéé le moral des investisseurs européens ? C'est un peu ce que l'on pouvait croire en voyant, dès l'ouverture, l'orientation prise par l'ensemble des places boursières du Vieux Continent et plus particulièrement celles de Madrid et Milan en recul de plus de 3%. La Bourse française, quant à elle, a débuté de façon moins tranchée, cédant environ 1,8% avant de lâcher davantage. Pour finir, le CAC 40 a reculé de 2,83% à 3.098,37 points. Plus que la perspective de voir la gauche revenir aux affaires en France, les investisseurs ont, semble-t-il, sanctionné le score réalisé par le FN. Même si un mouvement de radicalisation se dessine très nettement en Europe depuis que la crise financière a multiplié ses effets d'appauvrissement des populations.

La chancelière allemande Angela Merkel a ainsi jugé que "ce score était préoccupant", si l'on en croit un porte-parole du gouvernement à Berlin. Et la profonde inquiétude des milieux financiers que susciterait la victoire du candidat socialiste lors du deuxième tour des élections présidentielles françaises? Nombre de spécialistes ne veulent pas y croire. « La gauche risque sans doute de se faire bizuter, dans un premier temps, par la finance sans visage. Mais lorsque l'on y regarde de plus près, vue toutes les réformes fiscales et prudentielles intervenues ces derniers mois, les investisseurs n'ont plus rien à perdre et un gouvernement de gauche ne pourra pas faire pire », commente le directeur général d'une banque privée, pour qui la France paie aujourd'hui les frais d'une mauvaise réforme des normes comptables, prudentielles et de l'amateurisme des agences de notation. « J'ai la chance d'être à l'intérieur d'une banque de gestion privée n'ayant pas besoin d'avoir recours à ces agences. Et j'en suis bien aise », ajoute ce responsable.

La bourse de Madrid a perdu 20% depuis le début de l'année

Manifestement, la déprime des Bourses européennes de ce lundi avait d'autres origines et celles-ci étaient, en outre, multiples. En Espagne, la situation économique est des plus préoccupantes. Le déficit public espagnol s'est bel et bien établi à 8,5% du PIB en 2011, comme l'a confirmé lundi l'office européen de statistiques Eurostat, alors que de nombreuses voix en Europe mettaient en doute le chiffre avancé jusqu'ici par les autorités espagnoles. Par ailleurs, les instances gouvernementales tentent coûte que coûte d'organiser le sauvetage des banques. Elles viennent de leur donner quelques semaines supplémentaires pour transférer leurs actifs immobiliers dans une société holding ad hoc, et ce afin de sécuriser les actifs des établissements bancaires. Cette nouvelle structure qui devrait voir le jour d'ici à l'été serait dissoute au bout de 10 ans.

En février dernier, le gouvernement espagnol a contraint les banques à déprécier la valeur des projets fonciers et immobiliers non aboutis, ainsi que les propriétés saisies. Soit la troisième étape d'une douloureuse restructuration. Madrid a dépensé en l'espace de quelques années plus de 18 milliards d'euros pour renflouer certaines banques et en reprendre cinq autres pour les assainir et les revendre une par une. Selon des données de la Banque d' Espagne, la valeur totale des actifs immobiliers dans les bilans des banques, y compris les prêts au secteur du BTP, atteignait presque 400 milliards d'euros à la fin 2011. Sur ce total, la société holding recueillerait autour de 176 milliards d'euros d'actifs immobiliers douteux. Ces décisions n'empêchent pas la Bourse de Madrid de perdre 20% depuis le début de l'année, soit la pire performance de toute l'Europe, sachant que la place allemande s'adjuge pendant ce temps 11%, la Bourse française lâchant près de 2%.

L'euro en perte de vitesse face au dollar

Par ailleurs, l'euro a lui aussi fait preuve de faiblesse dès lundi matin face au dollar (à 1,3127 dollar contre 1,3216 dollar vendredi). Il faut dire que l'activité du secteur privé s'est fortement contractée en avril dans la zone euro et a atteint son plus bas niveau en cinq mois, laissant à penser que les pays de l'Union monétaire pourraient traverser une récession plus longue que prévu, selon plusieurs analystes. Mais les cambistes étaient surtout préoccupés lundi par des questions de politique européenne relatives aux Pays-Bas et à la France.
En effet, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte s'est rendu lundi au palais de la reine Beatrix à La Haye pour remettre à la souveraine, chef de l'Etat, la démission de son gouvernement, après l'échec samedi des négociations sur la réduction du déficit public.
"La chute du gouvernement néerlandais sur des coupes budgétaires a créé un regain d'incertitude politique dans un pays qui est un des principaux partisans de l'austérité selon les termes de l'Allemagne", commentait Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

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Une autre pierre dans le jardin des euro-sceptiques, toujours plus inquiets du règlement de la douloureuse problématique de la dette. « Pour moi, la garantie de l'Etat français ne vaut plus rien. Je préfère une entreprise privée qui marche bien. Sortir de la spirale infernale dans laquelle est prisonnière la zone euro sera difficile car elle doit impérativement se faire sans remettre en cause la croissance molle que nous connaissons, sans accroître le chômage ni alourdir la dette. Les remèdes structurels qui s'imposaient n'ont pas été trouvés et la crise de l'euro est loin d'être réglée », explique le banquier.

Pascale Besses-Boumard

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