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Derenoncourt, la “rock star” du vin se livre

Photo de Pascal Rabiller

Pascal Rabiller

Publié le 30 octobre 2015 à 07:27 - Mis à jour le 02 novembre 2015 à 09:34

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Le Bordelais d’adoption Stéphane Derenoncourt n’est pas seulement une star planétaire et atypique du conseil viti-vinicole. C’est une rock star du vin. La preuve ? Le livre qui vient de sortir sur lui est imprimé au format exact d'une pochette de 33 tours et son titre résume son histoire et une approche rock’n roll de son métier : "Wine on tour" (1). Montez le son, embarquez dans sa tournée.

Stéphane Derenoncourt parcourt les vignes du monde comme d'autres font des tournées. Il entre dans les chais comme d'autres montent sur scène. Passé le trac et la peur au ventre qui accompagnent celles et ceux qui ont à cœur de convaincre le monde entier qu'ils sont légitimes, il exécute les partitions qui captivent de nombreux critiques et font l'admiration de ceux qui paient pour l'avoir (le voir).
Son répertoire de conseiller en viti et viniculture est constitué de ce qu'il a appris dans les vignes, dès l'âge de 19 ans, et de ce que certains mentors, à l'image du "flying winemaker" Michel Rolland lui ont apporté. Mais il est fait aussi de la "petite musique" personnelle qui l'anime, cette intuition qui l'a guidé à mettre en avant les terroirs pour produire des vins qui répondent aux envies de plaisir des consommateurs. C'est cette petite musique personnelle, parfois à contretemps par rapport aux usages, aux traditions, qui a contribué à en faire une star de la planète vin. Une star qu'on s'arrache dans les grandes appellations, mais qui aime aussi défricher les terroirs viticoles que les autres négligent, en Syrie, au Liban, en Inde ou ailleurs. Il n'a pas besoin de publicité, pas besoin de s'afficher, ses tournées dans le monde du vin affichent complet...

"Je ne fais ni la morale ni la  leçon !"

Forcément, la question qui s'impose quand on croise sa route au moment où sort un livre à son nom c'est : Pourquoi ?

"Je n'ai pas besoin de notoriété ni de reconnaissance, je les ai déjà, lâche Stéphane Derenoncourt. Mais j'ai une histoire, un parcours d'autodidacte que beaucoup de monde voulait raconter... Ce livre, c'est le meilleur moyen de raconter, non pas seulement ma vie, mais ce qui m'anime, ma philosophie de la vie, ma vision du vin, de son évolution, l'histoire de ma société. Attention, je ne fais pas la morale, je ne donne pas de leçon. J'estime que le vin est quelque chose d'important dont on ne ne parle pas bien en général. J'ai essayé d'en parler avec mes mots et mes tripes, avec la passion qui me fait me lever avec la patate tous les matins."

Pour l'écrire et l'illustrer, il s'est entouré de deux amis : le photographe de rock (tiens ?) Christophe Goussard, et une journaliste, Claire Brosse. 16 mois de "répèt'", 10 jours par mois à coller aux basques de ce globe-trotter du vin. Au final, un album, pardon, un livre au format de 33 tours vinyl. Certes, il aborde peu sa vie, mais plus qu'il ne l'a fait jusque-là, et surtout mieux que jamais, aidé par le talent d'écrivain de Claire Brosse.
C'est officiel, ce livre est un bel objet, mais pas seulement.
C'est aussi la bande originale de sa vie commencée à Dunkerque, qui a dérivé en Belgique, s'est échouée au Maroc, a rebondi à Fronsac, pour finalement pousser et s'enraciner dans les coteaux saint-émilionnais.

Le "Bordeaux bashing" dans son collimateur

Une bande originale faite des titres de chansons ou d'albums des artistes rock qu'il aime et qui ouvrent chaque chapitre du livre. "Ce sont eux qui rythment ma vie, m'accompagnent lors de mes nombreux périples, à l'image de Tom Waits, qui voyage toujours dans mes oreilles."
Des chapitres qui évoquent l'histoire, la sienne un peu, celle de sa société, beaucoup, expliquent son management, ses états d'âme, ses coups de gueule contre le bordeaux bashing par exemple, son combat actuel, mais aussi peut-être sa prochaine carrière...

"Quand je vois les efforts qui ont été accomplis ces dernières années par les vignerons bordelais, la montée en gamme de la production qui en résulte, j'ai envie de monter au créneau !Les  sommeliers actuels ne défendent pas Bordeaux, les cartes des bordeaux dans les restaurants sont caricaturales. On y met des flacons hors de prix pour quelques millionnaires russes ou chinois, mais le cœur des bordeaux n'y apparaît plus alors qu'ils sont les belles valeurs sûres du vin mondial !"

Ce combat au service du bordeaux, Stephane Derenoncourt pourrait bien le mener dans une autre vie, celle de l'après conseil.

"3 M€/an de CA en vendant de l'intelligence et de l'expérience !"

"Je vais avoir 55 balais, j'ai une vie de cinglé qui n'est rendue possible que parce que j'ai une santé de fer, mais un jour, je serai un vieux ringard dans ce métier du vin qui est, lui, extrêmement vivant, mouvant.Je vais devoir abandonner Derenoncourt Consultants, je prépare déjà la transmission à mon équipe, tout est presque prêt. La communication, la défense des thèmes qui me tiennent à cœur comme ce patrimoine bordelais qu'est le vin, seront mes nouveaux challenges."

Il y aura donc un après, mais en attendant il met toujours son énergie au service du "groupe" bâti en quinze ans par le biais d'un management qu'il aborde dans le livre. "Nous étions trois amis au moment de la création de la société en 1999. Nous sommes toujours ensemble mais désormais nous sommes 15, tous des passionnés que j'ai en partie formé et qui fonctionnent comme moi. Nous accompagnons 170 domaines et châteaux, nous réalisons 3 M€ de chiffre d'affaires... tout ça uniquement en vendant de l'intelligence et de l'expérience", s'étonne encore celui qui, le jour de la Fête de la fleur, organise chaque année la fête des maîtres de chai, "histoire de mettre en avant ceux qui font réellement le vin à l'occasion d'une vraie fête décontractée... où l'on peut aussi boire de la bière en écoutant du rock."

"Je suis le mec arrivé au bon moment, c'est tout"

Rock'n roll, voire punk, parfois, dans cette façon qu'il a de remettre en cause les codes, les usages d'un monde pourtant sérieusement normé. Stéphane Derenoncourt a dit no future à une certaine façon de produire du vin qui ne respecte pas le terroir qui voit pousser les baies. Des baies que lui et son équipe goûtent en permanence avant les vendanges, en parcourant 25 km par jour en moyenne (merci le podomètre des smartphones). La vigne, le raisin dirigent les efforts du vigneron. C'est sa façon de voir les choses. En choisissant d'asservir son métier au terroir et pas à la chimie, il a libéré sa créativité pour élaborer des vins à forte personnalité.
"Je suis surtout le mec qui, avec sa conception des vins identitaires, est arrivé au bon moment. Le gars qui écoute le sol, s'en remet à cette terre pour sublimer les vins qu'elle produit. Mon éclosion a correspondu à une prise de conscience de plus en plus grande de l'importance de la connaissance des sols, de leur influence sur les vins. Cela a fait de moi un consultant "new-look", qui s'affranchissait des usages traditionnels, presque un révolutionnaire... qui sentait bien, par moment, le point rouge du viseur des tireurs d'élite de la profession qui n'attendaient qu'un faux pas, une fausse note, pour le dézinguer..."
La fausse note n'est pas venue, aujourd'hui, la "révolution" Derenoncourt est devenue presque l'usage. Les tireurs embusqués ont rangé leurs flingues.

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"Si les clients nous emmerdent, nous les virons !"

N'empêche, Stephane Derenoncourt ne s'est toujours pas débarrassé du complexe de l'imposteur qui le suit depuis ses débuts. "Je ne perdrai jamais ce complexe, qui m'oblige à une remise en question permanente, mais  j'ai passé l'étape des années "réussite coupable". J'ai beaucoup entendu que j'étais un imposteur dans le métier, mais désormais, c'est un complexe, plus jamais une critique des gens du métier."
Mieux, définitivement reconnu par le milieu, le statut de Derenoncourt Consultants lui permet aujourd'hui d'être sélectif, de choisir ses clients en fonction de leur vision du vin, des relations humaines... "Nous avons ce luxe de pouvoir dire non à certains clients potentiels. Chaque année, aussi, nous faisons un point sur les dossiers clients en cours. S'il s'avère qu'ils nous emmerdent, nous les virons. Je n'accepte pas l'idée qu'on vienne au boulot pour se faire chier !"
Rock'n roll la relation client, non ? Rock'n roll le personnage, et cela se voit... même à l'autre bout de la planète.
La preuve ? la personnalité de celui qui préface le livre "Wine on tour." Elle a lâché son micro de rock star planétaire, une vraie celle-là, pour prendre un stylo et lui rendre hommage par un dessin dédié à son amour du vin. La maxi star Iggy Pop a fait ça pour lui, oui, et pour une caisse d'un de ses très bons vins, son unique dope désormais. Cette tournée Derenoncourt, elle est pour Iggy !


(1)    "Wine on tour", Derenoncourt, un homme, un groupe. Claire Brosse, Stéphane Derenoncourt. Photos Christophe Goussard. Editions de l'épure. 32 euros.

Pascal Rabiller

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