Métaux critiques : la raffinerie près de Bordeaux décrétée in extremis d'intérêt public majeur

Le projet Electro mobility materials Europe (EMME) prévu à Parempuyre et Blanquefort, au nord de Bordeaux.
EMME

Le projet Electro mobility materials Europe (EMME) prévu à Parempuyre et Blanquefort, au nord de Bordeaux.
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« Un projet industriel qui revêt, eu égard à son objet et à son envergure, notamment en termes d'investissement et d'emploi, une importance particulière pour la transition écologique ou la souveraineté nationale, peut être qualifié par décret de projet d'intérêt national majeur », prévoit l'article L300-6-2 du code de l'urbanisme. C'est sur ce fondement qu'a été pris le décret du 5 septembre 2025 qualifiant d'intérêt national public majeur le projet Electro mobility materials Europe (EMME) prévu à Parempuyre et Blanquefort, au nord de Bordeaux.
Repéré par le site d'information Rue89 Bordeaux, le texte signé de la main du Premier ministre François Bayrou a été publié au Journal officiel du 7 septembre 2025, la veille de la chute annoncée de son gouvernement. Et malgré ce calendrier pour le moins précipité, cette décision est tout sauf anodine pour ce projet de raffinerie de cobalt et de nickel. Bien au contraire.
Sur une trentaine d'hectares, il est question de transformer du nickel, du manganèse et du cobalt de l'état métallique à l'état chimique pour les livrer aux fabricants européens de cathodes, ces éléments indispensables au fonctionnement des batteries. Mais, situé en zone inondable le long de la Garonne, sur un terrain du Grand port maritime de Bordeaux, le projet est contesté par des riverains et des défenseurs de l'environnement à six mois des élections municipales.
Or, le statut de projet d'intérêt national majeur (PINM) permet justement de déroger aux réglementations locales en matière d'urbanisme, d'environnement et d'espèces protégées. Il permet ainsi la mise en compatibilité du plan local d'urbanisme intercommunal. Actuellement, classée en zone à urbaniser, la parcelle pourra être déclarée constructible à l'issue de la procédure de mise en conformité en cours, y compris contre l'avis des élus locaux concernés. Il faudra malgré tout édifier des remblais d'une hauteur moyenne de 2,7 mètres, et parfois jusqu'à près de 4 mètres, pour protéger la future usine d'une éventuelle montée des eaux.
Mais le décret ne s'arrête pas là puisqu'il permet aussi d'accélérer le chantier de raccordement au réseau public de transport d'électricité via une ligne souterraine de 7 kilomètres indispensable pour alimenter le site à hauteur de 30 mégawatts (MW). Enfin, 40 hectares de surfaces de compensation seront mis en place pour préserver la biodiversité mais cette procédure permet, si nécessaire, de déroger aux obligations de protection des espèces protégées présentes sur place. En facilitant la reconnaissance d'une raison impérative d'intérêt public majeur, le décret réduit le risque de contentieux tardif et rallongé lié à une potentielle dérogation.
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Bref, de quoi grandement simplifier la tâche du porteur de projet pour tenir son objectif d'une mise en service en 2028. Contestée par les défenseurs de l'environnement, cette procédure a été déjà utilisée l'an dernier pour faciliter l'implantation d'autres projets jugés stratégiques par l'État : une mine de lithium d'Imerys dans l'Allier, l'usine de panneaux solaires de Carbon et celle de production de minerai de fer et d'hydrogène de Gravithy, près de Marseille, et l'usine de recyclage moléculaire des plastiques porté par Eastman en Seine-Maritime.
Ce décret « atteste du sérieux de l'entreprise » et de « l'importance stratégique pour la souveraineté industrielle de la France et la transition écologique », se félicite EMME. Interrogée par La Tribune, la Sepanso, association régionale de défense de l'environnement, dénonce au contraire le calendrier et le recours à cet outil dérogatoire pour le projet EMME et se réserve le droit d'agir en justice pour en contester la légalité. De fait, le recours à cette procédure est d'autant plus exceptionnel, qu'il vient s'ajouter au classement, l'an dernier, du projet EMME dans la liste des projets d'envergure nationale ou européenne d'intérêt général majeur exclue du décompte régional de consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers.
Pour justifier cette double dérogation, le gouvernement met notamment en avant les retombées économiques du projet de raffinerie. Le projet EMME représente un investissement à date de 530 millions d'euros, dont une aide de 150 millions d'euros sous forme de crédit d'impôt « industrie verte » et une aide espérée de 30 millions d'euros du fonds européen pour l'innovation. Le porteur promet 200 emplois directs sur place et 300 emplois indirects et en sous-traitance. Tandis qu'il acquittera d'un loyer annuel d'un million d'euros auprès du Grand port maritime de Bordeaux, lui assurant 500 000 tonnes de trafic annuel supplémentaire, soit un bond de l'ordre de 20 à 30 %. Une aubaine pour une infrastructure dont le trafic de conteneurs stagne depuis des années.
Mais c'est aussi le caractère stratégique de la future usine pour la souveraineté industrielle européenne qui est brandie par l'État. La capacité de production annuelle de 90 000 tonnes de sulfate de nickel et de 14 500 tonnes de sulfate de cobalt à Parempuyre devrait permettre le remplacement d'environ 400 000 véhicules thermiques. Emme devrait ainsi répondre à plus d'un quart des besoins français en nickel et cobalt pour la production de cellules de batteries en France à horizon 2030 dans un contexte où l'Union européenne ambitionne de réduire sa dépendance aux métaux critiques fournis par des puissances étrangères, à commencer par la Chine et la Russie.
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Dans ce contexte, les dossiers d'urbanisme et de demande d'autorisation environnementale sont en cours d'instruction par les services de l'État. L'enquête publique est prévue en fin d'année. Parempuyre, Blanquefort et quatre autres communes se prononceront d'ici là sur leur soutien ou non au projet. Des avis qui resteront consultatifs.