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Vin : Derenoncourt déclare la guerre au “Bordeaux Bashing”

Photo de Pascal Rabiller

Pascal Rabiller

Publié le 06 avril 2016 à 12:50 - Mis à jour le 06 avril 2016 à 14:40

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En créant un pôle d’accompagnement phytosanitaire, le cabinet de conseil créé et dirigé par Stéphane Derenoncourt n’envisage pas d’en faire un vrai business. Sa création marque surtout le début du nouveau combat de sa vie professionnelle de conseiller : celui de la réhabilitation de la production viticole bordelaise.

Le "Bordeaux bashing", dénigrement médiatique systématique des bordeaux, énerve passablement les acteurs du monde du vin bordelais. Le "flying winemaker" mondialement reconnu Michel Rolland, s'est même exprimé assez violemment en début de semaine des primeurs 2015 sur ce thème en réponse à nos confrères de Terres de vins :

"Il n'y a pas d'antidote à la connerie. Elle est de plus en plus monumentale.Pour moi, 2015 est un très grand millésime. Il y a trop de cons pour s'en apercevoir. On s'en apercevra dans dix ans, comme d'habitude.On est dans un monde sans couilles, on vit avec des sans couilles. Point à la ligne. Il n'y a pas un journaliste qui s'en apercevra. De toute façon, il n'y a pas un journaliste qui a du poids dans le monde aujourd'hui. On n'en a rien à cirer des journalistes. Ça n'a rien à voir avec le marché. Ils peuvent dire, écrire et penser ce qu'ils veulent, tout le monde s'en fout comme de l'an quarante ! Quand ils sauront ça, peut-être commenceront-ils à devenir humbles. Pas à devenir intelligents, car ce sera difficile, mais à raisonner différemment."

S'il figure parmi ses mentors, Michel Rolland n'a pas inspiré, d'un point de vue lexical, le conseil viti-vinicole également mondialement connu Stéphane Derenoncourt.
Les mots sont sans doute moins durs car il y a plus longtemps, des mois, voire des années, que cet autodidacte, passé par tous les métiers de la vigne et du vin, sait qu'il va faire de la lutte contre le Bordeaux bashing un combat. En novembre dernier, c'est dans nos colonnes que le plus rock'n roll des consultants bordelais annonçait qu'il souhaitait passer à l'offensive sur ce terrain.

"Nous ne facturerons pas l'accompagnement phytosanitaire !"

L'annonce faite hier par son cabinet, qui occupe 16 collaborateurs (3 M€ de CA, 170 propriétés conseillées), de la création d'un pôle d'accompagnement phytosanitaire va dans ce sens.

"Il y a longtemps que nous avions l'idée d'accompagner nos clients sur ce sujet.Mais nous avons été accaparés par le développement exponentiel de notre activité. Cette fois nous avons pris le temps de recruter un consultant capable de répondre à une attente de 100 % de nos clients. Dans un contexte de mise en avant des produits phytosanitaires et de leurs conséquences sur la santé, nous allons renforcer notre action de conseil et nos compétences techniques en lutte raisonnée, biologiques et biodynamique" assure Stéphane Derenoncourt.

Et de poursuivre :

"Entendons nous bien : c'est un poste de coût, un investissement pour nous. Nous ne facturerons pas ce conseil !"

Il faut dire que cette nouvelle corde à l'arc du consultant, de son équipe, n'est que le prolongement naturel de son positionnement originel sur la viticulture et l'œnologie. Adversaire de toute production agricole qui ne respecte pas la terre, préférant asservir le vin à terre et non à la chimie, Stéphane Derenoncourt se propose, avec ce pôle, d'auditer toutes les propriétés de son portefeuille client.

"En fonction des caractéristiques des vignobles, nous allons proposer aux propriétaires qui ont des inquiétudes quant à leurs capacité d'éviter la perte de récolte sans la chimie, des essais de production bio sur des parcelles données. Dans tous les cas nous allons rassurer et montrer qu'on peut améliorer les choses sur le terrain de l'utilisation des produits phyto. Contrairement à ce qui peut se dire ou écrire la prise de conscience est générale à Bordeaux sur la problématique phytosanitaire. Nous savons que le sujet est, et va devenir, de plus en plus oppressant."

Pesticides, l'angle d'attaque de trop ?


Le positionnement du cabinet de conseil va servir la cause des vins de Bordeaux, il sert aussi le combat contre le french bashing de son co-fondateur.

"La problématique phyto n'est pas propre à Bordeaux et pourtant elle donne l'occasion à certains défenseurs d'autres appellations concurrentes, et c'est de bonne guerre, de pointer du doigt la production bordelaise."

Et c'est l'angle d'attaque de trop pour Stéphane Derenoncourt.

"J'en ai assez de voir des petits producteurs bordelais faire des efforts surhumains en faveur de la qualité sans jamais être mis en valeur par les journalistes spécialisés. Je parcours les appellations de l'Hexagone, les vignobles un peu partout dans le monde et je peux le dire sans ciller : je ne connais aucune appellation hors Bordeaux capable de présenter autant de vins de qualité. Il y a, ici, des bordeaux sup qui font 25h/h, tout à la main, qui peuvent, à l'aveugle, bousculer de très grands crus."

Convaincu, comme Michel Rolland, que la parole ou l'écriture des "grands journalistes spécialistes de la filière ne sont pas le relais, ou ne se font pas l'écho de ces efforts accomplis par des vignerons bordelaise formidables. Je vais donc viser d'autres prescripteurs beaucoup plus importants mais qui, eux aussi, colportent une mauvaise image de Bordeaux."

Dans cette bataille, les  jeunes sommeliers vont déguster... vraiment

Dans son collimateur : les sommeliers, et plus particulièrement une génération de sommeliers.

"Pour les jeunes sommelier de 20 - 30 ans, Bordeaux c'est : trop cher ou pas bon. Ils ont été éduqués, élevés, formés sans boire du bordeaux et sur cette idée obsolète, qui ne correspond à aucune réalité aujourd'hui. Ils font, en fait, aussi partie d'une génération de consommateurs que Bordeaux a perdue. Cette génération, bercée par cette idée du Bordeaux de luxe n'a pas arrêté de boire du vin, non ! Elle a juste bu d'autres vins que les prescripteurs, cavistes, sommeliers... lui ont conseillé, c'est tout. Nous allons orienter notre communication de manière à reconquérir, en les faisant goûter ceux qui dénigrent actuellement les bordeaux."

Aller au feu personnellement parce qu'il estime que les évènements médiatiques, primeurs, Vinexpo... ne contribuent pas, ou plus à l'image des bordeaux que les consommateurs pourraient adorer et auraient les moyens d'acheter, c'est aussi ce qui anime Stéphane Derenoncourt.

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"Parce que nous sommes écoutés, et parce qu'il n'y a plus de solidarité dans la filière où les très grands et ce que l'on en dit, sont tout sauf un atout pour la production  bordelaise, je vais consacrer l'essentiel de mon temps à ce combat de reconquête."

Un combat qui connaît sa première victoire : Gérard Margeon, le chef sommelier  d'Alain Ducasse ouvrira dans quelques jours à Paris, en collaboration avec ce dernier, une cave dans laquelle Stéphane Derenoncourt a réussi à faire une place aux Bordeaux qu'il souhaite défendre.

"Nous allons pouvoir rester en cave toute l'année, nous aurons notre espace et pourront mettre en avant, en mettant une place une rotation de l'offre, toutes les propriétés bordelaises que nous défendons."

Pascal Rabiller

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