Chambre de métiers : les 100 premiers jours d’une présidente

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Alors que le jour même, outre-Atlantique, une candidate ratait la dernière marche qui pouvait faire d'elle la première femme à s'installer dans le fauteuil de président du bureau ovale, à Bordeaux, au cinquième étage de la Chambre de métiers et de l'artisanat interdépartementale (CMAI) Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne, Nathalie Laporte faisait exploser le plafond de verre des femmes de l'artisanat dans le Bordelais. Quand, le 8 novembre, dans son nouveau bureau, elle a posé le cadre photo de sa fille disparue, Nathalie Laporte a définitivement marqué son nouveau territoire tout en rentrant dans l'histoire.
En conduisant la tête de la liste Fiers d'être artisans, certes adoubée par la Fédération française du bâtiment (où elle siège au conseil d'administration) face à une liste UPA qui avait pourtant la préférence des parieurs... qui ne sont généralement pas les votants, et en devenant la première présidente de la CMAI, Nathalie Laporte a déjoué tous les pronostics.
Administratrice de la Chambre depuis 2010, Nathalie Laporte ne cherche pas à discréditer le travail réalisé par l'équipe précédente. "Du travail a été fait, c'est indéniable, je ne mettrais pas le bilan de l'ancienne équipe à la poubelle mais, sans faire table rase, on peut faire mieux. Je constate quand même que beaucoup trop d'artisans méconnaissent la Chambre, ses outils, les compétences dont elle regorge et les atouts qu'elle représente quand elle est à leurs côtés. C'est quand même incroyable par exemple, alors que nous proposons des formations de très grande qualité, que certains artisans passent par des organismes tiers pour se former... alors que ces formations de la CMAI, de fait, ils les financent en partie !"
Une méconnaissance qui explique sans doute en partie la faible participation aux dernières élections. A peine 15 % des 51.000 ressortissants de la Chambre interdépartementale ont pris la peine de voter...
Elle se donne 100 jours pour impulser ces changements.
Parmi les objectifs principaux qu'elle entend mettre en avant il y a donc la promotion de la CMAI auprès de ses ressortissants, "en jouant au maximum de nos moyens la carte de la proximité" ajoute-t-elle. En tant que présidente d'une chambre puissante, elle entend relancer le débat sur le RSI et le manque d'équité entre les artisans et les auto-entrepreneurs.
Elle prépare également la mise en place d'un audit financier, "non que je n'ai pas confiance en l'équipe précédente, mais parce que j'ai besoin d'indicateurs clairs pour faire de la prospective. Je veux savoir très vite si j'ai les moyens de ma politique", assure-t-elle.
Une politique qu'elle devait expliquer lundi 14 au soir, aux salariés de la Chambre de métiers tout en se présentant officiellement à eux. Sans doute dans le ton direct qu'elle affectionne.
Tout en pilotant la chambre consulaire qu'elle veut au contact permanent avec les artisans, la nouvelle présidente entend également rester au contact...avec le terrain de l'entrepreneuriat.
Celle qui a changé de vie à 40 ans, en quittant une carrière d'assistante de direction pour se lancer par passion dans le métier de la peinture du bâtiment et de la décoration, ne souhaite apparemment pas faire de sa présidence un nouveau métier. Elle entend, en revanche, consacrer le temps qu'elle n'accordera plus à sa petite entreprise à celles des artisans qu'elle représente.
Bref, c'est beaucoup plus qu'une touche de peinture très personnelle que Nathalie Laporte entend appliquer sur la CMAI.
Pascal Rabiller
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