De futurs ingénieurs plus humains que transhumanistes
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
Les projets de formation humaine s'inscrivent dans la lignée des valeurs humanistes de Maurice Lafargue, fondateur de l'ESIEA. Qu'ils soient liés au sport, à la culture, à l'humanitaire ou autre, ils consistent pour les étudiants« à aller à la rencontre des personnes qui ne leur ressemblent pas »,explique Bruno Bisaro qui en est responsable au sein de l'école. Et pour « aller à la rencontre », il faut bouger, notamment les idées reçues que chacun trimballe dans son bagage personnel.
Quand on vient étudier l'informatique, plongé dans la culture geek comme peut l'être en 2016 tout passionné de numérique, quand on arrive avec des préjugés sur la façon de penser la science et la société, qui véhiculent l'idée qu'on vit dans un monde révolutionnaire parce que révolutionné par les « nouvelles » technologies, on ne s'attend pas forcément en effet à ce qu'un enseignant (lui-même issu d'une école de commerce et d'une formation de comédien), affirme tranquillement :
Et de développer en s'appuyant sur l'histoire de la peinture, en un voyage dans le passé, du début XIVe siècle à la fin du XVIe, plutôt que dans le futur :
Il s'agit pour Bruno Bisaro de casser le culte du scientisme, d'expliquer ce qui sous-tend un discours auquel ces étudiants sont très sensibles, celui du transhumanisme :
Puisque l'ingénieur.e est un homme ou une femme d'expérience, l'expérience doit être aussi humaine. Cette formation consiste donc à découvrir sur le terrain la réalité de la fracture numérique, ou celle de la grande précarité des femmes seules, leur fragilité face au chômage plus grande que celle des hommes, à s'interroger sur la façon d'intégrer les sujets du handicap dans l'élaboration de leur projet, à réfléchir aux façons dont l'innovation peut réduire les inégalités, rendre la culture plus accessible, etc.
Au cas où ces étudiants l'oublieraient, le métier d'ingénieur est de faire en sorte que les hommes et les femmes vivent mieux grâce aux innovations, pas de s'enfermer dans la technique. L'éthique est un moyen de le leur rappeler. Au programme de cette formation, ni enfermement dans la technologie ni fascination pour elle donc mais des mises en perspective et quelques tirades iconoclastes que le professeur-comédien réserve à son public geek :
Perplexité dans la salle. Bruno Bisaro explique :
Silence de l'auditoire puis stupeur et tremblements. « Vous vous êtes vus, tous en tee-shirt ? On dirait des moines... »
Ses saillies visent à interpeller les étudiants tentés par la "religion" du tout numérique, à provoquer leur questionnement.
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