Leçon de l'ailleurs

Chaque semaine, découvrez les chroniques sur la vie au bureau réalisée par Sophie Péters. Anecdotes, conseils, expériences : pour sourire mais aussi mieux se sentir dans son job.

 

Avec l'ouverture ce week end de l'exposition universelle de Shanghaï nous avons mis nos montres à l'heure chinoise. Pourquoi ne pas pousser un peu plus loin l'exercice ? Et si nous avions beaucoup à apprendre de cet empire de l'extrême, nous qui, selon la formule de François Jullien, philosophe et sinologue, sommes vieillissants et contraints de nous remettre en cause ? Abordant la question de l'efficacité, ce penseur qui n'a eu de cesse de travailler l'écart entre philosophie grecque et pensée chinoise, propose de croiser les deux stratégies. Du côté occidental, garder notre sens de la modélisation, celui dans lequel nous partons de la théorie abstraite (theoria) que nous mettons en pratique (praxis). La conception grecque que Platon fixe dans le ciel des Idées et qui permet de se créer un idéal. Car le modèle mobilise, entraîne dans des projets, nous dit François Jullien. Mais à trop les suivre, on s'y enferme. D'où l'apport chinois contenu dans le fait de savoir faire mûrir le potentiel des situations. Le principe ? « Toute l'initiative ne vient pas de moi, en tant que sujet, auteur, projetant mon plan sur le monde, à la fois prenant des risques et me dépensant. Mais en repérant des facteurs favorables au sein de la situation, je peux me laisser porter par eux », nous indique l'intellectuel.

L'alliance du Yin et du Yang

La pensée chinoise ne se préoccupe pas de la finalité des choses et donc des moyens chers à Clausewitz. Pas de plan d'avance. Dans l'art de la guerre tel que le conçoit Sun Tse, ce qui prime c'est la fluidité. Tout est affaire de condition et de conséquence. Il ne s'agit pas d'agir mais de transformer la situation pour qu'elle accouche elle-même du résultat. C'est la marche des choses, l'alliance du Yin et du Yang, qui donne sens et non l'Etre. La langue chinoise méconnaît d'ailleurs le verbe Etre rappelle le sinologue. Le processus, donc, doit devenir l'objet de nos méditations, pour favoriser la croissance. Vaste projet, dans lequel la discrétion doit tenir lieu de boussole. Pas de coup d'éclat à la grec, mais s'inspirer du mandarin militaire qui agit sur l'indirect, le latent. Fin de l'éloge de la difficulté qui nous vient de l'épopée héroïque. Préférons l'efficience à l'efficacité. Mais attention à ne pas croire qu'un futur modèle managérial pourrait venir de la Chine d'aujourd'hui.

En décembre dernier une étude du White Paper China's City White-Collars révélait que 76 % des cadres chinois sont en mauvaise santé et 60 % des 35/50 ans ont un âge biologique de dix ans supérieur à leur âge réel. « C'est dire combien le niveau de stress et de réussite pèse là-bas sur les classes moyennes et supérieures. Et aussi combien l'héritage Confucéen est aujourd'hui peu perceptible. Ne rêvons pas sur leurs valeurs traditionnelles », met en garde Edith Coron, coach en Chine. Et c'est tant mieux, nous dit-elle, si leur rage de réussir nous pousse à sortir de notre ethnocentrisme occidental et renouvelle nos interrogations. Ce qu'il faut désormais viser, ici comme là-bas, c'est sortir de l'impasse du volontarisme, mettre nos pas dans celui du Tao, cette voie « par où ça passe ».

 

Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions. »

Confucius

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