"La gueule de l'emploi", retour sur l'émission de France 2 qui dénonce les méthodes d'embauche du GAN

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L'émission de France 2 diffusée jeudi soir fait du "buzz" sur le Net et continue à faire parler d'elle. Elle dénonce d'une manière saisissante les méthodes consternantes des "professionnels du recrutement". On achève bien les candidats...

L'actualité nous offre parfois des raccourcis saisissants et nous a donné la semaine dernière deux visions radicalement opposées du monde de l'entreprise. La première, avec la disparition de Steve Jobs, nous a rappelé qu'il existe des entreprises où souffle le vent de l'innovation et fleurit la fierté d'appartenance. La seconde, avec le documentaire diffusé jeudi soir sur France 2, "La gueule de l'emploi", nous a montré qu'il existe des entreprises où sévit la perversité et se déploie la cruauté humaine. D'un côté, la figure d'un chef d'entreprise plus passionné par la création de nouveaux produits que le cours de Bourse et sa réussite matérielle, un "Gandhi de l'informatique" qui professait peu de temps avant sa mort : "votre temps est limité. Alors ne le gâchez pas en faisant autre chose que ce pour quoi vous êtes fait." De l'autre, l'image d'une entreprise qui réduit le travail à sa valeur économique et fait fi des valeurs d'écoute alors même qu'elle entend recruter des commerciaux censés gagner la confiance de nouveaux clients et faire... ce pour quoi ils sont fait.

Les dix candidats filmés dans le cadre d'un processus de recrutement de la force de vente du GAN se sont certainement rendus à ces entretiens avec en tête ce bel aphorisme de Steve Jobs : "gardez les crocs, restez insouciants." Ils en sont ressortis les crocs élimés et le moral défait, au fil des jeux de rôle, scandés par les humiliations et les déstabilisations. Le procédé montré dans ce documentaire ne date cependant pas d'hier. Ces "assessment centers" ou "centres d'évaluation" partent du principe que pour recruter des commerciaux, rien ne vaut une mise en situation. Leur personnalité sera mise à l'épreuve. A condition que ces exercices soient menés par des psychologues du travail avec tout le respect dû aux candidats.

Rien de tel dans le cas des entretiens menés par cinq personnes du GAN et un membre d'un cabinet de recrutement. Ici, la règle du jeu n'est pas respectée : les candidats ne sont pas informés de ce qui les attend. Leur CV n'a pas été lu. Ils n'ont aucun descriptif du poste pour lequel ils se présentent. Premier exercice : "vendre" son voisin de table, concurrent et parfait inconnu, en vantant ses mérites qu'il faut définir avec lui. S'enchaînent des tests infantilisants, voire humiliants, et une avalanche de questions qui, pour beaucoup, n'ont rien à voir avec le travail auquel ils aspirent. Evaluation des compétences ? Plutôt entreprise de déstabilisation, à l'image des expériences du psychologue américain Milgram qui visait à analyser le processus de soumission à l'autorité au moyen de décharges électriques... les décharges en moins. "On reste parce qu'on n'a pas le courage de partir. On est déjà conditionnés. Ils n'ont même plus besoin de nous forcer, on se soumet car on a peur de perdre son emploi", avoue honteusement Gérard, qui aura surmonté plusieurs obstacles avant d'être éjecté.

Symptomatique d'un monde du travail de plus en plus âpre, ce documentaire a au moins quelques mérites. Aux recruteurs persuadés de rendre service à des salariés amenés à travailler dans un monde brutal, on peut espérer qu'il indique ce qui est définitivement à proscrire : humilier, créer la zizanie, démonter l'estime de soi. Et les pousser à réviser totalement leurs procédures d'embauche en s'interrogeant sur la généralisation de pratiques managériales qui minent la confiance et l'engagement des salariés et en définitive la performance de l'entreprise. Côté candidats, il peut les aider à prendre du recul et à se faire respecter pour ne plus accepter d'être traité de la sorte. Gageons qu'il puisse également faire réfléchir les jeunes élèves des grandes écoles soumis à de tels bizutages.

Reste un paradoxe de taille : à l'heure où les entreprises ne pensent et n'agissent qu'en termes de rentabilité, peut-on encore avoir recours à un procédé aussi contre-productif ? Cinq personnes de l'entreprise et un consultant occupés deux jours à temps plein à éliminer des candidats dont deux seulement seront retenus pour un poste rémunéré au Smic ! On sait aussi désormais qu'un salarié soumis et stressé est moins performant et créatif qu'un salarié reconnu pour sa compétence du métier. Preuve que nombre d'entreprises doivent encore trouver leur équilibre entre impératif de réussite, sens de leur existence, et destin de ceux qui se dévouent pour elle. Gilles, Hervé, Paul, Didier, Georges, Julie et Gérard auront peut-être été émus du décès de Steve Jobs. Mais plus encore de ses recommandations : "ne vous laissez pas prendre au piège des dogmes qui découlent d'autres pensées que la vôtre. Ne laissez pas la voix des autres couvrir votre voix intérieure à vous."

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a écrit le 16/12/2011 à 22:04 :
En recherchant Monsieur Rogers Teunkam précisément pour ces raisons, je ne peux qu'esquisser un sourire à la lecture du reportage. J'ai participé à une session de recrutement organisé par RST Conseil qui, au tout début de notre premier contact (RV fixé par tel.), parlait déjà de "bonne ambiance". Tiens, tiens? pourquoi évoquer un tel sujet alors qu'on connait la personne depuis quelques secondes.... Rogers Teunkam et les recruteurs de son client ont été particulièrement odieux tout au long de la session. Multiples moqueries pendant que les candidats était censé s'exercer à des simulations, manques de respect, condescendance, leçons de morales, engueulades, dans un fond de déstabilisation constante. Un climat hostile, malsain assortie d?une pression constante. Par honnêteté je dirai simplement que Monsieur Rogers Teunkam même si en pretention celui-ci bas des records, on dira pour sa défense qu'il n'a pas été pire que les chargés de recrutement de son client, qui s'amusaient à l'initiation de tels agissements. D'ailleurs je dois dire que tous les candidats partageaient le même avis et n'hésitaient pas à montrer leur sidération lorsque nous étions dehors, censé préparer les simulations. L?un d?eux est meme sortie outré et un autre m?a confié « je n?avais jamais vu ça ». Je n'ai pas vu le reportage mais je sens que je vais me régaler. Enfin, c?est celui qui s?était le plus engueulé avec Rogers Teunkam qui a été retenu pour un deuxieme entretien, car celui-ci répondait aux critères physiques, et l?intéréssé sait pertinemment de quoi je parle.
a écrit le 07/11/2011 à 12:55 :
et si c'était bien plus pire si près de chez vous !

et qu'après une expérience de ce type si petite soit-elle,
vous ne trouverez plus jamais rien !

...
a écrit le 22/10/2011 à 16:03 :
Etudiante en ecole de commerce et management international, je peux aisément dire que ce reportage fait peur. Nosu sommes tous jeunes et vieux, soumis à la loi de la survie en temps de crise.
Mais ou est le côté humain dans ce recrutement ? Je crois qu'il est justifiés de dire les "crocs elimés". Une entreprise souhaite un profil type et vous teste sous tous les angles tel un laboratoire de scientifiques avec ses souris.

J'énoncerais brièvement ce qui m'a choquée dans ce reportage : le manque de respect du à une personne humaine, l'humilitation, les tests et remarques trop sévères, et une récompense succinte quant aux épreuves passées.

Plus j'y repense, plus c'est de la déshumanisation vers de la robotisation. Un remake de Ford, non plus vers la mécanisation, mais vers la robotisation. Un nouveau monde ou après avoir atteint ce que nous appellons civilisation, nous maquillons la réalité du retour de la société à l'instinct primaire qu'une horde de loups pourrait avoir. Ceux qui mènent le jeu, et d'autres avec les "dents élimés" ...
a écrit le 16/10/2011 à 7:09 :
constat consternant, mais arrêtez d'idéaliser la marque à la pomme et son "gourou", rien n'est noir ou blanc dans ce bas monde.
a écrit le 16/10/2011 à 6:42 :
dix personnes pendant deux jours. Quel cout pour quel avantage? Le but n'est évidemment pas économique, mais social, psychologique. L'entreprise VEUT humilier le candidat, quelque soit le cout de l'humiliation!Dans quel but?....
a écrit le 16/10/2011 à 3:37 :
il existe un site internet qui a publié les coordonnées personelles de tous les recruteurs de ce docu.....
a écrit le 16/10/2011 à 3:35 :
"Cinq personnes de l'entreprise et un consultant occupés deux jours à temps plein à éliminer des candidats dont deux seulement seront retenus pour un poste rémunéré au Smic"tres bon article ou vous mettez le doigt sur ce point essentiel:trop de back office,trop de gens payés a rien foutre.on peut se poser la question:en pleine crise financière comment se fait il qu'il n'y ait aucun licenciements ni dans les assurances ni dans les banques?reponse:la rente de situation.les assureurs augmenteront tous férocement leurs tarifs cette année parce que(on est priés de les croire)il n'y a jamais eu autant de sinistres
a écrit le 15/10/2011 à 22:46 :
Oui à la mise en situation pour évaluer des comportements, plutôt que de se baser sur une liste de diplômes qui ne dit rien de votre capacité à tenir un poste. Oui aux processus de recrutement qui laissent à ceux qui ont des trous dans leur CV une chance de rebondir ! Mais honte à ces techniques de déstabilisation et de manipulation qui ne respectent pas la dignité de personnes, parfois déjà en état de précarité ! En tant que professionnel des RH, je ne comprends même pas la pertinence de la méthode, qui ne peut garantir aucune durabilité. Même après avoir accepté le poste pour "remplir son assiette", comment être fier d'un employeur qui exerce de telles violences ? GAN est bannie de mon portefeuille à vie !
a écrit le 15/10/2011 à 19:39 :
Bon commentaire: ce n'est pas pour un poste de cadre dirigeant, mais commercial payé au SMIC. Combien de temps travaillera cette personne juste pour compenser le coût du recrutement.
Ne tirez pas sur le recruteur et les salariés, ils exécutent une politique. Regardez l'expérience de MIgram, les employés une fois soumis sont encore plus cruels avec leurs pairs. Pas besoin d'ordre supplémentaire.
a écrit le 15/10/2011 à 18:59 :
« Votre temps est limité. Alors ne le gâchez pas en faisant autre chose que ce pour quoi vous êtes fait. » - « Ne vous laissez pas prendre au piège des dogmes qui découlent d'autres pensées que la vôtre. Ne laissez pas la voix des autres couvrir votre voix intérieure à vous. »
Voilà ce qu'il faut retenir . Courage à tous ceux en recherche d'emploi et sauvez vous des entreprises qui recrutent à la manière du GAN
Réponse de le 17/10/2011 à 7:45 :
Oui selon Jobs vous devez tous etre chez d'entreprise, si vous travaillez chez Apple, je suis sur que les employes de Foxcon (fabirquant asiatique des produits d'Apple) ainsi que les ingenieurs d'Apple doivent bien se marrer en lisant depuis quelques jours cette citation de Jobs. Pour sur, Jobs n'a jamais oblige ses ingenieurs a realiser les produits dont il revait... Y en a un peu marre de voir le nom de Jobs apparaitre partout
a écrit le 15/10/2011 à 17:15 :
Les deux consultants de RST conseil n'ont aucune humanité et n'ont rien à voir avec le métier de recruteur. Il faut tout simplement bannir ce cabinet ou au moins ces personnes. Les salariés du GAN méritent d'être licenciées pour faute. J'ai vu la réaction du gan sur leur site web, ils bottent en touche. De vrais lâches ce qui confirme bien que la direction soutient ce genre de comportement. Conclusion parlez-en autour de vous et bannissez cette entreprise. En tout cas ce qu'ils mangent sur le dos des salariés ce n'est pas avec moi qu'ils vont le faire cuire.
Le GAN = DEHORS!!
a écrit le 15/10/2011 à 17:09 :
Steve Jobs, le modèle qui exportait son humanisme jusque dans les usines chinoises...
Réponse de le 15/10/2011 à 21:37 :
Oui, et ce saint homme n' a jamais donné un cent de sa fortune à la moindre ?uvre caritative. Quel exemple pour nous tous.
Réponse de le 17/10/2011 à 7:47 :
il garait regulierement sa voiture sur la place reserve aux handicapes d'Apple...tout un symbole de ce gourou
Réponse de le 17/10/2011 à 14:04 :
Avec le 666 récurrent dans sa vie, certains disent que Steve Jobs a juste fait une sorte de pacte avec le diable, perdre on âme( distinction entre bien et mal) et quelques années de sa vie pour parvenir au sommet . C'est finalement très américain de préférer la célébrité à outrance que la famille les amis l'honneur et l'honnêteté, quand il était jeune et quasi hippy il a dû comprendre assez vite qu'il était mortel, qu'il se détachait des autres par son intelligence, qu'il n'avait autour de lui qu'une bande de loosers décérébrés et alors comprendre comment vivre sur leurs dos.
a écrit le 15/10/2011 à 15:57 :
L'avantage du cv non lu c'est que cela donne sa chance à un mauvais CV comme celui de la jeune femme qui effectivement passe à la trappe la plupart du temps. L'avantage de la réponse immédiate avec le debriefing c'est d'avoir la raison de l'échec. La plupart du temps, on obtient une réponse du type "on vous rappellera" et lorsqu'on demande pourquoi, on obtient "vous ne correspondez pas au profil". Ici la procédure est certes brutale mais au moins elle a le mérite d'être et de coller à la réalité.

Pour répondre à l'article, les recruteurs ne sont pas des "psy", ce sont des rh formés dans des écoles de ressources humaines et spécialisés dans le recrutement. Il n y a rien de merveilleux à en attendre...

a écrit le 15/10/2011 à 15:18 :
Ce n'est pas un scoop vous avez également dans la "loi" du commerce les entreprises qui augmenntent certaines lignes de produits et dans ce cas les directions jouent la règle des 80/20 c'est à dire 20% vont réclamer les 80 autres vont payer. Autre procédé intéressant on rajoute des lignes de facturations pour des services bidons ce qui fait que le produit de base est devenu moins cher que le plus petit des services. Il faut vivre dans un autre monde pour croire que l'entreprise est la rigueur dans toutes ses composantes, le client est au centre du discours mais la vérité n'est pas celle là, la RENTABILTE à 2 chiffres est le seul et unique leitmotiv le client après. Bien d'autres sujet pourraient être développés comme les parts de marché ou la concurrence "feutrée" etc etc.
Réponse de le 21/10/2011 à 13:52 :
tout a fait, dans ma boite, on parle de mettre le client au coeur de la relation mais quand je vois coment on fait de la vente forçée, ça m'ecoeure. Le hic aujourd'hui, les boites ne recrutent que des forces de vente, des cadres pour appuyer un peu plus sur la tête des employés. donc, si vous n'êtes pas du côté de ceux qui massacrent, c'est vous qui vous faites massacrer.
a écrit le 15/10/2011 à 13:50 :
Si c'était les seuls...
Toutes les boites un peu importante font de même.

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