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Conjoncture - La Tribune Bordeaux

Hervé Le Treut : "Lors de la COP21, tout le monde va devoir jouer cartes sur table"

Photo de Pascal Rabiller

Pascal Rabiller

Publié le 22 octobre 2015 à 14:07 - Mis à jour le 23 octobre 2015 à 09:01

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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A quelques jours du Forum Climat Cop21 organisé par La Tribune - Objectif Aquitaine à Bordeaux (17 novembre) et de la Cop21 des Nations Unis à Paris (30/09 au 11/12), le Climatologue, directeur de l'Institut Pierre-Simon Laplace, membre de l'Académie des sciences et du Giec (Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat), Hervé Le Treut exprime ses attentes. Ce dernier a aussi piloté, à la demande du Conseil régional d'Aquitaine, une étude sur les impacts économiques des changements climatiques.

Qu'attendez-vous de la Cop21, Conférence des Nations unies sur le climat qui se déroulera à Paris du 30 novembre au 11 décembre ?
"Avant de vous faire part de mes attentes, je tiens à préciser que la préparation de cette conférence est d'abord une affaire de diplomates. Ce sont eux qui préparent l'évènement, les négociations et les accords qui y seront signés.
Les scientifiques ne travaillent pas sur les mêmes échelles de temps que les décideurs politiques. Nous devons travailler à produire des diagnostics d'alerte, qui doivent permettre aux décideurs politiques, économiques et au grand public de bâtir les scenarii de réponses et surtout les calendriers concernant les mesures à prendre. La recherche n'a pas à dire ce que les gouvernements doivent faire ... d'autant que nous savons qu'il n'y a pas un bouton "vert" capable de stopper les émissions de CO2... il n'y a, pour cela, que des mesures incitatives à mettre en place."

>> Forum Climat COP21 : le programme et les inscriptions

Un des objectifs annoncés dans le cadre de la Cop21 concerne la limitation à 2° de la hausse moyenne des températures, et cela à l'horizon 2020, 2030... C'est court, non ?
"C'est très court et je rappelle qu'à l'issue du protocole de Kyoto, signé en 1997, il a fallu près de 10 ans pour que ce dernier entre en vigueur... A l'issue de la Cop21 de Paris, pour tenir les engagements qui seront pris, à savoir, notamment, cette limitation de l'élévation des températures en respectant le calendrier qu'on évoque, il faudra, au plus vite, que les engagements débouchent sur des actions."

Est-ce la Cop 21 de Paris peut se permettre d'échouer ?
"Nous avons besoin d'un accord. On ne peut reproduire l'échec de la conférence de Copenhague. Un échec qui a clairement mis à coup de frein à la lutte contre le réchauffement climatique. L'enjeu de la Cop21 sera énorme."

Etes-vous optimiste ?
"C'est difficile de dire cela avant l'évènement, mais je trouve que la méthode préparatoire de cet évènement va dans le bon sens. En fait, il a été demandé aux pays participants de formaliser, d'écrire noir sur blanc ce qu'ils comptent faire pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Tout le monde va donc devoir jouer cartes sur table... et il sera difficile ensuite, aux pays en question, de faire marche arrière. A la suite de cela, nous scientifiques, climatologues pourrons juger si ces objectifs sont réalistes et justes."

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"Nous avons encore le temps... de limiter les conséquences"

- Y a-t-il des solutions ? N'est-il pas trop tard ?
"Les solutions existent pour freiner le réchauffement, mais pour le moment, concernant les gaz à effet de serre, nous savons qu'ils s'accumulent et restent très longtemps dans l'atmosphère. Nous devons donc compter avec ce qui a déjà été produit par nos activités. C'est dans notre capacité à réduire les émissions que réside, pour le moment, la solution. Même les solutions de stockage de CO2, qui n'en sont qu'à des phases de tests, posent des problèmes. Il n'est pas trop tard... pour mettre en place les mesures et solutions qui nous permettront de limiter les risques et les impacts des changements climatiques. On peut encore s'adapter aux changements climatiques actuels... plus tard ce sera plus compliqué."

- N'avez-vous pas l'impression qu'il y a, de la part des décideurs politiques, mais aussi des citoyens, une vraie prise de conscience de l'urgence climatique ?
"C'est difficile de répondre. Je travaille sur ce thème depuis trente ans. Ce domaine de travail a longtemps été confidentiel, ce n'est plus le cas désormais. Pour autant il existe encore un écart entre l'enjeu et la rapidité des actions, et puis j'ai le sentiment qu'on a peut-être réussi à convaincre une partie de la population mais que nous n'arrivons pas à faire évoluer les sceptiques. Nous sommes une dizaine à faire des conférences un peu partout dans le monde sur cette question. Sincèrement, nous touchons un public qui doit se limiter à 40.000 personnes par an... et toujours les mêmes profils de personnes, des convaincus essentiellement."

La Région est une bonne échelle de réflexion

- Travailler sur les conséquences locales du changement climatique comme vous l'avez fait pour le compte du Conseil régional d'Aquitaine avec "Prévoir pour agir, la région Aquitaine anticipe le changement climatique" est un moyen de mieux sensibiliser, non ?
"Sans doute. Le travail réalisé à la demande du Conseil régional d'Aquitaine permet d'illustrer, de mettre une image sur ce qui peut arriver à celles et ceux qui occupent un territoire donné, ici l'Aquitaine. Cet ouvrage permet d'éduquer, de sensibiliser sur ce qu'implique le changement climatique en termes de cadre de vie, d'activités économiques. Il faut savoir que même nous, scientifiques spécialistes de la question, avons du mal à évaluer les retombées du changement. Les témoignages de celles et ceux qui vivent et travaillent en Aquitaine, depuis longtemps, permettent, par les observations faites, les constats, de donner une idée réaliste de ce qui nous attend."

Quelle suite attendez-vous de ce travail effectué à l'échelle régionale ?
"Ce n'est pas une feuille de route, mais un état des lieux. C'est un point de rencontre entre le diagnostic scientifique, le citoyen - pas assez mobilisé à mon goût - et le politique. Je trouve que les régions sont une bonne échelle de réflexion sur cette thématique du changement climatique. Les habitants d'une région sont sensibles à l'évolution de leur trait de côte, de la gestion de l'eau, des paysages... ce que j'attends avant tout c'est, localement au moins, une prise de conscience des changements et du fait que, pour le moment, nous pouvons encore nous y adapter et que ces adaptations passeront par des politiques de long terme, volontaristes en matière de réduction des gaz à effet de serre."

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Pascal Rabiller

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