En Nouvelle Aquitaine, l'économie cale malgré le dynamisme de l'aéronautique
Pierre Cheminade
La filière aéronautique et spatiale est l'un des moteurs économiques de la Nouvelle-Aquitaine dans un contexte compliqué. Ici, un atelier d'Optima Aéro dans les Pyrénées-Atlantiques.
Optima Aero
En Nouvelle Aquitaine, l'économie cale malgré le dynamisme de l'aéronautique
Artisans-commerçants, PME, ETI : difficile de déceler des notes d'optimisme chez les acteurs économiques de Nouvelle-Aquitaine. Seule bonne note : la dynamique de l'aéronautique qui s'affirme comme le moteur régional.
« Je suis d'un naturel optimiste mais je n'ai pas beaucoup de nouvelles positives à partager », se désole Patrick Seguin, le président de la CCI Bordeaux Gironde, ce 3 février, au sujet de la conjoncture économique régionale. « Le nombre de procédures collectives a bondi de 21 % l'an dernier en Gironde et la hausse se poursuit en 2025 », poursuit-il, avant d'évoquer « une vacance commerciale qui est passée de 6 % à 12 % en un an à Bordeaux ».
L'inflation et les incertitudes politiques nationales et internationales, nourries par le risque latent de censure du gouvernement et l'élection de Donald Trump, pèsent sur la consommation, l'investissement des entreprises et l'économie française dans son ensemble. Elle se traduit dans la région par une hausse plus sensible encore du nombre de demandeurs d'emplois de catégorie A : +4,6 % sur un an au dernier trimestre 2024 contre +3,7 % en France entière.
Parallèlement, la confiance des chefs d'entreprise néo-aquitains dans l'économie nationale est tombée à seulement 14 % fin 2024, du jamais vu, même pendant la crise sanitaire ! Et l'érosion est aussi continue quant à leur confiance dans la pérennité de leur propre entreprise. « On constate une montée des signaux d'alerte dans les entreprises que nous finançons, particulièrement sur le niveau de trésorerie », témoigne un banquier de la région bordelaise.
Investissement : les ETI appuient sur le frein
« L'investissement des entreprises devrait continuer de marquer le pas en 2025, avant de repartir en 2026-2027 », estime aussi Marie-Agnès de Montbron, la directrice régionale de la Banque de France, qui vient d'abaisser d'un point ses prévisions pour 2024 et 2025. Cet attentisme transparaît aussi dans une enquête menée en janvier par le Club des ETI (entreprises de taille intermédiaire) de Nouvelle-Aquitaine auprès de 42 de ses adhérents. Ils sont 57 % à prévoir de stabiliser leurs investissements en 2025, soit 17 points de plus qu'en 2024, et 14 % à anticiper une baisse.
Et pour cause : ces décideurs sont, eux aussi, 86 % à se déclarer pessimiste sur la situation économique française. La conjoncture nationale et internationale, la multiplication des normes et les problèmes de recrutement sont ainsi en haut de la liste de leurs préoccupations.
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A ces préoccupations s'ajoute la menace d'une guerre commerciale qui pourrait opposer l'Amérique de Donald Trump à l'Union européenne. « Trump c'est la politique de l'homme fort, il ne faut pas en avoir peur mais il faut le prendre en compte dans nos stratégies d'entreprise et d'investissement », prévient Marc Prikazsky. Le président du Club des ETI de Nouvelle-Aquitaine plaide pour davantage de « pragmatisme » dans la mise en œuvre des normes européennes et pour un sursaut des responsables politiques tricolores : « L'immobilisme c'est ce qui fait le plus peur aux chefs d'entreprise, nous attendons de nos politiques qu'ils décident ! »
Le désarroi est également palpable chez les artisans-commerçants de la région : la moitié d'entre eux n'ont pas confiance dans l'avenir de son entreprise. Dans la production et l'agroalimentaire, 41 % se disent même en situation financière critique, pris en tenaille par la baisse du pouvoir d'achat et des carnets de commandes et la hausse du coût des matières premières.
L'industrie souffre, l'aéronautique souffle
L'industrie tousse dans la région, comme dans le reste du pays, avec notamment les difficultés des sous-traitants de l'automobile, des entreprises de l'agroalimentaire et de toute la chaîne de valeur de la filière viti-vinicole d'une part, et de la construction d'autre part. Au total, effectifs et chiffre d'affaires sont en baisse en 2024 mais les projections sont meilleures pour 2025.
La situation est plus robuste dans les services, à l'exception des cafés-hôtels-restaurants, avec une progression d'activité attendue en 2025 tandis que la chute historique des mises en chantier de logements neufs pèse fortement sur le secteur bâtiment et devrait se prolonger en 2025.
Dans ce paysage sombre, la lumière vient du secteur aéronautique et spatial qui, selon la Banque de France et la CCI Nouvelle-Aquitaine, est « le véritable moteur de croissance pour la région [...] et qui, forte de commandes nourries, poursuivrait sa dynamique en 2025, sous réserve de relever le défi du recrutement. »
Mais l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) régionale tempère un peu cet enthousiasme : « Il y a de l'activité et de la visibilité dans l'aéronautique mais on reste 15 % en dessous des niveaux de 2019 et la supply chain, encore fortement perturbée et fragilisée, a du mal à tenir les objectifs », remarque son délégué général Alexandre Le Camus. Car si la bonne santé d'Airbus et la montée en cadence de Dassault Aviation sur le Rafale tirent la filière régionale, les déboires de Boeing décalent aussi certaines commandes.