Apprentissage, les Aquitains sensibilisés

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
Accueilli par le président du conseil d'administration de la BPACA, Bernard Dupouy, membre de la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux (CCIB) et dirigeant du groupe girondin Dupouy, Laurent Courbu, président de la CCI régionale d'Aquitaine, a évoqué la grande région. Il a rappelé (après avoir mis Midi-Pyrénées à la place de Limousin dans la nouvelle région : "Non ça c'était un autre scénario"), que la CCI Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes (ALPC) se construisait.
Ceci après que Bernard Dupouy ait rappelé que la BPACA (357 M€ de produit net bancaire en 2014 - plus de 1.900 salariés) était née en 2011 de la fusion de la Banque Populaire du Sud-Ouest, à Bordeaux, et de la Banque Populaire Centre Atlantique, à Limoges, et qu'elle rayonnait sur 11 départements. Une façon de démontrer que cette banque coopérative avait eu le nez creux puisque la nouvelle région administrative compte 12 départements (seul le Lot-et-Garonne manque à l'appel de la BPACA).
Animée par Mikaël Lozano, rédacteur en chef de La Tribune Bordeaux, cette Matinale regroupait Christian Aubart, PDG de la Manufacture Pyrénéenne, à Morlaàs (Béarn - Pyrénées-Atlantiques), Céline Bourdès, DRH du groupe Voltaire, à Bassussarry (Pays basque - Pyrénées-Atlantiques), Angélique Cayrac, chef de service Oref - études, Aquitaine Cap Métiers, à Bordeaux, Philippe Cotte, directeur industriel France du groupe autrichien Egger Panneaux et décors, à Rion-des-Landes, Cyril Guy, dirigeant de l'entreprise périgourdine du même nom, au Buisson-de-Cadouin (Dordogne), et Agnès Grangé, déléguée régionale du groupe La Poste en Aquitaine.
Angélique Cayrac a notamment rappelé que l'Aquitaine compte 18.000 élèves en centre de formation d'apprentis (CFA), qui dispensent 50 % de formations de niveau V, comme les CAP et BEP, mais au-delà de ça également des formations supérieures, avec par exemple 16 % de BTS ou 5 % de masters professionnels.
Angélique Cayrac a souligné que la plupart des entreprises embauchant des apprentis comptent moins de 10 salariés, que le taux de rupture des contrats d'apprentissage, à 21 % reste dans la moyenne nationale (contre pas plus de 5 % dans l'aéronautique).
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Un chiffre choc qui donne une idée du chemin qui reste à parcourir comme il a été ensuite été souligné par les intervenants, pour que l'apprentissage porte les fruits que l'on attend de lui. "L'insertion des apprentis est très bonne : 7 mois après leur formation, 60 % des apprentis ont un emploi. Ce taux monte à 70 % 11 mois après la formation, et 54 % des apprentis restent dans l'entreprise qui les a formés", a souligné l'intervenante. Face au peu d'enthousiasme manifesté par les entreprises à l'égard des apprentis, Agnès Grangé n'a pas eu de mal à faire valoir l'importance des formations opérées par Formaposte.
Créé en 2010 par Brice Goguet, le groupe Voltaire, spécialisé dans la sellerie de luxe, s'est imposé à une vitesse fulgurante aux Etats-Unis sur le marché de la selle de cuir haut de gamme.
Cette entreprise au savoir-faire très pointu est en relation avec des CFA qui lui envoient les CV des meilleurs élèves, mais aussi des maîtres selliers qui viennent sur place analyser les méthodes de fonctionnement de l'entreprise. Le Périgourdin Cyril Guy a démarré un parcours désormais assez traditionnel à sa sortie de la classe de 3e (CAP, BEP, bac pro, BTS) avant de rejoindre l'entreprise paternelle dans le bâtiment, qu'il a reprise en 2000 avec son frère. Cette entreprise de gros œuvre du Bâtiment a beaucoup souffert.
Cyril Guy est également président de la Commission régionale formation de la Fédération française du bâtiment (FFB) de la Dordogne et il a précisé que la FFB venait de développer avec les CFA une charte pour l'emploi des apprentis qui sera signée d'ici un mois ou un mois et demi et applicable dans les cinq départements d'Aquitaine. Le groupe Egger France, qui dispose de deux sites en France, dont celui de Rion-des-Landes, réalise 300 M€ de chiffre d'affaires (dont la moitié dans les Landes) avec 450 salariés.
A la tête de la Manufacture pyrénéenne, fondée en 1953 avant d'être reprise en 2001, consacrée à la fabrication de tissus, "du fil au produit fini", et labellisée Entreprise du patrimoine vivant (EPV), Christian Aubart souligne qu'à la sortie de l'Ecole d'ingénierie et d'innovation textile de Roubaix il y a deux fois plus de postes à pourvoir que de candidatures.
Quand Céline Bourdès souligne que l'apprenti n'est pas là "pour faire les basses besognes", Philippe Cotte insiste sur le fait "qu'il faut être conscient des moyens à mettre en œuvre pour bien former les apprentis". Dans un système éducatif marqué par l'impitoyable sélection des cerveaux les mieux préparés à l'abstraction, l'apprentissage continue à faire figure de voie de garage. D'où un déficit d'image qui a tendance à taper sur les nerfs de Cyril Guy.
Le fait est connu depuis plusieurs siècles : les Français ne sont ni des Allemands ni des Autrichiens. Reste à trouver la bonne recette pour vraiment acclimater l'apprentissage dans l'Hexagone.
Jean-Philippe Déjean