Baverez - Ammar : de la France qui tombe à celle qui est proche de la tombe

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Maître de son destin ? La France l'est sans doute encore aux yeux de l'économiste et historien Nicolas Baverez qui avait défrayé la chronique médiatique en écrivant l'ouvrage "La France qui tombe" (éditions Perrin) en 2004 et qui vient de livrer un nouveau livre sur la situation économique, idéologique, géopolitique et écologique du monde en général et de la France en particulier : "Danser sur un volcan" (Albin Michel).
Il apparait que pour garder la maîtrise de son avenir, la France a beaucoup, beaucoup de boulot. C'est en tout cas ce que pense Nicolas Baverez pour qui ce n'est pas une spécificité hexagonale, mais sans doute celle de tout l'occident qui excelle, selon lui, quand il s'agit de se voiler la face quant à sa situation.
Poursuivant le constat, Nicolas Baverez enfonce le clou.
Rappelant les mots de de Gaulle, évoquant une France qui se réforme par révolution uniquement, Nicolas Baverez souligne néanmoins les atouts (agriculture, tourisme, économie diversifiée, secteurs privés forts dans l'énergie, l'eau, bon niveau des infrastructures...) de la septième économie mondiale, évoque les thérapies de choc qui ont redressé certains pays européens, comme l'Espagne par exemple. En clair, il sort sa "boite à outil" capable de réparer le pays.
"Se reposer ou être libres, nous avons le choix", expliquait à l'assistance Nicolas Baverez en paraphrasant Thucydide... et en esquissant une voix de salut qui passe par le recul de la démagogie en politique, le recul d'une habitude un peu trop française qui consiste à préférer le passé à l'avenir.
Dernier intervenant de l'Université Hommes-Entreprises 2016, le Franco-Libanais Oussama Ammar, entrepreneur lancé très tôt (10 ans) dans le grand bain du business numérique, habile "provocateur-orateur" n'est pas, lui, c'est même un doux euphémisme, tourné sur le passé...
Représentant de la génération Y, Oussama Ammar s'est empressé de balayer en quelques mots, à la fois justes, cyniques, drôles mais aussi volontairement brutaux parfois, le discours de l'économiste qui le précédait sur scène.
A la fois philosophe, investisseur, entrepreneur de l'économie numérique, cofondateur de The Family, évoque la "commoditization" (ou banalisation, soit la transformation en produit de consommation courante) du capital, de la distribution et même des compétences humaines "accessibles à tous désormais grâce aux cours gratuits diffusés par Youtube !".
La fin des écoles, des diplômes et l'avènement d'une génération d'autodidactes... un discours prospectiviste qui se heurte cependant à un constat, paradoxal, mais pourtant consenti par Oussama Ammar pour témoigner du retard de l'Education nationale : "180.000 jeunes sortent chaque année de l'école sans savoir lire et écrire." Un état des lieux qui donne raison à Oussama Ammar sur les limites de l'école, mais qui freine forcément l'émergence des self made (wo)men... mais qui ne l'empêche pas d'assurer que "cette génération Y est la plus cultivée et compétente qui n'ait jamais existé..."
Une génération Y individualiste assumée, qui rejette l'Etat, "les sociétés internet, comme Google par exemple, refusent d'être dépendantes, fiscalement, économiquement, d'états et sont toujours prêtent à déménager dès la première contrainte", qui rejette le travail "qui n'est pas une forme de libération. Alors que les économistes et politiques s'acharnent à combattre le chômage, personne ne semble prendre le temps de se dire que, peut-être, il est impossible d'en donner à tous", et une génération qui rejette l'argent aussi.
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Un monde nouveau, numérique, capable, c'est vrai, d'offrir des opportunités de maîtrise de son destin à celles et ceux qui en possèdent les codes, mais qui rapidement ne pourra plus coexister avec l'ancien selon Oussama Ammar : "Le monde traditionnel ne survivra pas à cette évolution".
La fin d'un monde, le vieux, celui "des PME qui ne font rêver personne", dixit Oussama Ammar, le début d'un autre où la révolution numérique qui s'impose "est la dernière étape de notre société démocratique !".
Dernière étape avant quoi ? Un monde d'opportunités pour tous, ou de chaos ultra libéral ? La réponse tient peut-être dans la dernière affirmation de l'entrepreneur :
Nul doute que pour Oussama Ammar, ce sont les "barbares", c'est ainsi qu'il décrit les sociétés de la révolution numérique, qui disruptent des pans entiers de l'économie dite traditionnelle, qui vont gagner ce conflit.
Entre l'analyse d'un naufrage collectif, et celui d'une sauvetage technologique, individualiste, aussi enthousiasmant pour ceux qui le provoquent que brutal pour ceux qui la subissent, l'Université Hommes-Entreprises a su, une nouvelle fois, provoquer un de ses rares moments capables de générer la réflexion... mais après l'immense émotion - admiration suscitée par les interventions d'Anne-Dauphine Julliand, d'Anjar Linder ou encore de Xin-Dong Cheng, le retour sur terre économique proposé par Nicolas Baverez et Oussama Ammar a été rude.
Pascal Rabiller