La difficile éclosion agricole de la Nouvelle-Aquitaine

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
En plus de l'évolution climatique et de l'enchainement de diverses crises, la campagne agricole hiver 2015-été 2016 est aussi marquée par l'émergence de la région Nouvelle-Aquitaine (Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes), qui rebat les cartes des aides financières.
Cette ligne budgétaire, qui intègre des fonds d'aide européens, devrait quasiment doubler par le biais des conventions locales conclues par les conseils départementaux. Comme le souligne Dominique Graciet, 11 départements sur les 12 de la grande région ont signé ces conventions pour un montant global de 40 M€. S'il n'est pas encore possible de connaître l'identité du conseil départemental qui n'a pas signé la convention, le patron de la Chambre d'agriculture assure qu'il ne s'agit-là que "d'habitudes anciennes qui ne tiendront pas avec la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République)".
La grippe aviaire, qui a frappé de plein fouet l'Aquitaine (plus gros producteur de foie gras) et en particulier la Dordogne et les Landes, impose un nouveau cahier des charges sanitaire aux éleveurs de palmipèdes à foie gras. Et Dominique Graciet souligne tout d'abord que la Région a débloqué 8 M€ en urgence, avec un plafond de 25.000 € par dossier dans la limite de 40 % des dépenses engagées.
L'hypothèse qui semble prévaloir dans les couloirs de la Chambre d'agriculture c'est que l'Etat ne fera aucun effort financier. Partant du principe que éleveurs ont économisé de la trésorerie en ne pouvant pas acheter de canards et d'oies pendant la crise et qu'ils ont de ce fait les moyens de redémarrer leur activité...
L'activité des élevages reprend petit à petit "mais pas aussi vite que prévu à cause de la durée des travaux de remise à niveau des exploitations : il y avait une surproduction et maintenant c'est la pénurie, des pays étrangers producteurs de foie gras, comme la Bulgarie, ont pris le relais et il faut espérer que les Français retrouvent leurs places après la crise", prie le président de la Chambre d'agriculture.
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La baisse de la consommation de bœuf par habitant se poursuit en France, avec un recul de 2,6 %, tandis que l'Italie et l'Espagne restent de bons acheteurs d'animaux vivants, malgré la concurrence livrée aux Français sur ce terrain par la Pologne et ses bas prix. D'autres marchés intéressants restent potentiellement instables, comme l'Algérie et la Turquie. La Région annonce le déploiement d'un plan stratégique adapté à la filière bovine viande.
La filière bovine encore en difficulté (Agence Appa)
La crise du lait de vache est de son côté loin d'être achevée. Les accords avec Lactalis, obtenus au terme de négociations musclées, n'auront d'impact que sur cette entreprise, qui va rattraper son retard sur les prix. Plus fondamentalement, la production laitière en Nouvelle-Aquitaine est pénalisée par une mauvaise année fourragère et culturale, mais aussi bien sûr par la surproduction mondiale, dont les agriculteurs ne sont plus protégés depuis la suppression des quotas laitiers, et qui est amplifiée par l'embargo russe, sans oublier la diminution des aides PAC (politique agricole commune).
Pas d'évolution positive à attendre à court terme sur ce dossier tranche la Chambre d'agriculture. Seul point positif, suite au conflit avec Lactalis les prix pourraient cesser de baisser. D'où l'option qui s'est dégagée au gouvernement d'inciter les agriculteurs à réduire leur production de 5 % au dernier trimestre 2016. Dans le secteur animal, les productions qui se sortent le moins mal des crises à répétition sont celles de volailles maigres. La grippe aviaire n'a pas stoppé leur production mais généré des reports, soit un peu plus de temps entre le début de l'élevage des différents groupes de palmipèdes. Si les formations professionnelles face à la grippe aviaire y sont aussi obligatoires, elles démarreront plus tard, et la filière ne devrait avoir aucun problème pour reprendre une croissance régulière.
La question de l'eau se pose partout avec un pic en Poitou-Charentes où des installations de récupération d'eau de pluie, autorisées, n'ont pas le droit de fonctionner (DR)
Avec un hiver doux, un printemps très pluvieux et un été marqué par la sécheresse "les conditions climatiques sont assez difficiles" confirme Dominique Graciet, qui observe que la grêle a également frappé certains territoires viticoles : Madiran (Pyrénées-Atlantiques) et Tursan (Landes) au sud, Graves de Vayres dans le Bordelais et Cognac en Charente. Les grandes cultures ont souffert du climat et la chute des rendements s'accompagne aussi d'une baisse des prix. Un phénomène particulièrement marqué au nord de la région, en Poitou-Charentes, dont la production de blé tendre a chuté de 15 à 30 % sur un an dans trois départements sur quatre.
La palme du recul le plus puissant revient toutefois à la Haute-Vienne (Limousin), avec une chute de plus de 50 % des rendements, et, selon les évaluations provisoires de la Draaf (Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt) un plongeon de 32,4 % du rendement en blé tendre, à 48 quintaux l'hectare, et de 57,4 % en blé dur (29 quintaux). Le maïs n'échappera pas non plus aux effets de cette mauvaise météo.
Si la fraise de printemps à souffert du climat, avec un temps à la fois humide et maussade qui s'est traduit par un déficit d'éclairement, les rendements sont au final proches de la moyenne annuelle et nettement supérieurs pour les cultures hors sol chauffées. La production de pomme est en net recul par rapport à la dernière campagne, avec une baisse prévisionnelle de 25 % dans l'ex-Aquitaine et de 10 % dans l'ex-Limousin. La production de melons a également été fortement pénalisée par un printemps frais et un sérieux manque d'ensoleillement.
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La tomate a de son côté été handicapée par une baisse de la consommation en juin, ce qui a entraîné un recul des cours de 10 % par rapport à la moyenne sur cinq ans. La prune d'ente, qui est transformée en pruneau d'Agen, devrait voir sa production grimper de 20 % par rapport à sa moyenne quinquennale, tout en conservant un bon niveau de prix. Le Lot-et-Garonne est ainsi quasiment assuré de rester le premier producteur européen de pruneaux.
Jean-Philippe Déjean