Crise aviaire : les éleveurs du Sud-Ouest sacrifiés pour protéger ceux de l’Ouest ?

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le premier semestre 2017 n'a pas été très brillant pour l'agriculture de Nouvelle-Aquitaine, marquée en particulier par une nouvelle crise aviaire dès le début de l'année. Comme en 2016 des centaines de milliers de canards ont dû être préventivement abattus pour enrayer la propagation de la grippe aviaire. Le prix à payer pour les éleveurs est d'autant plus lourd qu'il se double d'un ensemble de mesures sanitaires techniquement contraignantes et financièrement pénalisantes. Si la première crise de 2016 a été dure, celle de 2017 a des répercussions économiques dont on sait déjà qu'elles sont si profondes qu'elles pourraient menacer l'équilibre de toute la filière, grands groupes coopératifs y compris. Et dans ce contexte placé sous le signe de la dépression, le non déblocage des compensations financières promises sous le gouvernement Valls devient difficile à supporter.
Et les conséquences de cette situation pourraient être lourdes.
"Les avances de trésorerie n'ont pas été soldées. Le Foll n'a pas mis les outils en place. Si les éleveurs qui ont survécu ne sont pas correctement indemnisés, que feront-ils en cas de nouvelle crise sanitaire ? Nous allons finir par croire que les élevages de palmipèdes du Sud-Ouest servent de bouclier à ceux de l'Ouest, qui sont nos concurrents et en profitent pour nous plumer sur les marchés" déroule Dominique Graciet.
La crise de 2017 s'est concentrée sur des départements gascons (Gers, Landes, Hautes-Pyrénées) et basco-gascon (Pyrénées-Atlantiques) où semble infuser un vrai sentiment d'injustice.
"Les éleveurs des régions de l'Ouest n'ont pas été touchés par la grippe aviaire mais ils n'ont peut-être pas forcément bien cherché les canards malades", restitue ainsi Dominique Graciet.
Malgré cette crise majeure dans la première région productrice de foie gras sous signe de qualité, l'agriculture de la Nouvelle-Aquitaine ne se résume pas au seul élevage de palmipèdes. Plus globalement la situation de la filière viande régionale tend à s'améliorer, loin de l'euphorie.
"L'inquiétude demeure : malgré un petit mieux, c'est toujours dur d'investir pour augmenter la compétitivité de l'élevage. Pour les ovins ça va mieux et la filière caprine se porte bien" éclaire le président de la Chambre régionale d'agriculture.
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Salon de l'agriculture à Bordeaux
En moins de deux ans la situation de la filière lait s'est complètement retourné, l'interrupteur des conjonctures ayant basculé sans coup férir de la position surproduction à celle de la sous-production, avec à la clé un début de flambée sur le marché du beurre qui devrait rapidement s'étendre à tous les produits beurrés. Entre-temps la crise laitière a fait des dégâts et provoqué la disparition de 6 % des producteurs de lait en Nouvelle-Aquitaine, soit 250 producteurs, pour une production de 77 millions de litres.
La tendance est plus favorable pour les grandes cultures (céréales, oléagineux, protéagineux...) malgré quelques problèmes sur le maïs, concède Dominique Graciet.
La sécheresse n'est jamais très loin.
La création de nouvelles ressources, à partir du captage d'une partie des plus de 150 milliards de mètres cubes d'eau utile qui tombent chaque année du ciel sur la France, est un autre des grands chapitres de l'actualité agricole.
Ce dossier a été marqué par de fortes oppositions et le drame de Sirvens, où un manifestant a été tué.
"Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise sur les oppositions... Il nous faut de l'eau. Sur les 60 millions de m3 de nouvelles ressources à créer, la part de l'agriculture ne dépassera pas 25 %. Sans eau nous ne pouvons pas assurer la production agricole" martèle le président de la Chambre régionale.
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Le 29 septembre sera clôturée la réception des projets préparés dans le cadre de l'appel à manifestation d'intérêt pour le programme Territoire d'innovation grande ambition (Investissements d'avenir), et Dominique Graciet souligne que 10 projets ont été retenus en Nouvelle-Aquitaine, la Chambre régionale d'agriculture ayant coopéré de très près avec la Région sur ce dossier.
Jean-Philippe Déjean