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Conjoncture - La Tribune Bordeaux

L'économie girondine est toujours plus empêtrée dans ses embouteillages

Pierre Cheminade

Publié le 17 septembre 2019 à 08:42 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:09

82 % des entreprises girondines interrogées par la CCI demandent la mise à 2x3 voies de l'ensemble de la rocade bordelaise.

82 % des entreprises girondines interrogées par la CCI demandent la mise à 2x3 voies de l'ensemble de la rocade bordelaise.

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Le nombre d'entreprises girondines exprimant des problèmes de desserte ou de circulation est en très forte augmentation depuis 2012, selon une enquête menée par la Chambre de commerce et d'industrie Bordeaux Gironde. Face à ces difficultés persistantes, elles adaptent leur fonctionnement et attendent des actes des pouvoirs publics. Seule vraie bonne nouvelle dans l'immédiat : le redémarrage du tram C dès le 28 septembre.

Tous les signaux ou presque sont au rouge sur le front de la mobilité à Bordeaux Métropole et en Gironde avec comme principal point noir la saturation de la rocade et des axes d'entrée dans l'agglomération aux heures de pointes. La vaste enquête "Impact des déplacements sur l'activité économique" menée auprès de 1.073 entreprises au printemps 2019 par la CCI Bordeaux Gironde atteste ainsi d'une dégradation très sensible de la situation depuis 2012 au détriment de l'activité économique du territoire et de ses entreprises. Voici les chiffres à retenir ainsi que les propositions des pouvoirs publics.

Nette dégradation de la situation depuis 2012

  • 49 % des entreprises girondines expriment des problèmes d'accessibilité et de desserte, soit un bond de 17 points en sept ans. Des difficultés qui touchent désormais 60 % des entreprises de l'agglomération bordelaise, une proportion en hausse de 24 points depuis 2012 !
  • 89 % des entreprises girondines de plus de 100 salariés disent être concernées par des difficultés liés au trajets domicile-travail de leurs salariés.
  • 78 % des chefs d'entreprises girondins considèrent que ces difficultés de mobilité ont un impact négatif sur leur activité. Une proportion qui grimpe à 79 % dans l'agglomération bordelaise et jusqu'à 83 % pour les entreprises de plus de 100 salariés.
  • 80 % des dirigeants d'entreprises ayant des salariés amenés à se déplacer pour raisons professionnelles témoignent de difficultés, c'est 26 points de plus qu'en 2012 ! D'autant que 95 % des déplacements professionnels sont effectués en voiture.

Les solutions envisagées

  • 67 % des entreprises interrogées ont déjà pris des mesures pour améliorer la situation dont des horaires aménagés (41 %), des visioconférences (29 %), des parkings à vélo (28 %), du télétravail (28 %) et des incitations au covoiturage (27 %).
  • Les besoins d'amélioration exprimés par les entreprises répondantes concernent la régulation de la circulation des poids lourds sur la rocade aux heures de pointe (74 %), le renforcement de la fréquence et l'élargissement des horaires des transports en commun (73 %), la régulation des flux (69 %), l'amélioration et la sécurisation des itinéraires cyclables (61 %) et un changement collectif des pratiques vers davantage de télétravail, d'autopartage et de covoiturage (60 %).

Les demandes d'infrastructures nouvelles

  • En matière d'infrastructure à améliorer ou à construire, la principale urgence exprimée est la mise à 2x3 voies de la rocade à 82 %, dont 61 % à titre prioritaire, suivie de l'amélioration des interconnexions entre les réseaux de transports en commun (77 %) et de la couverture en haut débit de tout le département (76 %).
  • Viennent ensuite l'extension des lignes de tram et de bus (75 %), la réalisation du contournement routier de l'agglomération bordelaise (74 %) et des transports en commun de périphérie à périphérie (72 %).

Les remèdes avancés par les élus locaux

Les représentants des collectivités territoriales ainsi que de la préfecture étaient invités, ce 16 septembre, à réagir à ces constats chiffrés attestant, sans surprise, d'une réelle dégradation de la situation locale. Parmi les propositions avancées, on retiendra la réduction à 70 km/h de la vitesse sur la rocade qui permettrait de passer relativement rapidement à 2x4 voies. Une solution portée par Patrick Bobet, le président de Bordeaux Métropole, et par le groupe majoritaire Communauté d'avenir, également favorables à la retenue de poids lourds au nord et sud de Bordeaux aux heures de pointe. Le projet de RER métropolitain et lignes de car express traversantes sont également mises en avant tout comme de grands axes vélo à Bordeaux et des voies dédiées au covoiturage en première et deuxième couronne. Le maire de Bordeaux propose aussi de renforcer la place de la Garonne dans le transport de personnes et de marchandises.

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A plus longue échéance, le projet de métro à Bordeaux pourrait être sur les rails. Tandis qu'Alain Rousset, le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, ne jure que par le prolongement vers Toulouse et vers l'Espagne de la ligne à grande vitesse, qui n'interviendra pas avant, au mieux, l'après 2030. Même incertitude, même obstacles et même coût pour le projet de grand contournement autoroutier de Bordeaux. La plupart des élus locaux y sont favorables tout en étant bien incapables d'en préciser le calendrier, le tracé ou la faisabilité. Même le nom de grand contournement, jugé trop anxiogène, est désormais abandonné par les élus bordelais au profit d'une nouvelle terminologie de "barreau autoroutier" ou de "voie de délestage" de l'A63 à l'A10 en traversant l'A65 et l'A62 via Langon puis Mussidan.

"Le grand contournement de Bordeaux a été raté et on voit bien aujourd'hui que la rocade de Bordeaux ne peut jouer un rôle d'autoroute internationale vers l'Espagne et le Portugal et, demain, vers l'Afrique du Nord. Il faut porter un projet de grand contournement par l'Est même s'il ne se fait que dans 20 ou 30 ans. Il faut un espoir à long terme", plaide cependant le maire de Libourne, Philippe Buisson.

Quelles suites concrètes ?

De son côté, Patrick Seguin, le président de la CCI Bordeaux Gironde, demande la création d'une instance de coordination associant étroitement pouvoirs publics et acteurs économiques sur ces questions. Si Alain Rousset et Patrick Bobet lui ont rappelé qu'un Syndicat mixte des transports de Nouvelle-Aquitaine (Smina) a été créé l'an dernier, Nicolas Florian, le maire de Bordeaux, reprend la balle au bond et propose à tous les acteurs concernés de "cosigner un texte commun sur la mobilité à partir de ce diagnostic et avec des engagements réciproques des uns et des autres".

Une démarche louable, mais comme l'a rappelé Jean-Marc Ofnner, le directeur général de l'A-urba, l'Agence d'urbanisme de Bordeaux Aquitaine, "tous ces acteurs et toutes ces propositions et solutions étaient déjà identifiées et sur la table en 2012 à l'issue du Grenelle des mobilités organisé à Bordeaux par Alain Juppé et Vincent Feltesse". Mais les 18 préconisations "pour une mobilité fluide, raisonnée et régulée" n'ont pas ou peu été suivies d'effets par la suite avec les conséquences que l'on connaît aujourd'hui.

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Le Tram C redémarre

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Interrompu entre Gare Saint-Jean et Quinconces depuis mai dernier à la suite d'un incendie criminel dans le parking des Salinières, la ligne C du tramway bordelais sera remise en service dès le 28 septembre prochain, a confirmé Bordeaux Métropole ce 17 septembre. L'inauguration de la ligne D est, elle, toujours prévue pour le 14 décembre prochain.

Pierre Cheminade

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