Annulations de concerts, report des événements et absence de calendrier de réouverture : c'est ainsi que peut se résumer la triade de l'incertitude exprimée par les structures culturelles du spectacle vivant. "Nous pouvons fermer en un jour mais pas rouvrir en un jour !" A l'image de la sentence prononcée par Didier Estèbe, directeur du Krakatoa à Mérignac, l'une des quatre Scènes de musiques actuelles (Smac) de la Métropole, les professionnels tentent de s'organiser au mieux. Mais si les salles accueillant un public assis, comme l'Opéra National de Bordeaux, ont pu rouvrir le 2 juin et proposer un accueil en jauge réduite, les salles debout avec les Smac et autres lieux de concerts en première ligne, demeurent strictement closes.
"Nous n'avons absolument aucune perspective... Les équipes du Krakatoa terminent le 24 juillet et nous rouvrirons le 24 août. J'ai 24 concerts programmés à la rentrée mais je ne sais pas si je pourrai les maintenir ou non. [...] Si la jauge d'accueil du public est à 100 % dès septembre, nous pourrons absorber les pertes. Mais si les concerts sont interdits jusqu'au 31 décembre par exemple, nous devrons assurer avec nos activités de résidence d'artistes et de médiation culturelle. Tout ça reste très hypothétique, nous n'avons aucune capacité de projection", déplore Didier Estèbe, directeur du Krakatoa.
Sans calendrier de réouverture, qui devra être proposé par le gouvernement, c'est toute l'organisation des salles debout qui est en question, entre la venue des artistes, l'emploi des prestataires techniques et des intermittents notamment. Avec pour conséquence, l'engagement de frais sans savoir si les événements auront bien lieu. Le cœur du problème est ici pour le spectacle vivant, bien plus que pour les pertes engendrées jusqu'ici par l'arrêt de l'activité. Si le Krakatoa chiffre à 13.000 euros son manque à gagner, pour un budget annuel d'1,3 million d'euros (soit 4 % sur 4 mois), c'est parce que les organisateurs ont réussi à reporter treize événements pour n'en annuler que cinq.