Philippe Crevoisier (Groupe SEB): "La cuisine de demain sera un gigantesque réseau social"
Maxime Hanssen
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Face aux mutations des secteurs traditionnels, le numéro un mondial du petit électro-ménager (4,77 milliards d'euros de CA, +12,1 % en 2015) répond par la R&D, avec plus de 160 millions d'euros dédiés à l'innovation chaque année, des centaines de brevets déposés et un fonds d'investissement proactif pour veiller sur les startups à fort potentiel. Philippe Crevoisier, directeur général produits et innovation, détaille la stratégie du groupe pour rester compétitif, notamment face à la concurrence chinoise....
Acteurs de l'économie - La Tribune. Comment s'intègre le challenge du digital et des objets connectés dans la stratégie globale du groupe Seb ? Quelle est la feuille de route dans ce domaine ?
Philippe Crevoisier. Le challenge du groupe Seb est toujours le même depuis de nombreuses années : comment - par rapport à l'utilisation par le consommateur du produit - pouvons-nous améliorer son usage, son expérience, afin de le rendre encore plus pertinent, plus efficace, et davantage facile d'utilisation.Cet objectif passe par deux éléments : un "hardware" encore plus performant et l'intégration digitale dans celui-ci, notamment avec le développement des objets connectés. Le digital apporte une plus grande richesse à l'offre globale.Ce sont donc à la fois des produits intrinsèquement performants, mais qui en plus seront évolutifs, et capables de s'adapter aux clients et à ses applications.
Ainsi, comment cette vision stratégique va-t-elle se concrétiser ?
La cuisine de demain sera un gigantesque réseau social : communautaire, marketing et commercial. C'est la grande idée, et le cœur de notre stratégie.Pour nous, le plus important est l'expérience du consommateur. Elle se doit d'être multiforme. Nous travaillons ainsi sur le développement d'une nouvelle plateforme répondant à cet enjeu.
Quel sera son principe ?
L'idée est de reproduire ce qui se passe dans une grande surface. L'intérêt de ce genre de magasin était, pour le consommateur, d'y trouver une offre multiple. Nous pensons, que de la même façon, au niveau du virtuel, il y a aura des grandes places de marché, de large plateforme d'expérience dont la cuisine aura une place particulière. Au même titre que la beauté et le bien-être, sur lesquels effectivement, un consommateur intéressé par la cuisine peut aussi être touché par ces autres thématiques.Nous allons vers un mariage important entre les réseaux sociaux, les expériences utilisateurs et les ventes de produits. Ces différentes composantes sont amenées à se mêler. Le consommateur ne va plus simplement acheter un produit, mais il peut d'abord arriver sur la plateforme pour échanger ou discuter d'une recette avec un ami. Au passage, il peut trouver pertinent de tester un nouveau service qui sera proposé, etin fine, son expérience peut se terminer par un achat.
Quels sont les moyens alloués par le groupe Seb pour assurer ce développement ? En 2015, l'entreprise a consacré plus de 160 millions à l'innovation et à la R&D. L'enveloppe restera-t-elle la même ?
Nous allons rester sur la même typologie de moyens. Ce n'est pas tant une question d'échelle de moyens, que de diversification de ceux-ci. Nous devons, d'une part, envisager une diversification interne, car le groupe Seb - face aux évolutions du marché et de la société-, doit intégrer de nouveaux métiers : anthropologue, des métiers liés à la sémantique ou aux données, etc. Ce sont des compétences que nous n'avons pas encore au sein de l'entreprise. Nous allons donc passer d'une population salariale purement ingénieurs à une population multiscientifique.Le deuxième point résulte d'une nécessité de chercher une partie de nos nouvelles compétences à l'extérieur du groupe. Par exemple, lorsque nous allons construire cette nouvelle plateforme, Seb sera un acteur majeur de ce projet. Mais nous ne serons pas les seuls. D'autres nous accompagneront. Ces derniers vont amener d'autres solutions, d'autres services. Ce seront aussi bien des grands groupes que des startups, issus de différents secteurs.
Comment le groupe envisage-t-il de chapeauter tout cet écosystème ? Croissance externe, collaboration ? Logique d'open innovation ?
Nous nous inscrivons dans un double phénomène de "out" et de "in". Seb a toute la légitimité pour être leader, car nous avons un gros avantage : nous sommes présents dans toutes les cuisines du monde, de façons multiples et depuis longtemps. Ainsi, dès que nos produits vont être connectés, ce qui est déjà le cas pour certains, notre présence sera mondiale. A contrario, pour beaucoup d'acteurs, le problème majeur est d'entrer dans l'intérieur des maisons, alors que leur offre peut être pertinente. Ainsi, nous sommes légitimes pour être la locomotive.Leader, certes, mais aussi agrégateur. Le groupe Seb pense profondément qu'il n'a pas la capacité d'avoir une offre complète pour le consommateur. Cette dernière se doit d'être multiforme et sera doncopen,avec d'autres acteurs.
Pour mener à bien cette stratégie, vous avez un déjà un outil d'investissement incarné par le fonds SEB ALLIANCE...
C'est un fonds d'investissement développé dans l'idée de repérer toutes les sociétés qui ont des offres sur le segment du culinaire digital. Nous pouvons ainsi garder une veille sur leur action, afin de prendre éventuellement des participations et de travailler plus facilement avec elles, et pourquoi ne pas, in fine, les acquérir.
Mais aussi, ce fonds a une typologie assez variée, avec des entreprises qui sortent du secteur culinaire...
On regarde tous les secteurs, notamment du côté du bien-être, où l'on pense que beaucoup de choses sont prêtes à évoluer. Cela s'inscrit aussi en prolongement de la cuisine, ou celle-ci devient un vrai argument de bien-être.
Quelle est la force de frappe de son fonds ?
C'est un petit fonds, doté de quelques dizaines de millions d'euros.
Photo d'illustration (Crédits : Groupe SEB/ Philippe Schuller)
Seb passera-t-il au tout "objet connecté ?
Le groupe ne souhaite pas connecter tous ses produits, car cela n'a pas de sens. C'est également une question d'éducation du consommateur. Certains d'entre eux iront très vite sur l'assimilation des objets connectés, tandis qu'une autre couche de consommateurs ne sera pas forcément intéressée par ces évolutions technologiques. Ces usagers mettront un certain temps à comprendre les avantages de celles-ci. Il y a quand même un coût à la connexion, qui est faible, mais qui existe. Nous ne voulons donc pas pénaliser les consommateurs qui souhaitent, par exemple, acheter un simple grille-pain.Ceci étant, nous pensons que les produits connectés se développeront dans leurs usages, d'autant plus lorsqu'ils sont pertinents. Et la prochaine étape sera de développer des produits interconnectés, travaillant en commun à partir d'une plateforme.Le cas d'école pour comprendre ces nouveaux usages peut s'incarner dans la relation connectée qui peut exister en un robot de cuisine et une balance de cuisine. À partir d'une recette, ces équipements peuvent interagir.Cela pourra répondre à certaines difficultés de cuisine, qui nécessite parfois plusieurs opérations complexes en même temps. Avec ces interconnexions, ces opérations seront réalisées de la manière la plus efficace possible.
Vous parliez justement de l'éducation des consommateurs aux objets connectés. Quelle est votre méthode pour évangéliser vos clients ?