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Nick Leeder (DG, Google France) "Le système fiscal en France et en Europe doit changer"

Maxime Hanssen

Publié le 07 juin 2016 à 06:06 - Mis à jour le 27 décembre 2017 à 14:10

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Le directeur général de Google France détaille à Acteurs de l'économie - La Tribune la stratégie de l'entreprise sur le territoire national. Aide à la transition numérique des entreprises, soutien à l'entrepreneuriat, à la culture et au monde associatif, le géant américain est sur plusieurs fronts afin de s'intégrer dans cet "écosystème unique". Parallèlement, l'entité fait face à une enquête pour "fraude fiscale aggravée". Mais pour Nick Leeder, "Google France respecte les règles et la loi française"...

Acteurs de l'économie - La Tribune. Google France a organisé la semaine dernière à Lyon une journée autour de son programme Google pour les Pros, qui vise à accompagner les commerçants et TPE dans la transition numérique. Quelle est la philosophie derrière cette manifestation ?

Nick Leeder. La France fait face à un paradoxe assez unique. L'utilisation et l'adaptation du web a été beaucoup plus rapide chez les citoyens que par les entreprises. L'écart est réel, même si depuis deux ans, la mobilisation des sociétés françaises sur ce sujet est à l'œuvre. Mais la différence est toujours importante, et cette différence représente beaucoup d'argent : 100 milliards d'euros par an, soit 4% du PIB, selon une étude de McKinsey. Le potentiel de croissance est donc important, si ce fossé entre utilisation particulière et professionnelle se réduit.Il y a quatre ou cinq ans, Google s'est questionné sur sa capacité à aider les professionnels dans leur mutation. Nous nous sommes rendu compte qu'une chose fonctionnait bien : la rencontre physique avec les acteurs économiques, grâce à des coachs. Ils rencontrent les TPE, les commerçants, pour leur donner un déclic, expliquer que leur présence en ligne est importante. C'est là que se trouvent désormais les clients. Il s'agit aussi de leur montrer qu'il existe des solutions gratuites et simples. Depuis 5 ans, nous avons formé 65 000 entreprises sur le territoire national.

Comment s'inscrivent les différents programmes d'aide aux entreprises dans l'écosystème français ?

Nous avons des dispositifs pour les TPE/PME, mais aussi pour les startups. Nous sommes présents dans certains incubateurs français, de façon permanente à Paris (au Numa, où Google vient de renouveler sa convention pour trois ans et un million d'euros d'aide, NDLR), et ponctuellement en régions.En France, il y a un mouvement très dynamique d'aide et d'accompagnement des startups. Ainsi, l'an dernier, nous avons décidé d'orienter notre assistance sur 10 startups, à travers le programme Scale Up. Ce sont des jeunes pousses qui ont déjà fait leur preuve et levé des fonds, mais qui ont des difficultés pour changer d'échelle.C'était le cas de Blablacar, mais aussi de Captain Train, par exemple. On leur fournit gratuitement le même niveau de service que ceux fournis à Air France ou Axa. Sur 12 mois, ces 10 startups ont levé collectivement 300 millions d'euros, et se sont développées dans 34 pays, pour des centaines d'embauches.

En France, Google emploie 700 personnes, dont 150 ingénieurs. Quel est le but de l'implantation française du groupe ?

La raison d'être de Google en France est de construire des ponts entre l'écosystème français et celui de laSilicon Valley,pour soutenir les entreprises françaises. Mais nous avons d'autres priorités, car le numérique n'est pas seulement une question de business.Le numérique est utile dans d'autres secteurs, comme la culture. Nous avons par exemple développé, à Paris, quelque chose d'unique: l'Institut culturel de Google. Cette plateforme est à la croisée de l'art et de la technologie : 1 000 musées au niveau mondial numérisent leurs œuvres sur cette plateforme. Des artistes passent également du temps en résidence avec des ingénieurs pour développer de nouveaux outils.Nous sommes aussi présents sur un autre "pan" de la culture, différent de celui des musées, qui s'incarne dans Youtube. Nous avons ainsi ouvert un studio pour aider les créateurs de contenus à développer des bonnes pratiques.Un troisième axe repose sur le secteur associatif. Pour les ONG, le web est un bon moyen de recruter, de lever des fonds, pour développer leur activité. Nous avons également proposé le programme Google Impact, qui permettait aux acteurs associations d'obtenir de l'argent pour financer leur projet.

Lire aussi : Google Impact : la Banque alimentaire du Rhône ré-invente la collecte des invendus

Lors de la célébration des dix ans de Google dans l'Hexagone, vous déclariez que le groupe avait "besoin d'apprendre et de s'adapter à la France". Êtes-vous toujours dans cette logique ? Quel est votre position stratégique par rapport à la France ?

Google ne voit pas la France comme un marché, mais comme un pays où il faut comprendre la culture. Nous souhaitons travailler avec la France et ses acteurs économiques, et non pas être en compétition avec eux, notamment avec les startups. Contrairement à d'autres villes dans le monde, où nous avons développé un campus, nous n'avons pas besoin de faire cela avec l'écosystème en place.La France est unique. Si on ne s'intègre pas à son écosystème, si on ne comprend pas sa culture, notre action sur le territoire ne fonctionnera pas.

Votre discours et les actions menées par Google en France apparaissent comme "amicaux", avec l'ambition affichée de participer à la croissance économique du pays. Vous parlez également d'intégration dans un écosystème, dans une société. Il faut donc, pour cela, respecter des règles qui "font société". Pourtant, le parquet national financier a ouvert une enquête, le 16 juin 2015, à l'encontre de Google France pour "fraude fiscale aggravée", qui a débouché sur une perquisition du siège français le 24 mai dernier. Google ne jouerait-il pas un double jeu ?

Google France respecte les règles et la loi française. L'Europe possède un système de fiscalité dans lequel une entreprise qui a un siège social dans l'Union européenne peut travailler partout dans cette zone à partir de ce siège. Celui de Google Europe est en Irlande, et l'entreprise respecte les lois françaises en termes d'impôts. C'est un sujet très sensible, mais nous sommes sûrs de ces lois et de nos actions.Si arrive un moment où le système de fiscalité doit changer, et il faut ce changement en France, en Europe et dans l'OCDE, ce n'est pas le rôle des entreprises comme Google de définir le cadre réglementaire. C'est la responsabilité des gouvernements de mettre en place un système fiscal qui soit le même pour tout le monde. C'est un sujet qui ne concerne pas seulement Google, mais toutes les entreprises qui opèrent dans l'Union européenne et plus largement, au sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Pour optimiser, voire éluder au maximum l'impôt sur les sociétés en France, en dépendant de la fiscalité d'un autre pays de la zone européenne, la notion "d'établissement stable" est au cœur du débat juridique. Google France est-il un établissement stable sur le territoire national ?

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C'est une question de fiscalité très technique. Je ne suis pas un expert. Mais Google France n'est pas un établissement permanent en France.

Comment se positionne le bureau français par rapport à Google UK, qui concentre notamment des fonctions dirigeantes importantes et un nombre de salariés plus élevé qu'en France ?

Ce qui est intéressant avec le bureau parisien, c'est qu'il concentre quasiment toutes les fonctions de Google monde. Nous avons tous ce qu'il faut, ce qui nous laisse une autonomie par rapport à Dublin, et dans le même temps, des personnes de Dublin travaillent pour la France. C'est cette relation qui est importante pour nous, davantage que celle avec l'Angleterre.

Une question plus "philosophique" : quelle est l'ambition de Google dans le monde ?

Les grands indicateurs détaillants nos ambitions ont été affichés lors de la présentation denos nouveaux services lors de notre messe annuelle I/O. Le souhait est d'aller plus loin dans l'assistance des utilisateurs. Hier, le digital était l'ordinateur ; aujourd'hui, c'est le mobile, l'ordinateur, la tablette ; demain, la voiture connectée. Nous souhaitons que le web soit une expérience beaucoup plus naturelle pour les êtres humains. C'est la démarche de Google.

Et in fine, au-delà des services proposés, vers quoi tend Google ?

Cela fait cinq ans maintenant que je travaille dans cette firme. C'est une entreprise d'ingénieurs focalisée sur le service aux utilisateurs. Nos outils, comme search ou maps,ce sont le fil rouge qui conduisent notre action et notre ambition : faciliter la vie des gens. C'est aussi simple et aussi compliqué que cela.

Que répondez-vous à ces millions de citoyens qui sont méfiants face aux géants du web, les fameux GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), dont Google est la première lettre de cet acronyme ?

Nous sommes très conscients de ces réticences. Google aspire à être un acteur responsable, en s'assurant que les plateformes soient propres et faciles d'utilisation. C'est important pour nous, mais aussi pour l'écosystème. Nous devons expliquer davantage ce que nous faisons, et pourquoi nous entreprenons ces choses-là. C'est une question de temps et de pédagogie.

Maxime Hanssen

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