À Toulouse, l'économiste Fredéric Boccara dit stop à l'austérité

Florine Galéron
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Quelles leçons tirer de l'accord conclu en Grèce cet été ? La zone euro est-elle à un tournant de son histoire ?
L'accord signé le 13 juillet dernier marque en effet un tournant. Il y a une prise de conscience chez les Européens que la dette débouche sur de l'austérité et que ce dogme de l'austérité est une folie, engendrant toujours plus d'austérité. Nous avons vu l'égoïsme de l'oligarchie européenne qui est prête à tout, y compris à éjecter les Grecs de la zone euro, à mettre à plat ventre un pays pour défendre les intérêts des marchés financiers et de quelques dominants. Pire, les dirigeants de la zone euro veulent nous faire croire qu'il n'y a pas d'alternative à l'austérité. Il faut s'assurer au contraire que les 85 milliards d'euros accordés sur 3 ans à la Grèce ne soient pas distribués au compte-gouttes et qu'ils permettent de développer les services publics (hôpital, éducation, recherche) et un investissement productif pour l'emploi.
Selon vous, à quoi correspond un "investissement productif" ?
L'Europe crève des investissements spéculatifs. Les investissements et les crédits donnés à travers la BCE aux banques et aux entreprises sont versés sans conditions pour l'emploi. La conséquence, ce sont des délocalisations, des exportations de capitaux... Il y a un grand enjeu pour un autre investissement en faveur de l'emploi, de la valeur ajoutée et de l'écologie. Dans mon livre (Une autre Europe contre l'austérité paru en 2014, NDLR), je propose la création d'un fonds européen de développement des services publics. Il ferait le lien entre la BCE et les états membres et serait chargé de redistribuer l'argent de la BCE pour développer ces services publics. Il faut aussi une autre utilisation du crédit : un crédit bonifié (ou à taux très bas) si les entreprises développent l'emploi, et à l'inverse un crédit à taux élevé si elles font de la spéculation. Il est important de pénaliser et inciter, de réaliser à la fois une politique de l'offre et de la demande.
Florine Galéron